Le gouvernement de Mark Carney dévoile jeudi un budget destiné à poursuivre la transformation à marche forcée du Canada pour le rendre moins dépendant des États-Unis de Donald Trump.
Et même si la donne politique a radicalement changé chez son voisin avec la déroute cinglante de Donald Trump et des républicains lors des élections de mi-mandat mardi, le Premier ministre canadien ne dévie pas de son cap.
"Oui, c'est important ce qui se passe aux États-Unis et les choses vont évoluer. Mais nous sommes concentrés sur ce qui se passe ici, sur les mêmes enjeux" qu'avant les "midterms", a assuré jeudi matin M. Carney, interrogé par la presse à Ottawa.
C'est-à-dire la "souveraineté", "plus d'indépendance" pour le Canada qui doit montrer au monde qu'il "est un pays confiant qui va de l'avant", a-t-il ajouté.
Au pouvoir depuis un an et demi, l'ancien banquier central a fait de l'autonomie du Canada par rapport aux États-Unis la pierre angulaire de sa politique, comme le montre le nom de ce budget baptisé "Maîtres chez nous".
Ce plan budgétaire, le deuxième de Mark Carney, "vise avant tout à transformer le modèle de croissance du Canada", a déclaré lundi le ministre des Finances François-Philippe Champagne, qui présentera le texte devant le Parlement à 21H00 GMT.
"Peu importe ce qui arrive au sud de la frontière, peu importe ce qui arrive dans le monde, on sera plus résilients, on sera plus forts, on sera plus indépendants", a ajouté le ministre mercredi, après avoir choisi, comme le veut la tradition canadienne, la paire de chaussures neuves qu'il portera pour présenter le budget.
Les relations entre le Canada et les États-Unis se sont très nettement dégradées depuis le retour au pouvoir de Donald Trump en 2025 et l'imposition de droits de douane sur des produits canadiens.
La situation s'est encore envenimée cet été après la rupture des négociations commerciales par le Canada qui a riposté en adoptant des contre-surtaxes touchant des produits américains.
Les deux voisins ont toutefois estimé le week-end dernier qu'ils approchaient d'une sortie de crise.
- Grands projets -
Parmi les principales mesures attendues dans ce budget figure l'allocation de fonds à de grands projets énergétiques, miniers ou d'infrastructures, dont Mark Carney a fait une priorité afin de renforcer la souveraineté du pays.
Le gouvernement a aussi évoqué de nouvelles mesures pour soutenir les Canadiens face à la hausse du coût de la vie, sujet de préoccupation majeur comme aux États-Unis, et pour aider les salariés des secteurs affectés par les droits de douane américains, comme l'automobile ou l'acier.
Le montant du déficit budgétaire, destiné à financer ces investissements, sera surveillé de près par les partis d'opposition.
Les chiffres "montrent que non seulement le déficit va être important (...) mais que le gouvernement va probablement dépasser les cibles qu'il s'était lui-même fixées", a dénoncé mardi Jean-Denis Garon, député du parti d'opposition indépendantiste Bloc québécois.
Ce déficit devrait toutefois être inférieur à celui prévu dans le premier budget de l'ère Carney l'an dernier (78,3 milliards de dollars canadiens).
"Les effets des droits de douane, l'emploi, le taux de chômage" sont autant de variables susceptibles de peser sur la mise en œuvre de ce plan, met toutefois en garde Geneviève Tellier, professeure de science politique à l'Université d'Ottawa.
D'autant que la Banque du Canada vient de relever son taux directeur pour la première fois en trois ans, ce qui pourrait avoir un impact sur la croissance.
Après son dépôt au Parlement, le budget fera l'objet d'un vote de confiance qui ne devrait poser aucun problème pour le gouvernement Carney, dont la majorité a été renforcée lors d'élections partielles fin août.
AFP


