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Une affaire de harcèlement secoue le rectorat de La Réunion : des fonctionnaires en dépression et un cadre sanctionné

  • Publié le 17 août 2026 à 03:00
Saint-Denis - Manifestation devant le rectorat

Une affaire de harcèlement a empoisonné la vie de plusieurs fonctionnaires du rectorat de La Réunion. En butte aux pressions et aux intimidations dans leur service durant plusieurs années, de 2020 à 2025, ces agents de l’Éducation nationale souffrent de dépression et d'épuisement professionnel et s'estiment, pour certains, abandonnés à leur sort. Le mis en cause a été rétrogradé par sa hiérarchie et s'estime lui-même victime (Photos : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

La Délégation Régionale Académique au Numérique Éducatif (Drane) est un service peu connu du rectorat de La Réunion. Ce dernier s'occupe notamment de déployer les nouveaux outils numériques au sein des établissements scolaires. Des missions dont s'occupent le plus souvent des enseignants détachés de leur poste habituel.

L'ambiance au sein de la Drane est décrite par Xavier (il ne donne que son prénom - ndlr), en poste durant plusieurs années dans cette délégation, comme plutôt "cordiale et bon enfant, avec un bon esprit de cohésion d'équipe" jusqu'à l'arrivée d'un nouveau responsable venu de l'Hexagone en 2019. Une arrivée qui va changer en profondeur l'environnement professionnel de ces salariés.

Dans un premier temps, Xavier estime que son supérieur hiérarchique d'alors ne commet pas d'actes répréhensibles. "Il donne l'image de quelqu'un d'autoritaire, qui semble carré et compétent. On voit qu'il aime s'imposer dans les échanges".

- Comportements déplacés -

Les premiers signaux négatifs arrivent dès 2020. Brimades en public vis-à-vis de ses collaborateurs lors de réunions, critiques de leur inefficacité supposée, accusations d'incompétence, hurlements. Le climat se tend. "On peut parler de management toxique. On ne savait plus sur quel pied danser car notre responsable n'arrêtait pas de changer de priorités dans nos projets. Et nous devions nous adapter", pose Laetitia (prénom d'emprunt), qui a également exercé au sein de la Drane.

Plus grave, outre ces situations de harcèlement moral, le conseiller du recteur en charge de la politique numérique est également accusé d'avoir adopté des comportements déplacés, à caractère sexuel, envers l'une de ses subordonnées. Des comportements qui s'assimilent à des avances, des plaisanteries douteuses et des invitations répétées sans le consentement de la personne ciblée.

Un harcèlement sexuel, s'étendant sur la durée et démarrant en 2020, qui aura des conséquences désastreuses pour la jeune femme. Usée nerveusement, cette dernière va commettre une tentative de suicide, suivie de plusieurs jours de coma, en septembre 2025.

- Des signalements effectués -

Autre situation dramatique, celle que connaît une autre victime souffrant d'une tumeur bénigne au cerveau. Sous l'effet du stress dû à ce contexte professionnel toxique, cette tumeur se serait inflammée et l'aurait amenée à subir un traitement en chimiothérapie.

Pour trouver une issue à cette situation difficile, les agents de la Drane se sont tournés vers leur administration, le rectorat. D'abord en signalant ces faits abusifs, à plusieurs reprises, auprès d'un représentant des ressources humaines (RH) dès 2023. Sans réaction de la part de leur hiérarchie. "Le conseiller RH m'a incité à ne pas faire de vagues, expose Laetitia, il m'a dit que ce serait dans mon intérêt professionnel de ne pas scier la branche sur laquelle je me trouvais."

Face à la dégradation de leurs conditions de travail, incluant, notamment, des cas d'isolement, de retrait de projets ou des vexations récurrentes, les épisodes d'épuisement professionnel et de dépression commencent à se répandre au sein de la Drane. Un sentiment de malaise qui conduit à un turnover important. En l'espace de quelques années, il y aurait eu 14 départs au sein de ce service académique.

