Le projet de train "Réunion Express" est une chance historique pour notre île. Face au coma circulatoire et à la dépendance à l’automobile, il constitue la colonne vertébrale d’un nécessaire désenclavement (Photo d'archives : www.imazpress.com)
Nous réaffirmons notre soutien indéfectible à cette infrastructure.
Un financement qui ne doit pas pénaliser les Réunionnais
Cependant, nous refusons la méthode et le financement proposés. Nous ne pouvons accepter que le train se construise sur une contradiction sociale. Alors que plus d’un Réunionnais sur trois vit sous le seuil de pauvreté, on nous propose de financer ce projet par de nouvelles taxes : une taxe spéciale d’équipement pouvant atteindre 60 millions d’euros par an et un triplement de la taxe de séjour. Les Réunionnais ne doivent pas payer deux fois.
Tirer les leçons du passé avant tout vote fiscal
À cet égard, nous devons collectivement tirer les leçons de l’histoire. Le retard pris est en partie dû à l’opposition politicienne qui a conduit à l’abandon du tram-train en 2010, alors que 435 millions d’euros de financements étaient sécurisés. Cet échec a coûté cher à la collectivité. Aujourd’hui, il faut "réparer cette erreur historique". Mais la réparer ne doit pas se faire en reproduisant les erreurs du passé (opacité, précipitation). Cela exige au contraire une méthode exemplaire : un projet abouti, un financement clarifié et une vision partagée avant de voter la moindre taxe.
Une vision globale des projets d’avenir
Cette vision globale est d’autant plus indispensable que d’autres besoins essentiels restent à satisfaire.
Comment justifier une taxe pour le train alors que des milliers de nos concitoyens subissent des coupures d’eau répétées et que les réseaux perdent près de 40 % de la ressource ? Le train doit être le fer de lance d’un portefeuille de projets d’avenir intégrant l’eau, l’énergie et la transition écologique.
Trois niveaux de solidarité pour financer l’avenir
Pour y parvenir, nous proposons un consortium de solidarités à trois niveaux, garant de l’émancipation économique :
1. La solidarité européenne, via la BEI et les fonds FEDER, doit être pleinement mobilisée et fléchée vers ce portefeuille de projets.
2. La solidarité nationale doit être réaffirmée. L’État doit prendre sa part dans un projet d’aménagement du territoire d’envergure nationale.
3. La solidarité réunionnaise doit reposer non sur la taxe, mais sur la création d’une Banque de Développement de La Réunion. Sur le modèle du fonds #FAIRE RÉUNION, qui a fait ses preuves avec 44,8 M€ de fonds européens pour les entreprises, cette banque mobiliserait l’épargne et les fonds publics pour investir dans les projets d’avenir, créant ainsi de la richesse et de l’emploi plutôt que d’appauvrir les ménages.
Un outil d’émancipation, pas une charge supplémentaire
En définitive, le train doit être un outil d’émancipation, pas une charge. Pour cela, il doit être financé par une solidarité nationale et européenne ambitieuse, ainsi que par une ingénierie financière locale créative, et non par une fiscalité qui viendrait creuser davantage les inégalités dans un contexte social déjà profondément dégradé.
Éric Fruteau
