Tribune libre de Place Publique Réunion

La charrue devant les bœufs

  • Publié le 6 novembre 2026 à 10:17
  • Actualisé le 6 novembre 2026 à 10:19
Place publique

On met au débat, jusqu'au 26 novembre, un projet "au stade des études", dont le coût, le financement et le phasage resteraient à discuter. Dans le même temps, une proposition de loi attend au Sénat depuis avril sur la société qui construira le train et ses pouvoirs. Dans la nuit du 2 novembre, l'Assemblée nationale a adopté en première lecture une taxe d'équipement pouvant atteindre 60 millions par an, payée par les propriétaires et les entreprises, et le triplement de la taxe de séjour (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)

J’ai l’impression que l’on met la charrue devant les bœufs. On légifère sur l'outil et sur des dispositifs de financement dont on nous dit qu'ils seraient encore à l'étude.

Le dossier annonce 5,2 à 6 milliards d'euros d'investissement et 70 millions par an d'exploitation, et attend des voyageurs environ 19 % du coût du système. Appliquons ce taux à l'exploitation : il reste près de 57 millions par an à trouver. La nouvelle taxe suffirait à peine à les couvrir. Mais alors, qu'en est-il de la dette ? Même avec 35 % de subventions, emprunter le reste sur cinquante ans à 3 % coûterait de 130 à 150 millions par an. Avec l'exploitation, près de 200 millions : trois fois la taxe votée.

Les députés PLR et LFI parlent de « responsabilité ». M. Ratenon précise que le texte a été « coconstruit main dans la main » avec la Région. Mais un député n'est pas le porte-parole d'un exécutif régional : son rôle est de demander les comptes avant de faire payer les citoyens..

La droite, elle, a dégainé plus vite que son ombre : oui au train !, non aux taxes. Le train est formidable, à condition qu'il soit gratuit. Et les contre-propositions ? Sans doute dans le prochain communiqué.

La Réunion a besoin d'un grand transport collectif, sans aucun doute. Mais elle ne pourra pas supporter un fiasco financier de plus. Je demande donc à la Région de s'engager, avant le 26 novembre, à :

1. dévoiler un plan de financement crédible et le compte d'exploitation correspondant, incluant la rémunération de l'exploitant ;
2. préciser la délégation de maîtrise d'ouvrage à la SRGP, le remboursement de la dette et sa supportabilité pour la Région ;
3. préciser la garantie d'équilibre à laquelle la Région devra s'engager envers l'exploitant ;
4. chiffrer une variante moins coûteuse, au report modal plus ambitieux, avec un meilleur bilan socio-économique.

Sans ces réponses, elle doit s'engager à ne pas lever ces taxes. Un débat public mérite la plus grande transparence, ne serait-ce que par respect de l'institution et des citoyens.

Joël Personné, référent Place Publique Réunion

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