L’Union des Femmes Réunionnaises salue la décision historique prise par le Danemark de reconnaître et de réparer les violences subies par des femmes groenlandaises auxquelles des stérilisations ont été imposées sans leur consentement. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)
Cette décision constitue un acte important de reconnaissance. Elle rappelle qu’une politique de contrôle des naissances ne peut jamais justifier que l’on dispose du corps des femmes sans leur accord.
Cette décision résonne douloureusement avec notre propre histoire. À La Réunion, dans les années 1960 et 1970, des femmes réunionnaises ont elles aussi été victimes de pratiques médicales et de politiques de contrôle des naissances exercées sans leur consentement. Des avortements ont été pratiqués sur des femmes qui ne les avaient pas librement choisis et certaines ont subi des stérilisations sans avoir donné leur accord.
En 1970, trente femmes ont eu le courage de porter plainte et de témoigner publiquement de ce qu’elles avaient subi. Ces femmes étaient pour beaucoup issues des classes populaires et se trouvaient dans une situation de grande vulnérabilité face à l’institution médicale et aux pouvoirs publics.
Il ne s’agit pas de prétendre que l’histoire du Groenland et celle de La Réunion sont en tous points identiques. Elles ne le sont pas.
Mais elles posent une même question fondamentale : Que se passe-t-il lorsque le pouvoir politique, administratif ou médical considère que le corps des femmes peut devenir un instrument de politique démographique ?
Au Groenland comme à La Réunion, des femmes ont été confrontées à des pratiques qui ont porté atteinte à leur intégrité physique et à leur droit fondamental de décider librement de leur maternité. Dans les deux cas, le corps des femmes a été placé au cœur de politiques qui les dépassaient et auxquelles elles n’avaient pas librement consenti.
C’est pourquoi la décision danoise doit aussi nous conduire à regarder notre propre histoire en face. Le Danemark reconnaît aujourd’hui le préjudice subi par les femmes groenlandaises.
Et les femmes réunionnaises ? Que leur doit la République ?
Depuis des années, des associations, des historiennes, des militantes féministes et des femmes réunionnaises demandent que toute la lumière soit faite sur ces pratiques, sur leurs responsabilités et sur le nombre de femmes concernées.
En 2018, le député réunionnais Jean-Hugues Ratenon avait déposé à l’Assemblée nationale une proposition de résolution pour faire la lumière sur les avortements et stérilisations forcés à La Réunion. Plus récemment, Karine Lebon a elle aussi contribué à remettre cette histoire au cœur du débat parlementaire. Mais ces démarches sont, à ce jour, restées sans réponse à la hauteur des faits et de la souffrance des victimes.
L’Union des Femmes Réunionnaises demande donc que la France regarde enfin cette page de son histoire avec la même exigence qu’elle attend des autres États.
Nous demandons la reconnaissance pleine et entière des violences reproductives subies par les femmes réunionnaises, un véritable travail historique et institutionnel permettant d’établir les faits et d’identifier les responsabilités, la préservation des archives permettant de faire toute la lumière sur cette histoire, la mise en place d’un dispositif public de reconnaissance et de réparation pour les femmes victimes de stérilisations ou d’avortements pratiqués sans leur consentement et la reconnaissance de la dimension sociale, politique et historique dans laquelle ces pratiques ont été rendues possibles.
L’Union des Femmes Réunionnaises veut aujourd’hui rendre hommage aux femmes réunionnaises qui, il y a plus d’un demi-siècle, ont subi dans leur chair des violences dont elles n’avaient pas choisi le destin. L’UFR s’est battue à leurs côtés.
Leur histoire doit être reconnue. Et leur mémoire doit être réparée.
L’histoire des femmes groenlandaises nous rappelle une vérité universelle : Aucune politique démographique, aucune politique sociale, aucune institution médicale ne peut justifier que l’on dispose du corps d’une femme sans son consentement.
Cette vérité vaut au Groenland.
Elle vaut à La Réunion.
Elle vaut partout.
L’Union des Femmes Réunionnaises
