De nouvelles difficultés avec le couvre-feu

Crise sanitaire : le mouvement sportif s'Ă©puise

  • PubliĂ© le 21 mars 2021 Ă  03:00
  • ActualisĂ© le 21 mars 2021 Ă  06:39
athlétisme

Le maintien du couvre-feu à 18h jusqu'au 5 avril à la Réunion est une éniÚme mauvaise nouvelle pour le mouvement sportif réunionnais qui continue à chercher des solutions pour s'adapter aux interdictions liées à la crise Covid-19. Mais les troupes commencent à fatiguer (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

En dĂ©cembre dernier, le cabinet d’études et conseil Mouvens lançait, Ă  la demande la DJSCS (Direction de la jeunesse, des sports et de la cohĂ©sion sociale), une enquĂȘte sur l’impact de la crise Covid-19 sur le sport rĂ©unionnais.

Cette enquĂȘte, dont les rĂ©sultats ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s au mouvement sportif local au dĂ©but du mois de fĂ©vrier, a eu lieu Ă  un moment oĂč notre Ăźle n’avait pas encore Ă©tĂ© contrainte aux mesures actuellement en vigueur, Ă  savoir l’interdiction de la pratique des sports collectifs et des sports de combat sous leur forme normale, la suspension de toutes les compĂ©titions sauf pour les sportifs de haut niveau, et, depuis dĂ©sormais deux semaines, l’instauration d’un couvre-feu dĂšs 18h.

En fĂ©vrier, le moral gĂ©nĂ©ral des troupes sportives pĂ©i n’était guĂšre bon dĂ©jĂ . Car mĂȘme si 48% des clubs ayant rĂ©pondu au sondage Ă©voquaient alors "un renforcement de l’esprit de cohĂ©sion au sein de l’équipe dirigeante liĂ© Ă  la crise Covid", "56% des associations avaient observĂ© une baisse de l’implication des bĂ©nĂ©voles tandis que 30% des associations se dĂ©claraient "pas du tout" ou "peu confiantes" sur l’avenir de leur association."

"89% des associations avaient repris alors leurs activitĂ©s, dont la moitiĂ© partiellement, et 18% d’entre elles avaient remboursĂ© totalement ou partiellement les cotisations Ă  leurs adhĂ©rents". Une nouvelle Ă©tude aujourd’hui donnerait-elle les mĂȘmes conclusions ? On peut s’interroger tant le nouveau contexte est peu rĂ©jouissant, au terme d’un premier trimestre qui a vu les libertĂ©s de pratique se rĂ©duire comme neige au soleil


Dans les ligues, comitĂ©s et clubs, la lassitude se fait sentir. Du cĂŽtĂ© des structures rĂ©gionales, on rĂ©flĂ©chit ainsi Ă  de nouveaux calendriers, avec des plans A, B, C
 qui se succĂšdent, afin d’essayer de sauver les meubles, entendez par lĂ  la saison sportive.

- "On en a ras le bo " -

Dans les clubs, on cherche simplement Ă  maintenir l’activitĂ©, ce service associatif irremplaçable et indispensable pour le lien social, la santĂ©... Mais les hĂ©ros bĂ©nĂ©voles sont fatiguĂ©s. " On en a ras le bol", rĂ©sume David Fock, entraineur au club de volley-ball des Aigles-Blancs, l’un des plus importants du dĂ©partement. "On dĂ©marre, on arrĂȘte, on dĂ©marre, on arrĂȘte
  C’est compliquĂ© pour nous et les licenciĂ©s. Les parents commencent Ă  nous le faire savoir. Ils ont payĂ© une licence et nous sommes Ă  la moitiĂ© de l’annĂ©e et il n’y a pas eu de compĂ©tition". Ou quasiment pas.

"On a l’impression de passer notre temps Ă  chercher des solutions. Cela en devient plus prenant que de s’occuper d’un club normalement", reprend Marc Risacher, entraineur de basket Ă  la Tamponnaise BB. "C’est Ă©nergivore". Et lassant, presque dĂ©primant avec une chute du nombre de licenciĂ©s de 30% quasiment partout. Et les difficultĂ©s financiĂšres qui vont avec


Le dernier casse-tĂȘte pour tous est la prochaine organisation des entrainements Ă  compter de demain, lundi, avec un couvre-feu qui demeure Ă  18h, "alors qu’il passe Ă  19h en mĂ©tropole", note, agacĂ©, Julien Dupuy, entraineur de tennis au TCD et boss du Beach Park Dionysien, une structure de beach-tennis.

"Une heure, cela changeait tout", poursuit-il empĂȘtrĂ© dans un nouveau planning qui laisse plusieurs de ses adhĂ©rents sur la touche. " Les crĂ©neaux prisĂ©s, ce sont ceux de 17h-20h. Pour le beach-park, on va avoir une nouvelle affluence de 15h30 Ă  17h30 pour ceux qui peuvent, des adultes en majoritĂ©. Mais pour les jeunes, au tennis, il ne nous reste que le mercredi et le samedi oĂč il va falloir accueillir toutes les catĂ©gories. Les terrains vont ĂȘtre saturĂ©s. " Et l’entrainement se transformera forcĂ©ment en entretien, voire garderie, avec moins de crĂ©neaux pour chacun.

- Le mercredi et le samedi pour maintenir l’activitĂ© -

Le problĂšme est le mĂȘme au basket au Tampon avec 17 Ă©quipes au TBB pour un gymnase (espace basket Dijoux-Carnot) qui sera disponible le mercredi aprĂšs-midi et le samedi. Comment faire dans ces conditions ? Idem pour les volleyeurs des Aigles-Blancs et bien d’autres sans doute qui ont vu les installations sportives de leur commune ĂȘtre fermĂ©es pour la plupart dĂšs 17h.

