"Importer la tronçonneuse" : dans une France endettée, des pro-Milei prônent la thérapie de choc argentine

  • Publié le 1 octobre 2026 à 10:55
  • Actualisé le 1 octobre 2026 à 11:28
Manifestation de soutien au président argentin Javier Milei à Paris le 30 septembre 2026

A l'heure où la France croule sous la dette et cherche des pistes d'économies, des partisans de l'ultralibéral président argentin Javier Milei, en visite à Paris, aimeraient voir le gouvernement reprendre la politique de la "tronçonneuse" qu'il a imposée dans son pays.

Lors de la campagne présidentielle de 2023, cet économiste qui se définit comme "anarcho-capitaliste" avait fait de cet outil le symbole de sa volonté de débiter "l’État ennemi" et la dépense publique.

Mercredi soir, on en retrouvait une, aux couleurs bleu-blanc-rouge, brandie dans un rassemblement de quelques dizaines de personnes près de l'ambassade d'Argentine, où Javier Milei était attendu.

"Ce sera la tronçonneuse ou la faillite", clamait une banderole du Parti libertarien, qui revendique un millier de membres et sympathisants.

"Il faut importer la tronçonneuse en France", affirme à l'AFP Vadim Asadov, son président : "Il faut baisser les impôts, réduire les dépenses de l'État (...) Plus on attend, plus on s'enfoncera dans une crise profonde, un peu comme celle qu'a connue l'Argentine".

La politique de Javier Milei, "c'est plus qu'un modèle", estime Romain Dominati, porte-parole des "Mileistes Français", groupe actif sur les réseaux sociaux qui veut faire infuser ces idées dans la société française : "Malheureusement, il n'y a pas encore de prise de conscience des électeurs français, du peuple français de manière générale, qu'il y a urgence".

- Broyeuse -

Alors que la France se prépare à une élection présidentielle cruciale, la situation économique occupe une large place dans la campagne: avec une dette publique atteignant 119% de son PIB (121,7% prévu en 2027), le pays est le plus endetté de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie.

Mais peu d'hommes politiques français se revendiquent du "miléisme".

Le maire de Cannes (sud-est), David Lisnard, dissident du parti de droite Les Républicains, est considéré par les sympathisants de M. Milei comme le plus proche de leurs idées.

Devant ses sympathisants à Paris en avril, ce dernier a poussé la ressemblance jusqu'à s'afficher passant à la broyeuse différents textes de lois, comme le code de l'urbanisme et de l'environnement, en criant "Vive la liberté !", slogan du dirigeant argentin.

Candidat à la présidentielle, il est crédité par les sondages entre 2% et 5% des voix.

Les idées radicales de Javier Milei trouvent aussi un écho dans certains milieux économiques français.

Le puissant syndicat patronal Medef l'a invité, sans succès, à son université d'été en août, non sans récolter de vives critiques. Et il recevra une récompense vendredi lors du Paris Economic Forum le "Prix de l'Action publique", "pour la cohérence et l'ampleur du programme économique qu'il a porté comme président", selon un communiqué de l'organisation.

Sur la même scène se trouvera le prix Nobel d'économie français Philippe Aghion, qui recevra lui aussi un prix.

Pour l'économiste, le remède de la tronçonneuse n'est pas applicable à la deuxième économie de l'UE car "la France n'est absolument pas dans la même situation que celle où se trouvait l'Argentine".

"Il y a des problèmes d'endettement (...) une réforme de l'État doit être faite, mais ça ne veut pas dire forcément couper tout", explique-t-il à l'AFP, défendant notamment le rôle de l'État en matière d'éducation et de santé.

- "Libéralisme autoritaire" -

Mercredi soir, une autre manifestation, à l'appel de l'Assemblée des citoyens argentins en France (ACAF), alertait sur les effets de cette politique économique : "recul des services publics, violations des droits sociaux".
Javier Milei a notamment brutalement réduit le nombre de ministères de 18 à 9.

"Son exercice du pouvoir n'est rien d'autre qu'une forme de libéralisme autoritaire", explique à l'AFP David Copello, chercheur et professeur à l'Institut catholique de Paris.

Si depuis son arrivée au pouvoir fin 2023, l'économie argentine s'est stabilisée (inflation ramenée de 161% sur un an à 33%, comptes à l'équilibre, reconstitution partielle de réserves de change), ces trois ans d'austérité ont aussi saigné industrie, emploi et consommation.

La pauvreté a rebondi de quatre points au premier semestre 2026, touchant près d'un Argentin sur trois. Et l'économie, quoique officiellement en croissance (2% sur un an), s'est contractée de 0,6% au deuxième trimestre, puis en juillet.

A un an de la présidentielle, la cote de popularité de Javier Milei a atteint son plus bas niveau, avec une désapprobation autour de 55-60%.

AFP

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