Au-dessus de tentes grisâtres, des éoliennes bricolées avec des matériaux récupérés dans les décombres tournent au gré du vent.
De quoi faire fonctionner un ventilateur ou une tondeuse à cheveux, quelques watts précieux pour retrouver un semblant de normalité dans la bande de Gaza ravagée par la guerre.
Dans ce camp de déplacés de Khan Younès, dans le sud du territoire palestinien, Kamal Al-Dabary, qui a étudié l'ingénierie, a mis son savoir-faire au service des familles alentour.
Assis à même le sol, il s'affaire autour d'une table encombrée de fils électriques, de pièces métalliques et d'outils. Il torsade des câbles dénudés, vérifie leurs branchements à l'aide d'un multimètre. Après quelques manipulations, une petite ampoule s'allume, puis une deuxième.
"Quand les panneaux solaires étaient encore relativement abordables, nous en avons acheté un et nous le déplacions sans cesse pour suivre le soleil", raconte à l'AFP ce Gazaoui de 60 ans déplacé par la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée en riposte à l'attaque du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre 2023.
Mais les prix ont flambé, jusqu'à "15.000 shekels (plus de 4.000 euros) ou plus" pour un seul panneau, devenu hors de portée. "Nous n'avons plus ni travail ni revenus depuis trois ans", déplore-t-il.
"C'est là que l'idée d'une éolienne nous est venue à l'esprit. Pourquoi ne pas exploiter le vent (...) ? Nous avons donc récupéré des pièces dans les décombres."
- "Épreuve" -
Ces éoliennes artisanales sont fabriquées à partir de moteurs de scooters et de vieux réservoirs d'eau découpés en pales. En tournant sous l'effet du vent, celles-ci entraînent un moteur qui produit de l'électricité.
Le courant passe ensuite par un circuit électrique assemblé avec des pièces récupérées dans des maisons détruites, avant d'être stocké dans des batteries.
De quoi recharger des téléphones et alimenter des lampes, des ventilateurs ou encore des tondeuses à cheveux.
Les éoliennes "nous aident à tenir le coup (...) jusqu'à ce que Dieu nous libère de cette épreuve et que nous puissions rentrer chez nous", espère Kamal Al-Dabary.
La production reste modeste. Mais dans ce camp où s'accumulent les pénuries, chaque watt compte.
Ce système "a changé la donne", assure Saleh ben Hassan, 50 ans.
Dans la bande de Gaza, où l'accès aux soins et aux médicaments reste extrêmement difficile, cette électricité peut aussi permettre de faire fonctionner des appareils médicaux.
"Si un enfant a besoin d'un traitement par nébuliseur (masque permettant d'inhaler un médicament, NDLR) au milieu de la nuit, vers qui d'autre peut-on se tourner ? Il faut de l'électricité. Nous nous tournons donc vers notre frère qui nous aide à faire fonctionner" les appareils, explique Saleh ben Hasan.
AFP


