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Tribune libre de Marie-Hélène Dor, pour la Possession Insoumise

A la Réunion, toutes les raisons de défiler jeudi 5 novembre

  • Publié le 31 octobre 2026 à 08:11
  • Actualisé le 31 octobre 2026 à 10:05
perceval gaillard

L’actualité est dominée par un mouvement social d’une ampleur inédite dont personne ne peut aujourd’hui prédire l’évolution. (Photo d'illustration : www.imazpress.com)

Les brutalités policières, les garde-à-vue (plus de 8000 à ce jour!), la posture du "tout répressif" assumée par le ministre de l’intérieur et le discrédit dont la jeunesse fait l’objet de la part du pouvoir en place servent à intimider les contestataires, à faire diversion et surtout à esquiver les réponses politiques aux problèmes de fond.

Les manifestant.es, principalement les lycéen.es alertent sur leurs conditions d’étude, leurs entraves (Parcoursup en particulier) et sur leurs craintes, bien légitimes, concernant leur avenir. Depuis le 6 octobre, les questions de vie chère et plus globalement de justice sociale sont venus compléter le corpus revendicatif. C’est donc bien la question du déclassement social qui se trouve au coeur des mobilisations.

En 2009 déjà un mouvement social de très grande ampleur s’était propagé dans tous les territoires ultramarins. A la Réunion le COSPAR alertait sur une situation sociale potentiellement explosive.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

La Réunion est toujours minée par des indicateurs dans le rouge : chômage, bas salaires, vie chère, mal logement, minima sociaux, petites retraites. La situation ne s’est guère amélioré depuis 2009. Et comme hélas partout ailleurs les services publics sont en grande difficulté pour assurer leurs missions.

Sur ce point, il est important de rappeler la place particulière qu’ils occupent sur notre territoire. L’emploi public reste attractif et représente un tiers des emplois contre moins de 20 % dans l’Hexagone.

La Fonction Publique est donc à la fois un rampart contre le chômage et un amortisseur social par les missions qu’elle accomplit au service de la population. La précarité des emplois gangrène particulièrement la Fonction Publique Territoriale, ce qui alimente le clientélisme mais aussi le désenchantement des agents et de leurs familles vis-à-vis de l’avenir.

Les chiffres officiels du chômage le porte à 19 %, soit moins qu’en 2009 mais il reste cependant élevé en comparaison de l’Hexagone (8.3%).

La pauvreté concerne plus de 36 % de la population, soit 323 600 personnes vivant sous le seuil de pauvreté contre 14 % en France hexagonale. Plus de 50000 demandes de logement social sont en attente.

La moitié de la population réunionnaise a un niveau de vie inférieur à 19 110 euros par an (soit 26 % de moins qu'en France hexagonale).

La flambée des prix des carburants vient aggraver une situation où la vie chère est déjà au coeur des préoccupations quotidiennes de la population depuis des décennies. Si le COSPAR avait réussi à imposer des baisses de prix sur 200 produits, aucune transparence n’a jamais été obtenue pour comprendre comment les prix sont déterminés.

Les freins viennent du patronat dont la grande distribution qui a toujours refusé de dévoiler les mécanismes qui aboutissent à des prix en rayon toujours supérieurs à ceux de l’Hexagone.

De même les situations monopolistiques (notamment celle de la SRPP), la domination des groupes trans-nationaux (GBH par ex) renvoient encore la Réunion à une économie de comptoir.

Les inégalités sociales sont criantes sur notre territoire où plus de 2000 foyers payaient l’Impôt de Solidarité sur la Fortune avant sa suppression contre aujourd’hui 800 foyers eligibles à l’IFI (qui l’a remplacé), soit une fiscalité toujours moins exigeante pour les plus riches et toujours aussi injuste pour tous les autres.

La récente victoire du groupe LFI à l’Assemblée Nationale permettra aux quelques 3000 AESH de la Réunion d’accéder au statut de fonctionnaire et donc à la sécurité de l’emploi et à un cadre de rémunération plus favorable. Même si pour l’heure le processus parlementaire n’est pas achevé, cela constitue un 1er pas vers plus de justice sociale.

Le moment est venu de poursuivre cette marche en avant.

Pour la Possession Insoumise
Marie-Hélène DOR

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