Derrière le candidat, il y a un bilan. Et nous ne l’oublions pas. Édouard Philippe est à La Réunion. Il vient parler d’avenir. Mais avant de parler de demain, il faudrait peut-être assumer hier. Car Édouard Philippe n’est pas seulement un candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2027. Il fut Premier ministre pendant trois années décisives, de 2017 à 2020, et a porté avec Emmanuel Macron une politique dont les conséquences sociales sont encore profondément ressenties.
Son déplacement électoral n’efface pas son bilan ni sa politique qui a davantage protégé le capital que les plus fragiles
Transformation de l’ISF en IFI, flat tax, baisse de l’impôt sur les sociétés : son choix était clair, celui d’une politique de l’offre, de l’attractivité et de l’investissement.
Dans le même temps, les réformes du travail et de l’assurance chômage demandaient davantage de flexibilité aux salariés et aux demandeurs d’emploi.
Quand on donne davantage de liberté au capital et davantage de flexibilité au travail, la question est simple : qui protège-t-on et qui fait-on payer ?
Pour nous, la modernisation voulue par Edouard Philippe a été synonyme de recul des protections sociales.
Pour lui, la réussite économique d’un pays se mesure uniquement à l’attractivité du capital. Non, Monsieur l’ancien premier ministre, elle se mesure aussi au niveau de vie des travailleurs, au bien-être des familles et à la capacité de chacun à vivre correctement qu’il soit jeune actif ou au chômage ou retraité , à l’accès de chacun à des services publics en mesure de répondre aux besoins.
Nous n’oublions pas les 5 euros d’APL en moins, symbole d’une politique dont le calendrier a profondément choqué : la baisse des APL intervenait pratiquement au même moment que la transformation de l’ISF en IFI.
Nous n’oublions pas non plus la hausse des taxes sur les carburants.
À La Réunion, la voiture n’est pas un luxe pour beaucoup. Quand les transports collectifs sont insuffisants et que les distances domicile-travail sont contraintes, augmenter le prix du carburant, c’est frapper directement le budget des familles.
Il a fallu les Gilets jaunes pour que le gouvernement recule et infléchisse sa politique.
La colère populaire a rappelé à Édouard Philippe, ce que les tableaux budgétaires ne suffisaient pas à voir : derrière chaque réforme, il y a des vies.
Code du travail, SNCF, assurance chômage, retraites : Édouard Philippe a engagé une succession de réformes structurelles qui ont toutes entraîné une forte opposition et conflictualité sociale.
Nous n’oublions ni les grèves, ni les manifestations, ni le recours au 49.3 lors de la réforme des retraites.
C’est l’homme d’une politique fiscale pas sociale !
La taxe carbone restera l’un des symboles de cette politique.
À La Réunion, nous savons qu’une écologie qui renchérit les déplacements sans offrir d’alternative devient une écologie injuste.
Nous voulons une transition écologique qui accompagne les familles et transforme réellement les modes de production, pas une écologie qui fait payer davantage ceux qui ont le moins de choix.
C’est aussi l’homme des comptes publics qui n’ont pas été redressés Édouard Philippe avait fait de la maîtrise des comptes publics une priorité.
Pourtant, avant même le Covid, la dette publique dépassait 100 % du PIB.
Sa politique de maîtrise des dépenses a-t-elle réellement permis de réduire le poids de la dette avant la crise ?
La réponse est non.
C’est l’homme des services publics comme variable d’ajustement.
Sous prétexte de "modernisation" et de "maîtrise des dépenses publiques", on a vu les services publics se détériorer.
C’est le premier ministre de la Covid. La question des masques en restera le symbole ainsi que la démission-choc de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, menant à de longues procédures judiciaires
Le bilan d’Edouard Philippe, premier ministre c’est celui d’un gouvernement insuffisamment préparé, mal informé, qui a sous-estimé les besoins, n’a pas sécurisé les équipements essentiels, a mal anticipé la pénurie de masques, a tenu un discours sanitaire ensuite démenti par les faits et a peiné à fournir une doctrine claire face à la crise.
Et puis sa méthode de gouvernance, nous la connaissons :
D’abord la réforme.
Ensuite la colère des Français
Puis, quand la contestation devient trop forte le passage en force
Nous ne voulons plus de cette politique.
Avant de demander la confiance des Réunionnais en 2027, Édouard Philippe doit d’abord assumer le bilan du Premier ministre qu’il a été.
Nous n’avons rien oublié.
POUR LA RÉUNION
