A Ceuta, les enfants migrants risquent d'ĂȘtre victimes de maltraitance et d'exploitation, avertissent des ONG

  • PubliĂ© le 7 aoĂ»t 2026 Ă  02:58
  • ActualisĂ© le 7 aoĂ»t 2026 Ă  06:47
Des jeunes migrants font la queue pour un test ant-Covid à leur arrivée à Ceuta, le 19 mai 2021 en Espagne

Les centaines d'enfants non-accompagnĂ©s qui dorment dans les rues de Ceuta risquent d'ĂȘtre victimes d'exploitation, de trafics et de maltraitance, aprĂšs leur arrivĂ©e la semaine derniĂšre du Maroc dans cette enclave espagnole, ont alertĂ© jeudi des associations.

Ils font partie des 72.000 migrants entrĂ©s illĂ©galement en quelques jours fin juillet Ă  Ceuta, un chiffre record en si peu de temps; ils sont 70.000 Ă  ĂȘtre rentrĂ©s au Maroc, selon le ministĂšre de l'IntĂ©rieur Ă  Madrid.

Les autoritĂ©s espagnoles peinent Ă  prendre en charge les enfants restĂ©s sur ce territoire, qui ne peuvent ĂȘtre expulsĂ©s.

Certains ont Ă©tĂ© battus et agressĂ©s pendant leur errance dans les rues de Ceuta, raconte Jose Miguel Morales, Ă  la tĂȘte de l'association d'aide "Sur Acoge" ("le Sud accueille") qui vient en aide aux migrants et a son siĂšge dans le sud de l'Espagne.

"Chaque jour qui passe sans solution ni hébergement sûr signifie que ces enfants, surtout les filles, sont exposés à toutes sortes de maltraitances", a-t-il déclaré à la télévision publique espagnole.

"On parle vraiment d'enfants, 10 ans, voire moins, pour certains. La plupart n'ont mĂȘme pas 14 ans", a-t-il soulignĂ©.

L'association Save the Children a appelé à des efforts urgents pour localiser et enregistrer tous les mineurs, avertissant que les filles faisaient en particulier l'objet de "risques accrus de violences, de trafics et d'exploitation".

Le Maroc s'est engagĂ© "Ă  Ɠuvrer Ă  l'identification des mineurs non accompagnĂ©s en vue de leur retour Ă  la patrie" et Ă  travailler "avec ses partenaires espagnols et europĂ©ens" dans ce but, a dĂ©clarĂ© jeudi soir sous couvert d'anonymat une source Ă  l'agence officielle marocaine MAP.

Néanmoins, ces partenaires doivent de leur cÎté "faire un exercice en interne pour pouvoir transcender les obstacles que leurs législations et leurs pouvoirs administratif et judiciaire dressent devant cette opération", a-t-elle insisté.

- Dormir dans les rues - 

Selon l'administration de Ceuta, sur les 2.000 personnes qui sont restées, plus de 1.000 sont des mineurs non-accompagnés.

Des journalistes de l'AFP ont vu de nombreux enfants souffrir du manque d'accÚs à la nourriture, à l'eau, à des abris et à des sanitaires, quelques jours aprÚs l'arrivée massive de migrants du Maroc voisin.

Des groupes de jeunes migrants, la plupart originaires d'Afrique subsaharienne, ont trouvé refuge sur des plages ou dans des zones boisées de Ceuta.

Un petit nombre d'entre eux jouaient avec un ballon de football prĂšs d'un camion de la police, d'autres priaient Ă  mĂȘme le sable.

Des jeunes dormaient en se protégeant le visage du soleil à l'aide de sacs en plastique ou de tee-shirts, certains un sac à dos en guise d'oreiller.

Des chaussures, des bouteilles d'eau et de petits paquetages d'affaires posés à cÎté d'eux attestaient d'un manque d'hébergement pérenne, les centres d'accueil de l'enclave étant saturés, notamment le centre d'accueil pour migrants, fermé par les autorités.

- Centres saturés - 

Selon les autorités locales, environ 1.100 enfants ont besoin d'une prise en charge dans la ville, qui ne compte que 90 places d'accueil pour les mineurs.

"Nos capacités sont complÚtement dépassées", a déclaré jeudi Alejandro Ramirez, le vice-président de Ceuta, à la chaßne de télévision privée La Sexta, qualifiant la situation d'"insoutenable".

Les autorités travaillent d'"arrache-pied pour mettre en place des structures d'urgence" dans des écoles et des entrepÎts afin d'héberger les enfants, a-t-il ajouté.

Ils ne peuvent compter que sur des associations et des habitants du quartier pour se nourrir.

Luna Blanca, une ONG de Ceuta qui fournit nourriture et aide sociale aux personnes vulnérables, a dit avoir distribué entre 3.500 et 4.000 repas par jour depuis le début de la crise.

"Les trois premiers jours ont Ă©tĂ© extrĂȘmement difficiles : pas de nourriture, pas d'eau, rien. La situation a commencĂ© Ă  s'amĂ©liorer un peu hier", a racontĂ© Ă  l'AFPTV Reda Saed, un Egyptien arrivĂ© dans cette enclave.

- "RĂ©aliser nos rĂȘves" - 

Le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sånchez a annoncé mardi avoir approuvé le déblocage de 25 millions d'euros pour venir en aide à ces enfants.

ConformĂ©ment Ă  la lĂ©gislation espagnole, le reste des rĂ©gions doit contribuer Ă  l'accueil de mineurs en provenance de zones en situation de tension. Mais cette loi se heurte dans les faits aux rĂ©ticences de plusieurs rĂ©gions administrĂ©es par le PP (Parti populaire, droite) et Vox (extrĂȘme droite).

Les responsables de Vox en Andalousie et en Estrémadure (ouest) ont ainsi averti sur X qu'ils s'opposeraient au transfert d'enfants migrants de Ceuta vers ces régions.

A Ceuta, de nombreux migrants ont confiĂ© Ă  l'AFP ĂȘtre venus pour Ă©chapper Ă  la pauvretĂ©. Des experts expliquent qu'ils ont franchi la frontiĂšre aprĂšs des rumeurs sur les rĂ©seaux sociaux selon lesquelles elle Ă©tait ouverte.

"Nous voulons rejoindre l'Europe et rĂ©aliser nos rĂȘves et ceux de nos familles", a racontĂ© Ă  l'AFPTV Ahmad, originaire du YĂ©men.

Au moins 78 personnes sont mortes, principalement par noyade, selon un dernier bilan de la préfecture de Ceuta. Les autorités à Rabat ont signalé que 11 personnes avaient perdu la vie sur le versant marocain de la frontiÚre.

AFP

guest
3 Commentaires
Pom
Pom
1 mois

Ces enfants sont des poissons pilotes. Une fois pris en charge en Europe, la pompe aspirante du regroupement familial fera le reste.

ah bon
ah bon
1 mois

Maintenant, imaginez vos enfants ... ou si vous en avez pas, imaginez des ĂȘtres humains que vous aimez, qui en arrive Ă  prendre ce genre de risque. Vous et Toto mĂȘme combat visiblement, on en est arrivĂ© lĂ  dans ce pays, Ă  nier l'humanitĂ© des enfants, enfants, enfants !! rien que des enfants

toto
toto
1 mois

IL FALLAIT PAS VENIR. UN POINT C'EST TOUT.