Monsieur le Ministre, Je souhaite appeler votre attention sur la progression particulièrement préoccupante du trafic et de la consommation de stupéfiants à La Réunion, dont les conséquences sanitaires, sociales et sécuritaires menacent de plus en plus gravement notre territoire et sa population. (Photo photo Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Longtemps relativement préservée des formes les plus structurées de criminalité organisée, La Réunion connaît aujourd'hui une évolution alarmante. La multiplication des saisies, le démantèlement régulier de réseaux criminels et la diffusion rapide de nouvelles drogues témoignent d'un phénomène qui prend une ampleur inédite.
Les chiffres sont particulièrement éloquents. Selon les travaux présentés devant la commission des lois du Sénat en avril dernier, les quantités de cocaïne saisies par les douanes à La Réunion ont été multipliées par treize entre 2018 et 2024. Le nombre de « mules » interpellées a, quant à lui, quadruplé entre 2021 et 2025.
Les récentes opérations menées par les forces de l'ordre confirment cette tendance. En septembre dernier, un réseau impliquant une douzaine de mules a été démantelé. Plus récemment, en octobre, cinq personnes ont été incarcérées à la suite d'une nouvelle opération ayant permis la saisie d'un kilogramme de cocaïne et de 16 000 euros en espèces.
Je tiens à saluer l'engagement des policiers, gendarmes, douaniers et magistrats mobilisés quotidiennement contre ces trafics. Toutefois, ces résultats, aussi importants soient-ils, révèlent également l'implantation croissante de réseaux criminels organisés, capables d'exploiter les liaisons aériennes et maritimes entre La Réunion, l'Hexagone et son environnement régional.
À cette progression du narcotrafic s'ajoute désormais une véritable urgence sanitaire et sociale, avec la diffusion de drogues de synthèse particulièrement dangereuses, notamment le « dou ».
Cette substance, dont la consommation s'est rapidement répandue sur notre île, provoque une forte dépendance et des conséquences dramatiques pour les personnes concernées et leurs familles. Les professionnels de santé et les acteurs associatifs alertent sur des situations de détresse, de désocialisation, de violences intrafamiliales et de précarisation accélérée.
Derrière ces phénomènes, ce sont des parcours de vie brisés, des familles démunies et une jeunesse particulièrement exposée. Dans un territoire déjà confronté à d'importantes difficultés économiques et sociales, nous ne pouvons accepter que les réseaux criminels prospèrent sur les vulnérabilités d'une partie de notre population.
La mobilisation régionale "Zéro drogue, La Réunion dit non", engagée en juin dernier, constitue une initiative nécessaire, dont je salue l'ambition. Mais elle doit impérativement s'accompagner de moyens humains, matériels et financiers supplémentaires, pérennes et adaptés aux réalités de notre territoire.
Les travaux parlementaires ont d'ailleurs souligné l'insuffisance des moyens actuellement mobilisés, notamment pour assurer le contrôle des flux portuaires et aéroportuaires. Plusieurs initiatives parlementaires ont également appelé à renforcer les moyens consacrés à la lutte contre les stupéfiants dans les outre-mer.
La Réunion ne doit pas attendre que les trafics s'enracinent davantage et que les violences qui les accompagnent s'aggravent pour bénéficier d'une réponse de l'État à la hauteur des enjeux.
Aussi, Monsieur le Ministre, je souhaite connaître les mesures concrètes que le Gouvernement entend prendre pour :
• Renforcer durablement les effectifs et les moyens d'investigation de la police et de la gendarmerie à La Réunion, notamment des services spécialisés dans la lutte contre les stupéfiants et la criminalité organisée ;
• Accroître les capacités de contrôle et de détection dans les ports et aéroports, en lien avec les services douaniers, afin de mieux prévenir l'acheminement des drogues vers notre territoire ;
• Améliorer la coopération opérationnelle et judiciaire, tant avec l'Hexagone qu'avec les pays de la zone océan Indien, pour identifier et démanteler les filières d'approvisionnement et les circuits de blanchiment ;
• Renforcer la prévention et la protection des populations, particulièrement des jeunes, en mobilisant les moyens nécessaires aux acteurs de terrain et en coordination avec les ministères chargés de la Santé, de l'Éducation nationale et des Outre-mer ;
• Garantir un financement pérenne et un suivi transparent du plan régional de lutte contre les drogues, avec des objectifs, un calendrier et une évaluation régulière des résultats obtenus.
Je souhaiterais également connaître les renforts d'effectifs et les moyens budgétaires spécifiquement envisagés pour La Réunion dans le cadre des prochains exercices, ainsi que les dispositions prévues pour tenir compte de l'émergence des nouvelles drogues de synthèse.
La lutte contre le narcotrafic ne peut reposer sur la seule mobilisation des acteurs locaux. Elle relève pleinement de la responsabilité de l'État, qui doit garantir à chaque citoyen, dans l'Hexagone comme dans les outre-mer, le même droit à la sécurité et à la protection.
Face à l'ampleur du phénomène, il est indispensable d'agir simultanément sur les réseaux criminels, les circuits d'approvisionnement, la prévention des addictions et l'accompagnement des personnes touchées.
Il en va de la santé de notre jeunesse, de la tranquillité de nos familles et de la préservation de la cohésion sociale réunionnaise.
Je vous remercie de l'attention que vous porterez à cette situation et des précisions que vous pourrez m'apporter sur les engagements du Gouvernement.
Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.
Audrey Belim,
Sénatrice
