À La Réunion, les aides à domicile vivent une situation devenue insoutenable. Alors que l’essence a franchi le seuil des 2 euros le litre, des milliers de salariées - majoritairement des femmes - doivent utiliser leur véhicule personnel pour assurer leurs interventions auprès d’un public fragile, dépendant ou vulnérable (Photo d'illustration : www.imazpress.com)
Dans notre île, il est matériellement impossible d’aller de maison en maison en transport en commun : les salariées n’ont pas le choix. Prises au piège d'embouteillages quotidiens qui rallongent leurs tournées et vident leurs réservoirs, elles doivent payer pour aller travailler.
Et, en fin de mois, il ne leur reste plus rien pour vivre.
Des salaires en dessous du SMIC : une honte républicaine
Du fait du temps partiel imposé, une grande partie des aides à domicile touche entre 700 à 900 euros par mois. À La Réunion, où le niveau de vie médian est inférieur de 30 % à la moyenne nationale et où le coût de la vie globale est beaucoup plus cher qu’en métropole (avec un panier alimentaire qui explose à +37 %), cela signifie :
• des loyers impossibles à assumer sur un marché locatif saturé,
• des familles qui peinent à se nourrir,
• des loisirs inexistants,
• des soins médicaux reportés faute de moyens.
• Peu ou pas d’entretien du véhicule faute de moyens.
Ce renoncement aux soins aggrave leur vulnérabilité, alors même qu’elles exercent un métier pénible, physiquement exigeant et émotionnellement lourd.
Les réparations nécessaires, le remplacement des pneus et les révisions régulières sont souvent reportés. Or, le véhicule personnel est indispensable aux déplacements professionnels quotidiens. Ce défaut d’entretien expose les salariées à des pannes, à des dépenses imprévues et à des risques accrus sur la route.
Un métier brisé par la précarité et le « Silver Business » Chaque jour, les aides à domicile garantissent la continuité de l’accompagnement auprès des personnes fragiles.
Pourtant, la profession est marquée par :
• un turnover massif,
• une explosion des accidents du travail,
• des maladies professionnelles (troubles musculo squelettiques, risques psycho sociaux et burnout),
• une pénibilité ignorée,
• des carrières brisées,
Peu d’entre nous arrivent à la retraite, et plus rares encore sont celles qui l’atteignent en bonne santé.
Les salariées s’épuisent, s’abîment, s’endettent… et personne ne reconnaît leur réalité. Pendant ce temps, les employeurs du secteur bénéficient de financements publics massifs
La CGTR SAP-974 Services à la Personne interpelle solennellement :
• Les employeurs et structures privées du secteur ,
• Le Conseil départemental de La Réunion, financeur majeur du secteur,
• La CNSA, dont le budget atteint 43 milliards d’euros,
• L’État, garant de l’égalité territoriale.
Ils doivent agir
Nous avons interpellé le Conseil Départemental le 18 juin 2026 à ce sujet.
Mais nous n’avons pas eu l’écoute attendue, ni de réelle avancée. Le mépris et le silence des institutions et du patronat doivent cesser.
Nous exigeons :
• une revalorisation immédiate des salaires,
• un remboursement réel des frais kilométriques indexé sur la réalité des prix insulaires,
• la fin du temps partiel imposé,
• la reconnaissance de la pénibilité,
• la prise en charge des maladies professionnelles,
• des moyens pour permettre aux salariées de vivre dignement.
Il est inacceptable que celles qui prennent soin des autres ne puissent plus prendre soin d’elles-mêmes. Il est tout aussi inacceptable qu’elles supportent personnellement le coût de leurs déplacements professionnels.
Les aides à domicile ne doivent plus être les oubliées de la République
À La Réunion, les salariées des services à la personne sont en train de craquer. Elles ne demandent pas des privilèges : elles demandent simplement de pouvoir vivre de leur travail.
La CGTR SAP-974 Services A la Personne appelle l’État, le Département, la CNSA et les organisations patronales à prendre leurs responsabilités.
Sans mesures fortes, le secteur continuera de s’effondrer, au détriment des salariés et des personnes aidées.
La CGTR SAP-974 Services A la Personne restera aux côtés des aides à domicile.
Nous ne laisserons plus ces travailleuses essentielles supporter le coût de leurs déplacements, s’endetter pour aider et s’épuiser afin de pallier le manque de moyens publics au profit d’intérêts privés.
La dignité n’est pas négociable. La justice sociale non plus.
Linda Diblar
Secrétaire générale du syndicat