Pourraient-ils s’entrainer le dimanche ? Difficile de demander aux bĂ©nĂ©voles d’ĂȘtre sur le pont Ă  100% hors horaires couvre-feu. " On ne peut pas monopoliser les encadrants tout le temps ", rĂ©sume David Fock qui informe que le club a dĂ©jĂ  fait beaucoup pendant les vacances scolaires qui se terminent avec la mise en place de stages. " Il faudrait que les installations soient ouvertes, ce qui n’est pas le cas partout. Le stade Marc-Nasseau de Champ-Fleuri ferme Ă  11h le samedi ", indique ainsi Philippe Quest, Ă©lu Ă  la Ligue rĂ©unionnaise d’athlĂ©tisme. Le dimanche est, il est vrai souvent " off " pour les sportifs rĂ©unionnais, sauf compĂ©titions qui ne peuvent plus se tenir.

C’est donc "la dĂ©merde" partout. FrĂ©do Delmotte, le coach du club de natation de la Jeanne au Port, loue dans ce cadre l’esprit "conciliant du chef de bassin de la piscine" qui a pu offrir des lignes d’eau Ă  6h du matin ou de 15h30 Ă  17h. " On peut nager aussi en midi et 14h. C’est Ă  la carte. "Au VĂ©lo Club de Saint-Denis, Anthony Cheffiare, l’emblĂ©matique coach, ne peut plus bĂ©nĂ©ficier de ses crĂ©neaux de soirĂ©e au vĂ©lodrome (18h-20h)". Alors on compense avec des sorties plus longue le dimanche. Mais ça ne remplace pas les exercices sur piste. " Et va Ă  l’encontre des cycles de prĂ©paration de compĂ©tition. C’est un peu toujours la mĂȘme chanson


Maman de Jonathan, espoir du cyclisme pĂ©i, Isabelle Lebreton va tout mettre en Ɠuvre pour son fiston puisse rouler au maximum. Avant le lycĂ©e, dĂšs que la cloche aura sonnĂ© Ă  la RiviĂšre Saint-Louis
 dans le coma circulatoire provoquĂ© notamment par le couvre-feu
 "Il roule seul", dit-elle, ce qui est un moindre mal dans l’état actuel des choses. La pratique individuelle explose ainsi et les coureurs Ă  pied et traileurs s’en sortent plutĂŽt pas mal, Ă  condition qu’ils soient lĂšve-tĂŽt pour aller gambader dĂšs potron-minet. Mais cette alternative affaiblit peu Ă  peu les associations et leur esprit fĂ©dĂ©rateur.

Certes, 59% des associations interrogés par Mouvens en décembre disaient avoir mis en place des outils numériques pour garder le lien avec leurs membres (avec la mise en place de séances de renforcement musculaire par exemple), mais rien ne remplace les échanges, les contacts, tout ce qui fait aussi la beauté du sport.

"On jongle", conclut donc Anne Atia, qui cherche, comme tout le monde, des solutions pour que vive le club d’athlĂ©tisme de l’ADISS Saint-Louis. Mais c’est presque de la survie un peu partout.

- "Nous plaidons pour une reprise" -

"Nous savions que le couvre-feu Ă  18h allait ĂȘtre prolongĂ© suite Ă  une rĂ©union avec les services de la PrĂ©fecture et la DRAJES (DĂ©lĂ©gation rĂ©gionale acadĂ©mique Ă  la jeunesse, Ă  l’engagement et aux sports ")", confirme d’abord Adolphe PĂ©pin, le vice-prĂ©sident du CROS quand on l’interroge sur cette crise. " Les clubs s’organisent, gardent le contact avec leurs licenciĂ©s. Les appels Ă  projets d’aides nous ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s. Mais ce ne sont que des aides. Le fonctionnement des associations devient de plus en plus difficile. Nous plaidons plus pour une reprise. Mais c’est le PrĂ©fet qui dĂ©cidera."

Pour quelle date ? Acceptera-t-il dans un premier temps de revoir rapidement sa copie sur l’horaire du couvre-feu pour donner de l’air aux associations sportives ? Pas sĂ»r
 Quant Ă  la reprise des compĂ©titions, c’est encore une autre question


" Le sport est pourtant un moyen de doper l’immunitĂ© " se dĂ©sole Isabelle Lebreton. " On parle beaucoup du virus mais on ne parle jamais de la possibilitĂ© de s’immuniser par le sport. On nous enferme, on nous sĂ©dentarise ", reprend, Ă  la volĂ©e, un Julien Dupuy dĂ©sabusĂ©. Comme si, dĂ©jĂ , il mesurait les effets secondaires Ă  venir de cette privation d’activitĂ©s dans une Ăźle touchĂ©e par une autre Ă©pidĂ©mie, celle de l’obĂ©sité 

lb/www.ipreunion.com / [email protected]
 

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1 Commentaires
Missouk
Missouk
5 ans

D'une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, c'est tout le mouvement associatif qui s'Ă©puise. Et il faut se dire qu'en mĂ©tropole, c'est bien pire! Ils auront bientĂŽt tuĂ© la culture, ils sont en train de tuer le tissu associatif, de nous empĂȘcher d'avoir des loisirs, de sortir, d'inviter et voir du monde, bref, de faire de nous de bons moutons dociles et obĂ©issants...