Les mobilisations lycéennes révèlent les contradictions d’un gouvernement qui, face aux aspirations de la jeunesse, multiplie les interdictions et les dispositifs répressifs. Qu’on en juge. (Photo photo RB/www.imazpress.com)
- Tentative d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, censurée par le Conseil constitutionnel,
- interdiction des téléphones portables étendue aux lycées,
- interdiction des boissons énergisantes aux moins de 16 ans demandée par des parlementaires
- durcissement des sanctions contre l’usage du protoxyde d’azote (gaz hilarant),
- interdiction de puffs,
- sanctions contre certains rassemblements festifs : la participation à une rave-party non autorisée devient un délit.
Les mesures restrictives s’accumulent. La loi RIPOST, promulguée le 18 août dernier, illustre cette orientation sécuritaire en renforçant plusieurs dispositifs de sanction et de contrôle des jeunes.
Mais désormais le gouvernement veut aller plus beaucoup plus loin. Face aux mobilisations lycéennes, il accélère l’examen du projet de loi dit "casseur-payeur", qui prévoit notamment un régime de responsabilité civile solidaire pour les participants à certaines actions collectives violentes ayant entraîné des dégradations.
Ce projet, dont l’examen au Sénat est annoncé pour le 27 octobre, soulève des interrogations sur les conditions d’engagement de cette responsabilité et les garanties apportées aux libertés publiques. Pour mémoire, la loi anticasseur des années 70, visant la jeunesse de mai 68, permettait de déférer devant un tribunal un manifestant, même pacifique mais présent sur les lieux d’événements violents.
Certes, nul ne conteste la nécessité de faire respecter l’ordre public, de protéger les jeunes contre les addictions, les dangers du numérique ou certaines pratiques à risque. Mais le respect de l’ordre public doit se faire dans le respect des libertés publiques, protéger ne se réduit pas à interdire et punir. Prévenir ne se résume pas à réprimer. Éduquer n’est pas sanctionner.
Le véritable problème est ailleurs : pendant que le gouvernement multiplie les interdictions, les difficultés sociales et économiques auxquelles se heurte la jeunesse demeurent considérables.
Ainsi à La Réunion, cette contradiction prend une dimension particulièrement préoccupante.
Selon l’INSEE, en 2025, 28 % des jeunes Réunionnais actifs de 15 à 29 ans sont au chômage, soit deux fois plus que dans l’Hexagone. Un jeune sur quatre, dans cette même tranche d’âge, n’est ni en emploi, ni en études, ni en formation.
À ces difficultés s’ajoutent la précarité, le coût de la vie, les obstacles à l’accès au logement et les perspectives professionnelles trop souvent limitées, qui conduisent nombre de jeunes à envisager leur avenir loin de leur île.
Est-ce à cette jeunesse, confrontée à tant d’obstacles, qu’il faut répondre prioritairement par davantage d’interdictions et de sanctions ? Ce dont les jeunes Réunionnais ont besoin, ce sont des politiques ambitieuses en matière d’éducation, de formation, d’emploi et d’égalité des chances. Ils ont besoin de perspectives d’avenir, de confiance et de reconnaissance.
Certes, le gouvernement annonce aujourd’hui de nouvelles concertations sur les difficultés des lycéens. Mais ces annonces ne sauraient dispenser d’une véritable politique d’émancipation de la jeunesse.
Quand un pouvoir peine à apporter des réponses aux difficultés économiques et sociales, la tentation est grande de déplacer le débat vers les questions d’ordre, de discipline et de sécurité. La jeunesse risque alors de devenir un bouc émissaire commode, sur lequel se concentrent les discours d’autorité et les démonstrations de fermeté.
Une société qui ne sait plus offrir de perspectives à sa jeunesse et privilégie la sanction plutôt que l’écoute compromet son propre avenir.
À La Réunion comme ailleurs, il est urgent de remettre l’éducation, la justice sociale, l’émancipation et la confiance au cœur des politiques publiques. La jeunesse n’a pas besoin d’être mise au pas. Elle a besoin qu’on lui ouvre des perspectives.
La jeunesse n’est pas le problème de notre société. Elle en est l’avenir.
Jean-Pierre Marchau, Conseiller Fédéral
Les Écologistes
(La Réunion)
