Tribune libre du sénateur Stéphane Fouassin

Enfants de la Creuse : Regarder lucidement son passé pour mieux honorer ses principes

  • Publié le 17 juin 2026 à 06:27
Stéphane Fouassin

Le sénateur Stéphane Fouassin a prononcé l'allocution suivante lors de la séance du sénat consacrée a la reconnaissance des souffrances des enfants de la Creuse, en l'occurrence des plus de 2.000 mineurs arrachés à leur terre réunionnaise (Photo Richard Bouhet / www.imazpress.com)

M. le Président,
Madame la Présidente de la commission,
Madame la rapporteure,
Mes chers collègues,

En tant que Sénateur de la Réunion, il est des pages de notre histoire nationale qui imposent à la République un devoir particulier : celui de regarder lucidement son passé pour mieux honorer ses principes.

La proposition de loi que nous examinons aujourd’hui répond à cette exigence.

Elle vise à reconnaître et à réparer les préjudices causés par la transplantation de milliers de mineurs réunionnais vers l’Hexagone entre 1962 et 1984.

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Pour les Réunionnaises et les Réunionnais, cette histoire n’est pas une simple question de mémoire. Elle demeure une blessure vive, transmise de génération en génération. Aujourd’hui, nous ne souhaitons pas la rouvrir mais juste permettre qu'elle cicatrise.

Pour rappel, en 1946, La Réunion devient un département français. Cette départementalisation ouvre une nouvelle étape de son histoire, marquée par un important développement économique, social et démographique. La population de l’île passe ainsi de 250 000 habitants en 1950 à près de 600 000 habitants en 1984.

C’est dans ce contexte qu’à partir du début des années 1960, l’État met en œuvre une politique d’émigration destinée à répondre aux défis démographiques de l’île et à accompagner le repeuplement de certains territoires hexagonaux confrontés à l’exode rural.

Entre 1962 et 1984, plus de 2 015 mineurs réunionnais sont ainsi transplantés en Hexagone, et plus précisément dans la Creuse.

Derrière les chiffres, il y avait des visages. Derrière les dossiers, il y avait des enfants.

Et derrière cette réalité administrative se cachent des milliers de vies bouleversées. Des enfants parfois très jeunes, séparés de leurs fratries, de leur langue, de leur culture et de leur terre natale.

Pendant de nombreuses années, les victimes ont porté seules le poids de cette tragédie.
Beaucoup ont dû attendre des décennies avant que leur parole soit entendue. Beaucoup continuent aujourd’hui encore à rechercher leurs origines, à reconstruire des liens familiaux rompus ou à surmonter les conséquences sociales et psychologiques de ces transferts.

La République avait déjà franchi une étape importante avec la reconnaissance, par la représentation nationale, de la responsabilité morale de l’État dans cette politique. Mais la reconnaissance, aussi indispensable soit-elle, ne saurait constituer l’aboutissement de notre devoir collectif.

C’est pourquoi, je soutiens pleinement cette proposition de loi.

Nous approuvons la création d’une commission de reconnaissance, qui permettra de poursuivre le travail de vérité et de réconciliation. Nous soutenons l’instauration d’une journée nationale d’hommage, afin que cette mémoire trouve toute sa place dans le récit national. Et enfin, nous saluons la mise en place d’un fonds de solidarité destiné à apporter une réponse concrète aux victimes.

Ces mesures traduisent une conviction simple : lorsque des politiques publiques ont causé des souffrances profondes et durables, la solidarité nationale doit pouvoir s’exprimer.

La Réunion n'a jamais oublié ceux que l'on avait éloignés d'elle. Pour toute l’île, ce texte revêt donc une portée particulière. Il envoie un message adressé à toute une population : que la France n’oublie pas ses enfants, qu’elle reconnaît les injustices qui ont été commises et qu’elle agit pour en réparer les conséquences.

Au-delà de la réparation individuelle, cette proposition de loi contribue également à renforcer le lien de confiance entre l’État et les territoires ultramarins. Elle rappelle que l’égalité républicaine ne peut être pleinement effective que lorsqu’elle s’accompagne de respect, d’écoute et de considération pour les réalités de chacun de nos territoires.

Ce texte avec l’accord du gouvernement a été voté à l’unanimité à l’Assemblée nationale et j’espère qu’il en sera de même au Sénat. Car, aujourd'hui, nous ne votons pas seulement un texte ; nous adressons un message de justice à celles et ceux qui ont attendu trop longtemps.

Pour toutes ces raisons, je voterai en faveur de cette proposition de loi.

Stéphane Fouassin
Sénateur

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