Et si nous faisions enfin l’effort de regarder au-delà des images de violences ? (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Et si, derrière les blocages, les cris et la colère, nous acceptions d’entendre ce que cette jeunesse est réellement en train de nous dire ?
Ce qui se passe aujourd’hui dans les lycées ressemble, par certains aspects, à un Mai 68 des lycéens.
Pas parce que l’Histoire se répète.
Mais parce qu’une génération qui arrive à l’âge adulte refuse de rester silencieuse face à un système dans lequel elle ne trouve plus suffisamment de réponses.
Les lycéens parlent de leurs professeurs absents, de classes chargées, du manque de moyens, de bâtiments inadaptés, de la chaleur, de leur orientation et de
Parcoursup. À La Réunion, 90 postes d’enseignants ont été supprimés à la rentrée 2026, dont 65 dans les collèges et lycées. ( Imaz Press Reunion)
Ce ne sont pas des revendications imaginaires.
Ce sont les symptômes d’un malaise profond.
Alors oui, les violences doivent être condamnées lorsqu’elles existent. Les dégradations, les agressions et les affrontements ne peuvent pas devenir la norme.
Mais attention à ne pas commettre une terrible erreur : confondre quelques débordements avec toute une jeunesse.
Les violences ne résument pas cette mobilisation.
Elles ne sont certainement pas l’expression de tous ces lycéens qui manifestent pacifiquement pour demander simplement de meilleures conditions d’étude et un avenir auquel ils puissent croire.
Réduire leur mouvement aux violences, c’est précisément passer à côté de l’essentiel.
Et c’est aussi prendre le risque de fabriquer demain une société dans laquelle les jeunes ne seront plus entendus que lorsqu’ils crieront suffisamment fort.
Mais qu’avons-nous donc offert à cette jeunesse ?
Nous leur demandons de travailler.
De réussir.
De choisir une orientation à 15 ou 16 ans.
De savoir quel métier ils veulent exercer.
De construire un projet.
De remplir des dossiers.
De franchir les filtres de Parcoursup.
De s’adapter.
De patienter.
De faire confiance.
Mais confiance en quoi ?
Dans quel monde leur demandons-nous de se projeter ?
Une société anxiogène.
Un monde du travail qui se transforme.
Une précarité qui inquiète.
Un logement de plus en plus difficile à atteindre.
Un climat qui change.
Des crises qui s’enchaînent.
Une école qui peine à leur donner toutes les réponses.
Et, au bout du chemin, cette question qu’ils n’osent peut-être pas toujours poser mais
qui est pourtant là :
Est-ce que demain sera meilleur qu’aujourd’hui ?
Et même plus simplement :
Est-ce qu’après avoir travaillé toute leur vie, ils auront encore une retraite leur
permettant de vivre dignement ?
Qui peut leur répondre avec certitude ?
Voilà pourquoi ils ont peur.
Ces jeunes sont comme des papillons de nuit devant une lumière immense.
Ils avancent vers elle parce qu’ils n’ont pas d’autre choix.
Ils la regardent.
Ils cherchent leur chemin.
Ils tournent autour.
Ils hésitent.
Ils ne savent pas.
Ils ne comprennent pas toujours.
Ils doutent.
Et surtout, ils ont peur.
Peur de se tromper d’orientation.
Peur de ne pas trouver leur place.
Peur de ne pas trouver de travail.
Peur de ne pas pouvoir vivre correctement de leur travail.
Peur d’un avenir qu’on leur demande de construire alors même que les adultes
semblent eux-mêmes ne plus savoir exactement à quoi ressemblera cet avenir.
Alors cessons de regarder cette jeunesse uniquement comme un problème à régler.
Regardons-la comme le miroir de notre propre société.
Si nos enfants descendent dans la rue, c’est peut-être aussi parce qu’ils ont quelque
chose à nous dire sur le monde que nous leur préparons.
Et c’est ici que la responsabilité du gouvernement est immense.
Il ne suffira pas de rétablir le calme.
Il ne suffira pas de compter les manifestants.
Il ne suffira pas de sécuriser les établissements.
Il ne suffira pas de répondre aux blocages par des mesures de maintien de l’ordre.
Il faut répondre aux causes.
Il faut regarder l’état de l’Éducation nationale.
- Les moyens humains.
- Les remplacements.
- Les effectifs dans les classes
- L’orientation PARCOURSUP
- Les bâtiments scolaires.
- Les conditions d’apprentissage.
- L’accompagnement psychologique et humain.
- Et surtout, la capacité de notre système éducatif à donner à chaque jeune uneraison de croire en son avenir.
L’article d’Imaz Press rappelle d’ailleurs que les revendications lycéennes rejoignent des difficultés dénoncées depuis longtemps par les enseignants, les parents et les représentants syndicaux. Alors oui, écoutons ce Mai 68 des lycéens.
- Pas pour glorifier les violences.
- Pas pour excuser les débordements.
- Mais pour comprendre ce qui se cache derrière cette colère.
Parce qu’une génération qui ne croit plus en son avenir est une génération qui finit par ne plus croire en la société qui lui est proposée.
La question n’est donc pas seulement : “Comment faire cesser la mobilisation ?” La vraie question est :
“Qu’allons-nous faire pour que ces jeunes aient enfin envie de croire en demain ?”
À cette question, il faut maintenant des réponses.
Pas des discours.
Pas de la peur.
Pas du mépris.
Des réponses.
Yvette Duchemann
Ecologiste
