Tribune libre de Jean-Claude Comorassamy

Notre cuisine au feu de bois est-elle menacée ?

  • Publié le 4 novembre 2026 à 11:09
  • Actualisé le 4 novembre 2026 à 11:10
Jean Claude Comorassamy

​Désormais, en ce 1er novembre 2026, alors que 657 communes en France multiplient les arrêtés pour interdire les feux de cheminée à foyer ouvert au nom de la lutte contre la pollution atmosphérique, une peur sourde grandit au fond de nos cuisines créoles. Et si des technocrates en costume-cravate, installés bien au chaud dans leurs bureaux, décidaient un beau matin de s'attaquer à notre cuisine au feu de bois ? (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

​Ne soyons pas naïfs. Avec l'écologie punitive et l'uniformisation réglementaire à tout-va, ce qui commence dans l'Hexagone finit presque toujours par s'abattre aveuglément sur nos départements d'outre-mer, et en premier lieu sur La Réunion. Alors, comment ne pas s'inquiéter et ne pas s'alarmer ?

​Interdire la cuisine au feu de bois chez nous ne serait pas seulement une absurdité environnementale, ce serait une agression culturelle pure et simple. C’est notre identité tout entière que l'on assassinerait à petit feu si l'on venait à interdire cet art culinaire ancestral.

- La kisine o fé do boi in tradisyon Kréol rénioné -

​Bien plus qu’un simple mode de cuisson, le feu de bois est le cœur battant de la case créole ! Il exhale des parfums irremplaçables, ceux d'un rougail saucisses ou d'un cari massalé, les senteurs d'une fricassée de brèdes chouchou, d'un rôti de porc qui mijote patiemment dans la marmite en fonte. C'est la douce musique d'une marmite de pois ou de patate en ébullition, souvent complice d'une frétillante friture de guêpes, c'est le rituel du dimanche en famille, véritable ciment de notre vivre-ensemble qui se transmet de génération en génération. Les braises sont aussi utilisées pour la marche sur le feu dans la culture tamoule !

​Parlons vrai, dans une île où la vie est devenue hors de prix, où la bouteille de gaz pèse lourd dans le budget et où l'inflation étrangle les foyers, le feu de bois reste aussi une réponse de dignité, de débrouillardise et de survie populaire.

​Passer sous silence les interdictions de feux de cheminée mises en place en Métropole, c'est accepter que demain, des inspecteurs hors sol viennent compter les "tisons" dans nos cuisines et à verbaliser la grande majorité de la population. Ce serait inacceptable.

​Il est grand temps de crever l'abcès et de le dire haut et fort à ces apprentis sorciers de la norme, notre cuisine au feu de bois, ne sont pas un laboratoire pour technocrates déconnectés !

​Plus que jamais, nous devons nous mobiliser pour préserver ce patrimoine culturel irremplaçable. Laissons vivre nos traditions, protégeons et sanctuarisons notre cuisine au feu de bois pour qu'elle continue de faire battre le cœur de La Réunion, d'aujourd'hui et pour les générations futures.

Jean Claude Comorassamy

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1 Commentaires
Karly
Karly
3 heures

Plusieurs de nos élus s'invitent en cuisine sur les réseaux sociaux. Que pensent-ils si demain cette tradition créole transmise de génération en génération soit interdite ? Quant on voit ce qui passe pour les pêcheurs plaisanciers, les tangues, les guêpes, les pêcheurs gaulettes ...que font nos élus ? Merci monsieur pour votre courrier de lecteurs.