- Enquête adminstrative lancée -

En juin 2025, six victimes parviennent à rencontrer le directeur de cabinet du recteur. Une réunion obtenue après avoir envoyé des courriers recommandés avec accusé de réception. En parallèle, des documents synthétisant la situation sont directement transmis par les victimes au ministère de l'Éducation nationale.

En septembre, le responsable de la Drane est assigné par voie d'huissier sur son lieu de travail. Il lui est signifié qu'il ne peut dorénavant plus s'y rendre. Le 1er novembre, son poste lui est retiré et une enquête administrative interne est lancée. Quelques jours plus tard, un emploi de chargé de mission en charge du numérique lui est confié à l'université de La Réunion.

Interrogé par Imaz Press sur cette sanction, et plus globalement sur la description et le déroulé de la situation à la Drane, l'ancien cadre de l'Éducation nationale les qualifie "d'injuste" à son égard. "Je ne comprends pas ce qui se passe. Pour moi, il s'agit d'une vengeance, d'une cabale montée contre moi par d'anciens collaborateurs. C'est leur ressenti à eux mais pour moi les faits ne sont pas avérés. Tous les échanges et écrits que j'ai mené avec ces personnes sont bienveillants."

- L'ancien cadre mis en cause estime que sa "carrière est brisée" - 

Se disant en dépression et suivi médicalement, il estime que la sanction administrative "a brisé sa carrière" et résulte d'une "enquête administrative dont il ne ressort rien et qui ne prouve rien." Rétrogradé, il va retrouver son ancienne fonction, qu'il n'a plus occupée depuis plusieurs années, et sera nommé, à trois ans de la retraite, comme enseignant au lycée Roland Garros au Tampon.

Anthony Payet, secrétaire du Syndicat National des Ecoles (SNE), présent lors des réunions avec les représentants du rectorat, est loin de partager ce point de vue. Et, pour lui, la situation est désolante. Et la réaction de l'institution n'a pas été forcément à la hauteur de la gravité des faits. "Il y a beaucoup de souffrances là-dessous pour les victimes. Il y a certes eu une sanction administrative pour le harceleur. Mais du point de vue humain, c'est autre chose et le rectorat aurait dû marquer le coup plus fortement."

Le syndicaliste n'hésite pas à aller plus loin et pointe du doigt la lenteur des procédures et de la mise en action des sanctions dans cette délicate affaire. "L'administration a pris la mesure de la gravité de cette affaire un peu trop tard. Plusieurs mois se sont écoulés entre les premiers signalements et la réaction du rectorat. Ca n'a pas été pris au sérieux au début et on a l'impression qu'il ne faut surtout pas faire de vagues."

- Des plaintes déposées, des personnes détruites -

Ce positionnement attentiste semble toutefois loin de suffire aux personnes se disant victimes du harcèlement. Détruites moralement, fragilisées et vulnérables psychologiquement, elles demandent désormais soutien et réparation. Elles estiment notamment ne pas avoir été suffisamment prises en charge et accompagnées par leur administration de tutelle. "On aurait dû être protégés, à tous les niveaux, après ces évènements pénibles. On aurait dû nous proposer un suivi psychologique, financé par l'Education nationale. Et ce n'a pas été le cas" regrette Xavier.

Plus encore, certains d'entre eux estiment même que la sanction qui a touché leur ancien supérieur hiérarchique reste trop légère. Ils militent pour qu'il soit révoqué de la fonction publique.

Du côté du rectorat, pourtant, l'affaire semble désormais classée. On considère que la procédure adéquate a été menée dans la mesure où l'ancien responsable de la Drane a été relevé de ses fonctions et remplacé. Un responsable qui aurait eu un comportement non conforme avec celui d'un chef de service.

L'affaire pourrait bien se poursuivre devant les tribunaux à l'avenir. L'une des victimes a porté plainte en mai 2026 pour des faits de harcèlement. L'ancien cadre de la Drane a lui aussi porté plainte pour diffamation. Il a également saisi le tribunal administratif de Saint-Denis concernant la sanction dont il a fait l'objet par le rectorat.

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