Tribune libre de Jean Claude Comorassamy

Quand notre modèle social sert de bouc émissaire à la dette !

  • Publié le 29 août 2026 à 12:18
  • Actualisé le 29 août 2026 à 12:20
Baisse contrats PEC

Le récent débat sur LCI l'a encore démontré, à chaque échéance présidentielle, la même doctrine est martelée pour résorber la dette. Pour une partie de la classe politique, la solution passerait inévitablement par "le travailler plus", le démantèlement des 35 heures, le recul de l'âge et la désindexation de la retraite, la coupe dans les aides sociales et la suppression de postes de fonctionnaires (Photo d'illustration www.imazpress.com)

En désignant ainsi notre modèle social comme le bouc émissaire de la crise financière, ce discours occulte délibérément le délabrement de nos services publics, en premier lieu nos hôpitaux.

 Pourtant une interrogation fondamentale demeure néanmoins sous silence, pourquoi faire porter une pression constante sur les mêmes contribuables, sans jamais questionner le fonctionnement et le grand train de vie de nos institutions ?

Demander de nouveaux sacrifices aux travailleurs, aux retraités, aux malades stigmatisés, aux ménages modestes sans s'attaquer à la complexité des institutions est un choix politique contestable. La France pâtit d’un "mille-feuille territorial" devenu notoirement opaque.

Entre les communes, les intercommunalités, les départements, les régions et les multiples syndicats mixtes, le chevauchement des compétences génère une lourdeur administrative dont le seul coût de la complexité s'élève sûrement à plusieurs milliards d’euros par an. Et La Réunion n'échappe évidemment pas à la règle ! Au lieu d'une simplification, c'est un véritable mille-feuilles territorial et administratif qui a vu le jour, alors qu'il n'existait pas encore il y a peu de temps.

Certes, réduire le nombre d’élus ou supprimer les ARS, une collectivité par région, les EPCI), les SEM ne suffirait pas à combler le déficit public. Néanmoins, perpétuer ces doublons entraîne un véritable gaspillage de fonds publics qui nuit directement à la confiance des citoyens.

- Des corporatismes politiques tous bords confondus -

Le contraste est saisissant. D’un côté, on exige une austérité renforcée sur les prestations de solidarité et sur les services publics de proximité, ceux-là mêmes qui garantissent le lien social dans les quartiers et les territoires, nous soignent, protègent et enseignent. De l’autre, la réforme de l’État stagne devant les verrous institutionnels et les corporatismes politiques, tous bords confondus.

Si aucun candidat n'a jugé bon d'aborder la suppression du Sénat, la réduction du nombre de parlementaires, la fusion ou la réduction des collectivités territoriales ou la révision de leurs privilèges lors du débat, ce n'est pas un hasard.

La formule "on n'est jamais mieux servi que par soi-même" prend ici tout son sens, demander à une classe politique de réduire la taille de son propre vivier institutionnel revient à lui demander de scier la branche sur laquelle elle est assise. Il est toujours plus aisé d'imposer l'effort à des millions de citoyens anonymes qu'à son propre milieu surprotéger.

​Le véritable contrat social ne peut pas être à sens unique. Si une réorganisation est nécessaire pour garantir l'avenir de nos finances publiques, elle doit impérativement commencer par la rationalisation des structures de pouvoir et la suppression des doublons administratifs.

On ne reconstruira pas la cohésion nationale en faisant de la précarité une variable d'ajustement. Il est temps de moderniser l’État à sa tête avant de demander aux plus modestes de serrer davantage leur ceinture.

Alors je me pose la question, après tant d'années observation, de défense des travailleurs et de soins au sein de la santé mentale, je me demande, est-ce mon propre regard qui s'est altéré au fil de plus quatre décennies dans ce milieu ?

Jean Claude Comorassamy

 

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