Le Tampon : "Dovan la boutik", une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Lorenza Grossetti

  • Publié le 23 septembre 2026 à 05:28
  • Actualisé le 23 septembre 2026 à 07:27
Le Tampon : "Dovan la boutik", une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Lorenza Grossetti de retour au péi

Lorenza Grossetti fait partie de ces talents réunionnais de retour sur son île. La jeune Tamponnaise est originaire de la Plaine des Cafres, elle souhaite raconter la vie de son village, sa façon de parler et ses accents, dans sa nouvelle pièce de théâtre. Avec "Dovan la boutik", Lorenza Grossetti et ses comédiens racontent les hauts du Tampon des années 80, une pièce ponctuée par des histoires vraies, recueillies par la maman de l'autrice qui a été serveuse à la Soucoupe (Photos : Aurélia Benestrof)

Diplômée de l’École Internationale de Création Audiovisuelle et de Réalisation (EICAR), Lorenza Grossetti est de retour à La Réunion depuis un peu plus d’un an, elle raconte : "J’avais fait deux formations, une école de musique, une école de scénariste. J’avais l’impression d’avoir assez d’outils pour revenir et être autonome ici dans mon domaine d’activité. Puis, il y avait aussi le manque de la famille."

Il était temps de rentrer, nous explique donc la jeune femme : "Quand j’étais à Paris, j’avais la sensation qu’il me manquait quelque chose. Être ici, entendre le séga, parler et écrire en créole, j’ai l’impression d’être bien plus alignée avec qui je suis. Ce sont des choses que j’aime et qui font partie de notre patrimoine réunionnais", un patrimoine immatériel qu’elle souhaite partager avec le public. 

- "Un dimanche à Paris" devient "Dovan la Boutik" - 

Ici, elle décide d’adapter une pièce à l’époque écrite et jouée tout en français à Paris. Défis pour la jeune auteure metteuse en scène : prendre en compte les enjeux locaux, adapter l’œuvre en créole réunionnais et y intégrer des histoires propres aux habitants de la Plaine des Cafres. "Un dimanche à Paris", qui avait pour décor une terrasse de la capitale, devient alors "Dovan la Boutik", l'une des quatre pièces originales écrites par Laurenza Grosseti. 

"Dovan la Boutik" c'est l'histoire de Maximin qui perd sa femme à La Soucoupe, dancing emblématique de l’époque. Après plusieurs jours à errer dans les rues à sa recherche, il finit par arriver devant la tite boutik "Chez Marie-Jo". Il y rencontre Marie-Jo, la gérante, Richard, veilleur de nuit dans un hôtel, et Étienne, un jeune homme de vingt ans accro aux jeux d’argent. Ensemble, ils vont se lancer dans une quête pour comprendre ce qui a poussé la femme de Maximin à disparaître… et tenter de la retrouver.

Les Réunionnais le savent, "Dovan la Boutik", les secrets s’échangent, certains échappent de ce huis clos ambigu, d’autres y seront gardés à jamais. Regardez

Ce lieu est dans certains quartiers réunionnais, encore aujourd’hui, l’un des derniers remparts avant l’isolement et la solitude. Devant la boutique, raconte un lien qui se crée entre des personnages qui se parlent, des habitants d’un village qui se regardent dans les yeux et s’écoutent.

Il y a ceux qui jugent les hommes que l’on voit devant la boutique et ceux qui leur donnent la parole, comme Lorenza Grossetti qui, en racontant leur histoire, leur rend leur humanité.

"L’idée, c’est aussi de parler des gens qui sont devant la boutique, de les mettre en lumière, car on ne raconte jamais leur histoire, il y a plein de détails qui sont inspirés de gens qui ont existé, que maman a rencontrés. À la réunion, on montre généralement le côté paysage et paradisiaque, mais il y a aussi des problèmes", assure l'auteure.  

- "Le créole n’est pas une langue inférieure" - 

"Qu’est-ce qui fait que l’on est Réunionnais ? La couleur de peau ? La langue ? L’éducation ?", se demande Lorenza Grossetti. Dans "Dovan la boutik", cette réflexion se tisse à travers les personnages : Maximin, Richard et Marie-Jo."

"Tous les personnages s’expriment en créole, tandis qu'Étienne parle français. Ce contraste n’a pas vocation à opposer, mais à rapprocher : sur scène, les deux langues dialoguent d’égal à égal, comme deux voix complémentaires d’une même identité réunionnaise, fière et plurielle. Je souhaite transmettre que le créole n’est pas une langue inférieure, et que le français n’est pas un ennemi, mais deux héritages à faire cohabiter", affirme la jeune metteuse en scène.

Mehdi Boumahni est l’un des comédiens. S'il est lui aussi originaire du Tampon, il a rencontré Laurenza Grosseti durant leurs études à Paris, il avait également joué dans "Un dimanche matin" à Paris. L’espace d’un instant, il deviendra Etienne, un boug des hauts qui aime bien gratter des tickets de loto car il veut gagner un peu d’argent pour voyager, il vient tous les jours devant la boutique car il connaît la patronne. 

"La plus grande différence sur cette pièce, c’est de travailler sur un personnage nouveau dans une autre histoire, sur un autre lieu, avec des enjeux différents, ça donne une autre dynamique. "Un dimanche matin" on l'a joué il y a 4 ans, il fallait ici trouver une autre dynamique à un personnage qui avait déjà une histoire", raconte Mehdi Boumahni. 

À plusieurs reprises lors de notre entretien, Lorenza insistera sur la nécessité pour elle de concevoir et de re-penser sa pièce en créole réunionnais, tout en questionnant certaines dynamiques qui viennent interroger l’identité réunionnaise.

Assise dans la courette de l'auditorium Sidha-Chetty sur le front de mer de Saint-Leu, Lorenza Grossetti nous parle de ce besoin de faire résonner sa langue maternelle au théâtre : " Je veux rendre le théâtre plus accessible. J’essaie de ramener le créole sur les scènes de La Réunion avec cette pièce qui se passe à la Plaine des Cafres. En allant dans les années 80, l’idée c’est de reprendre ce contexte-là, avec des histoires que maman a entendues quand elle était serveuse à la Soucoupe". 

Avec "Dovan la Boutik", Laurenza Grossetti espère attirer un autre public dans les salles : des jeunes, des familles et des Réunionnais qui pensent parfois, à tort, que le théâtre n'est pas fait pour eux. Elle nous explique : "L’idée c’est de montrer qu’on peut faire des pièces en créole, puis c’est de parler des choses que je connais, la Plaine des Cafres, j’y suis née, j’ai grandi là-bas." 

- À voir et à programmer dans vos salles -

Du théâtre made in Le Tampon, dont les premières représentations auront lieu dans les autres villes de l'île. Après un an et demi de travail, le spectacle sera présenté prochainement dans plusieurs salles :

- 10 octobre 2026 : Festival Dan Ker Lé O, à Mafate
- 30 octobre 2026 : Léspas à Saint-Paul
- 24 novembre 2026 : Kabardock le Port

"Dovan la Boutik" 

Écriture et mise en scène : Lorenza Grossetti. Avec Bruno Hoarau, Mehdi Boumahni, Michel Barre, Shérazanne Hoarau. Création Lumière  Fabrice Viot. Conception des décors  Paulo Alves  Affiche réalisée par Lucas Esteban  Production  DAN’ FÉNWAR en co-production avec le Békali, dispositif soutenu par Le TO, Lespas, le Séchoir, le Kabardock et le Théâtre sous les Arbres. Et co-produit également par la DAC Réunion – Ministère de la Culture. 

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