Tribune libre de Jean-Claude Comorassamy

Aux pères bâtisseurs de la Marche des Cimes, devenue la Diagonale des Fous !

  • Publié le 25 octobre 2026 à 09:23
Marche

Contre l’oubli, raviver l'étincelle de la Marche des Cimes devient une exigence fondamentale, celle de transmettre aux nouvelles générations l'empreinte de nos grands visionnaires. Fondée il y a trente-sept ans par Jean-Jacques Mollaret aujourd'hui DCD, de Didier Le Méhauté et de quelques amis, cette aventure humaine célèbre le courage, l'audace et la fraternité de ses premiers éclaireurs dont La Réunion se doit de perpétuer la mémoire et d'être fière. En voici le récit. (Photo d'illustration Richard Bouhet / www.imazpress.com)

En 1989, la course naissait avec l'humilité des grandes œuvres grâce à ces deux visionnaires Jean-Jacques Mollaret ancien gendarme membre et commandant du Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) et Didier Le Méhauté. Elle s'est cherchée un temps, devenant Grande Traversée puis Course de la Pleine Lune, jusqu’à ce que la plume inspirée du journaliste Bernard Morin, (sources des écrits de Jogging International), ne scelle définitivement son destin en 1994 sous un nom désormais mythique, " La Diagonale des Fous ". C'est dans cette alliance que le Président Robert Chicaud avec un esprit d'humilité et de passion, nous laisse cet héritage grandiose en partage.

Près de quatre décennies après ces premiers pas, cette traversée mythique est pleinement entrée dans nos mœurs, nos cœurs et notre patrimoine. Mais que signifie réellement être " fou " lorsque l'on s'attaque aux remparts sauvages et vertigineux de notre île. Traversée que certains de nos ancêtres ont vraisemblablement accomplie pour fuir la servitude !

Derrière le décor grandiose de nos cirques, la Diagonale est avant tout l'école de l'effort absolu. Elle exige des mois de préparation rigoureuse, de réveils à l'aube, d'abnégation et de sacrifices personnels et familiaux. Sur les sentiers, la folie se transforme en une épreuve de vérité où le corps et l'esprit sont poussés dans leurs ultimes retranchements.

- De la souffrance partagée germe la plus belle des fraternités -

C’est la décision sublime d'affronter les marches d'escalier ou des chemins pavés parfois interminables, la poussière cuisante des kilomètres, les dénivelés éprouvants et le froid mordant des hauts au milieu de la nuit où la pluie parfois s'invite ou encore traverser les cours d'eau, la boue...etc. C'est l'apprentissage de la souffrance apprivoisée, les pieds meurtris, la fatigue extrême qui engourdit les membres, le mental qui faiblit mais la volonté indomptable qui refuse de céder. Traverser La Réunion du sud au nord, c'est entreprendre un calvaire glorieux où l'on se dépouille du superflu pour ne garder que l'essentiel, le souffle, le pas qui suit le pas malgré la douleur, les chutes, le respect de la montagne et le dépassement suprême de soi.

Sur les bords arides, sculptés par le vent, à marcher à travers des sentiers étroits, franchir les ravins, traverser la rivière, gravir des sommets en sommets dans la chaleur étouffante de Mafate et Salazie, dans le silence moite de Deux-Bras ou sous la lumière triomphale du Stade de La Redoute, la magie de l'entraide opère. Dans un regard complice échangé au creux de l'épuisement, dans une main tendue pour gravir une roche, dans une soupe chaude partagée entre inconnus au bord du chemin, la souffrance partagée devient le terreau de la plus belle des fraternités.

En trente-sept éditions, la Diagonale des Fous est devenue bien plus qu’un " ultra-marathon ". Elle est un hommage vivant à la résilience humaine et à cette capacité d'endurer l'impossible pour toucher au sublime.

Aujourd'hui, alors que la légende continue de s'écrire sur les sentiers escarpés du Volcan, de Salazie, de Mafate, du chemin pavé de la Possession... Il est de notre devoir de mémoire d'adresser un hommage lumineux à ces trois pionniers que le temps ne saurait effacer.

Saluons ces grands défricheurs de possibles que furent Jean-Jacques Mollaret, Didier Le Méhauté et à l'ancien Président Robert Chicaud qui aura su léguer la diagonale des fous comme une vitrine d'exception, propulsant l'image de La Réunion sur la scène internationale et au-delà.

Merci à vous d'avoir allumé cette flamme au cœur de nos hauts sommets. Grâce à vous, génération après génération, toute La Réunion continue de rêver grand, de franchir l'impossible et de faire rayonner notre Île à travers le monde. Que ces mots et ces maux gravés s'érigent en monument éternel au cœur de la Diagonale des Fous ! Rendez-vous à l'année prochaine !

Jean-Claude Comorassamy

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