À La Réunion, un fourgon se transforme en studio mobile. Plus qu'un simple véhicule qui va et vient de ville en ville, ce studio a pour objectif de faire découvrir la création musicale au publics réunionnais. Alexandre Paviel en est à l'initiative. Président de l'association En Studio, son objectif est de préparer des formats autour de la musique assistée par ordinateur (MAO), de l’écriture, de l’enregistrement et des métiers du son (Photos : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
C'est à l'aide d'un Citroën Jumper équipé d’une cabine d’enregistrement qu'Alexandre Paviel peut sillonner les petites rues des Hauts de l’île comme des bas. Son véhicule fonctionne grâce à un équipement solaire.
Premier arrêt, la Mission locale de Savannah Saint-Paul où un groupe de jeunes a pu découvrir les métiers du son.
Dans son fourgon, Alexandre Paviel accueille les jeunes artistes amateurs comme s'ils étaient des professionnels. Il raconte : "Studio si la route, c’est un projet qui me trotte dans la tête depuis trois ans, j’ai toujours voulu créer un studio itinérant. J'ai moi-même un studio sur les hauts de la Possession, à Ravine à Malheur, qui est assez difficile d’accès. Je me suis dit que si j’arrivais à me déplacer et à rendre ce studio plus accessible, c'est intéressant autant pour moi que pour les artistes. La on vien dovan zot port." Écoutez.
- Des jeunes éloignés du monde du travail à la découverte des métiers du son -
Dans le camion aujourd'hui, des jeunes inscrits à la mission locale de Saint-Paul, chacun a un projet différent : découvrir la production de son pour habiller des productions audiovisuelles, devenir chanteur, apprendre à créer des musiques avec un ordinateur et l’intelligence artificielle ou tout simplement découvrir ce qu’est l’enregistrement professionnel.
Julien Auza a 23 ans. Il est étudiant à l'ILOI. Il raconte : "Pendant ces trois semaines, on a vu le processus de production d’un son. Moi de base, c’était pour du sound design, qui consiste à mettre du son sur un événement, une action, une tasse qui tombe, le vent par exemple comme on peut en avoir besoin sur un film d'animation ou un jeu vidéo. Lors de ce stage, j’ai aimé ce côté créatif et convivial, j’ai bien aimé le petit comité aussi. J’ai pu acquérir ce dont j’avais besoin en savoirs et compétences pour la suite de mon projet".
Un peu plus loin, Lucas Orus, 16 ans, n'apprécie que peu le cadre scolaire. Le jeune homme a fréquenté trois collèges différents et a tenu trois mois de lycée, avant de décrocher. Lui, ce qu'il aime, c'est la musique. S'il avait du mal avec l'apprentissage scolaire, il n'a cependant aucune difficulté à écrire des textes qu'il transforme en chanson. Le jeune talent a trouvé sa place dans ce studio d'enregistrement qui a fait le déplacement dans sa ville.
"J’aime la musique et l’écriture. Pour écrire, je choisis un son instru sur YouTube et j’écris des paroles sur mon téléphone en m’inspirant de ce que j’ai vécu, dans la cour, dans la vie. Là, ce son, je vais le relier avec un autre que j’ai écrit et enregistré ici même" explique Lucas. "Le premier, je l'ai enregistré à 14 ans."
Il ajoute : "Ma famille n’est pas vraiment pour la musique, mais, en réalité, ils n’ont jamais écouté mes sons". Écoutez.
- "Cette expérience m’a appris qu’on peut faire du studio et du son de différentes manières" -
"Je suis amateur de musique de base, mais je ne pensais pas pouvoir un jour essayer de mettre ma voix et enregistrer. J’ai trouvé l’expérience très enrichissante, ça nous a bien appris le métier d’Alexandre, découvrir son quotidien, c’est une belle expérience pour ma part" explique Thomas Iafare, 23 ans.
Logan Samazan prépare un voyage en Australie, pour son retour de cette expérience à l'étranger, il imagine déjà un projet autour de la création musicale. À 22 ans, il est comme ses camarades du groupe, plein d'assurance et motivé : "Ce que je cherchais, c’était d’avoir plus de contacts dans le domaine du son et de la musique et d’avoir plus d’idées pour mes projets." Inscrit à la Mio depuis son retour de l'Hexagone, le jeune réunionnais y a fait un an de formation et se réjouit d'avoir rencontré le beatmaker de Bigflo et Oli, "c’était incroyable". De cette nouvelle expérience avec Alexandre Paviel et son studio mobile il dit : "Ça m’a appris qu’on peut faire du studio, du son, de différentes manières."
Si la démocratisation de la production sonore est au coeur du projet d'Alexandre Paviel, c'est également un outil de cohésion sociale. Avant d'être réunis pour ce stage, les jeunes du groupe de la MIO de Saint-Paul ne se connaissaient pas.
Afin de faire venir le studio mobile dans votre quartier, il suffit de constituer un groupe via votre association par exemple, et d'appeler Studio si la route. Ici, pas de limite d'âge, pas besoin d'expérience non plus. Imaginons qu'un groupe de matantes souhaite se réunir pour raconter des histoires et créer un podcast, et bien, cela est possible, et gratuit pour le reste de ce mois de novembre.
Ce projet a bénéficié d’un financement de 15.000 euros du Département de La Réunion dans le cadre du Budget d’initiative citoyenne (BIC), pour l’équipement et l’aménagement du premier véhicule.
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