Après deux jours d'audience et presque trois heures de délibéré, les jurés de la Cour d'assises ont tranché ce jeudi 29 octobre 2026. Damien Ranguin n'a pas tenté d'immoler sa conjointe. C'est dans une toute logique que le jeune homme de 21 ans a été acquitté. Cependant, il a été condamné à 5 ans de prison dont un avec sursis probatoire pour les violences qu'il n'a jamais contestées. Le 8 janvier 2025 à Saint-Louis, l'homme avait aspergé sa compagne d'essence avant de tenter de mettre le feu (Photo : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Depuis deux jours, Damien Ranguin, un Saint-Louisien de 21 ans comparait devant la Cour d'assises de La Réunion.
Le jeune homme est accusé de tentative de meurtre sur conjoint, mais aussi pour des violences habituelles sur conjoint et destruction de bien d'autrui. Pour la qualification principale, il encourait la réclusion criminelle à perpétuité.
- Un homme asperge sa femme d’essence et tente de mettre le feu -
Le 8 janvier 2025, une nouvelle dispute éclate au sein du jeune couple venu faire du shopping avec des amis dans la zone commerciale de Saint-Louis.
Le jeune homme côtoie la victime, alors âgée de 18 ans, depuis plus d'un an. Ils se sont rencontrés sur leur lieu de travail, une boulangerie. Le couple semble avoir une relation particulièrement toxique ponctuée de violences. Ce jour là, les concubins se déchirent encore une fois pour une raison, qui malgré l'instruction et l'audience, restera encore une énigme.
Quoi qu'il en soit, l'accusé exige que sa compagne sorte de sa voiture. Ce qu'elle refuse. Énervé, il la sort manu militari et la jette au sol. Mais, lorsque la jeune femme tente de revenir vers le véhicule, il s'empare d'une bouteille remplie d'essence, l'asperge avant de repartir au volant de sa Clio grise en compagnie d'amis.
Si les faits sont parfaitement établis et reconnus, le dossier tourne en réalité sur une question essentielle. Après avoir aspergé d'essence la victime, Damien Ranguin avait-il l'intention de la brûler ? Avait-il un briquet à la main ? L'a-t-il menacée de lui mettre le feu ? La victime en est persuadée. Aveuglée par le liquide, elle soutient l'avoir entendu etla menacer de lui mettre le feu, mais aussi d'avoir perçu le bruit d'un briquet s'allumer.
- Condamné à 3 ans pour des violences en détention -
Interpellé, ivre quelque temps plus tard au volant de sa voiture et placé dans un premier temps en cellule de dégrisement, il est conduit à l'hôpital après une tentative de suicide, dans sa cellule avant d'être placé en garde à vue.
Dès sa première audition, Damien Ranguin reconnaît les violences avec l'essence, mais nie formellement l'intention d'avoir voulu mettre le feu. "Je n'avais pas de briquet sur moi", affirme-t-il à l'audience.
La Cour a tenté de comprendre comment, mais aussi pourquoi, ce jeune homme a pu commettre de telles violences. De plus, on aurait pu penser que l'épée de Damoclès de la condamnation qui pend au-dessus de sa tête l'aurait fait réfléchir. Il n'en est rien. Son incarcération se passe très mal avec plusieurs procédures pour des violences ou des récupérations de colis. En mai 2026, il est condamné à 3 ans de prison pour des faits de violence commise avec un autre détenu sur d'autres prisonniers. Des violences qui auraient pu être qualifiées d'actes de torture et de barbarie.
Dernier d'une fratrie de 5 garçons, il est élevé au sein d'une famille aimante et grandit sans problème. C'est à partir du lycée qu'il commence à avoir des fréquentations douteuses. Il boit, consomme de la drogue et devient violent. Il est renvoyé du lycée. Ses parents n'abandonnent pas et lui-même, comme le souligne le Président Baudoin, se reprend en main, passe un CAP de boulanger par alternance et obtient un emploi en CDI dans la boulangerie où il faisait sa formation. C'est là qu'il fait la rencontre de la victime.
Le couple se met rapidement ensemble. Pour le psychologue, la relation est toxique et même s'il ne souffre d'aucune pathologie, ce qui sera confirmé par le psychiatre, il "souffre" d'une certaine forme d'anxiété vis-à-vis de sa relation de couple.
- 14 ans contre un acquittement -
C'est sur cette violence que rebondit Me Florence Journiac, l'avocate de la victime. "Il ne veut rien reconnaître, mais en réalité, c'est un violent", martèle la conseil en revenant sur la condamnation devant le tribunal correctionnel. "Nous ne sommes pas devant de simples violences conjugales ou sur conjoint. Nous sommes bien devant une tentative de meurtre. Il a vraiment voulu la tuer", soutien encore la robe noire.
"Elle s'est vue mourir. Elle a vécu une tentative de meurtre et il faut bien appeler les choses par leur nom", conclut Me Journiac. "Qui est l'accusé ?", s'interroge l'avocate générale dès le début de son réquisitoire.
"C'est un violent qui peut exploser n'importe quand. Oui, ce n'est pas un psychopathe. Cependant, il a de nombreux problèmes. Il boit, il se drogue, c'est un jaloux maladif, un impulsif.", constate la représentante du parquet général. "Oui, vous le déclarerez coupable de tous les délits mais aussi du crime pour lequel il comparait devant vous. Au moment des faits, il ne se contrôle plus. La tentative de meurtre est parfaitement caractérisée et on ne peut être qu'inquiet concernant son évolution", conclut la magistrate en requérant 14 années de réclusion criminelle avec une peine de sûreté des deux tiers, ainsi qui suivi socio judiciaire de 6 ans avec une peine complémentaire de 3 ans en cas de non respect de ses obligations.
"Il n'y a aucune discussion sur des violences pour lesquelles il risque 7 ans de prison", commence l'avocat de la défense qui annonce clairement qu'il va plaider l'acquittement. "Vous devez décider si les faits sont criminels ou pas. Oui, c'est un homme violent et il a déjà été condamné pour cela. Oui, son profil est inquiétant mais, il n'y a rien dans ce dossier qui démontre que ce jour là, il avait l'intention de brûler sa petite amie. Rien ne le démontre et c'est pour cela que vous devez l'acquitter pour la tentative de meurtre et le condamner pour les violences", termine le conseil sudiste.
Les jurés ont entendu les arguments de la défense en acquittant l'accusé, qui a été condamné à 5 ans de prison dont un avec sursis probatoire pour les violences.
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