Je souhaite appeler solennellement votre attention sur des faits particulièrement graves mettant en cause la communication officielle du préfet de La Réunion, à la suite des violences urbaines survenues dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2026 (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
La préfecture de La Réunion a délibérément rendu publics les prénoms de plusieurs mineurs présentés comme impliqués dans ces événements, dont celui d'un enfant âgé de seulement 11 ans.
Cette divulgation est d'autant plus préoccupante que le parquet de Saint-Denis a précisé qu'aucun mineur de cet âge n'avait été placé en garde à vue dans le cadre de ces faits.
Or, l'article L 13-3 du Code de la justice pénale des mineurs interdit expressément que l'identité d'un mineur mis en cause dans une procédure pénale soit directement ou indirectement rendue publique.
Cette protection n'est ni une faveur ni une marque de complaisance à l'égard de la délinquance. Elle constitue une garantie fondamentale de notre État de droit, destinée à préserver les droits des enfants, leur présomption d'innocence et leurs perspectives de réinsertion.
Le représentant de l'État ne saurait s'affranchir de ces principes au prétexte de répondre à une situation de tensions urbaines.
Mais au-delà de la question juridique, c'est la finalité même de cette divulgation qui m'interroge profondément.
Quel intérêt opérationnel, judiciaire ou sécuritaire pouvait justifier que les prénoms de ces enfants soient livrés à la connaissance du public ? Pourquoi avoir fait ce choix alors que ces informations n'apportent rien à la compréhension des faits ni à la protection de la population ?
Et surtout, quel message le représentant de l'État entendu adresser à travers cette communication inhabituelle ?
Dans un contexte national marqué par une progression inquiétante des discours racistes, xénophobes et des amalgames identitaires, la publication de prénoms peut nourrir les raccourcis les plus dangereux, en laissant entendre qu'une origine réelle ou supposée expliquerait un comportement délinquant. On ne combat pas la délinquance en désignant des origines. On ne rétablit pas l'autorité de l'État en alimentant les préjugés. Et on ne défend pas la République en s'affranchissant de ses lois.
Les réactions haineuses et xénophobes suscitées par cette divulgation, rapportées dans la presse locale, démontrent combien une telle communication peut contribuer à attiser les tensions plutôt qu'à les apaiser. Le récent attentat raciste de Trappes nous rappelle tragiquement que les discours de haine et la banalisation des préjugés ne sont jamais sans conséquences. Dans ce contexte, nous avons tous une responsabilité particulière, et cette responsabilité est plus grande encore pour celles et ceux qui incarnent l'autorité publique. L'exemplarité doit venir d'en haut. La Réunion, terre de métissage et de diversité, où la coexistence des cultures constitue une richesse essentielle de notre société, nous ne pouvons accepter que la parole de l'État puisse contribuer, même indirectement, à dresser une partie de la population contre une autre.
Je condamne sans ambiguïté les violences urbaines et les atteintes aux biens et aux personnes. Leurs auteurs doivent répondre de leurs actes devant la justice, dans le respect des règles applicables à chacun. Mais la fermeté républicaine n'autorise ni l'arbitraire, ni la stigmatisation, ni la violation des droits fondamentaux.
Aussi, Monsieur le Ministre, je vous demande de bien vouloir faire toute la lumière sur les circonstances dans lesquelles cette communication a été décidée et validée par les services préfectoraux ; et de prendre les mesures nécessaires pour garantir que de telles pratiques ne se reproduisent pas.
Je vous remercie de l'attention que vous porterez à cette interpellation et vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération.
