Pandémie

A l'OMS, Maria Van Kerkhove prise dans le cyclone Covid-19

  • PubliĂ© le 15 octobre 2020 Ă  16:22
  • ActualisĂ© le 15 octobre 2020 Ă  16:33
Maria van Kerkhove, responsable de la gestion de la pandémie à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d'une interview avec l'AFP, le 13 octobre 2020 à GenÚve

Maria Van Kerkhove passait les fĂȘtes de NoĂ«l chez sa soeur aux Etats-Unis quand elle a Ă©tĂ© alertĂ©e sur une mystĂ©rieuse infection pulmonaire en Chine.

En neuf mois, ce "cluster" originel s'est mué en pire pandémie depuis un siÚcle, et cette Américaine de 43 ans, spécialiste des agents pathogÚnes les plus mortels, est devenue l'un des visages familiers de la lutte contre le Covid-19 dont l'avis pÚse lourd.

Dans un entretien exclusif Ă  l'AFP, la responsable de la gestion de la pandĂ©mie Ă  l'Organisation mondiale de la santĂ© prĂ©vient: "c'est loin d'ĂȘtre terminĂ©".

"Cela peut faire peur mais je pense que les gens doivent ĂȘtre mentalement prĂȘts et patients, ça va rester parmi nous pour un bon moment", explique-t-elle, d'une voix posĂ©e et rĂ©flĂ©chie.

Depuis la premiĂšre alerte et les tĂ©lĂ©confĂ©rences Ă  3 heures du matin "assise Ă  mĂȘme le sol" dans le salon de sa soeur pendant que son mari Neil et ses deux jeunes fils dormaient, le SARS-CoV-2 s'est propagĂ© dans le monde entier et a tuĂ© plus d'un million de personnes.

- "TrĂšs fiĂšre" -

La scientifique formée dans deux grandes universités américaines - Cornell et Stanford - et la prestigieuse London School of Hygiene and Tropical Medicine, exprime "son immense fierté" de faire partie du combat mené par l'OMS pour endiguer la pandémie.

A grand renfort de gestes de ses mains, qui trahissent le bouillonnement intérieur, elle "se dit encouragée par le fait que l'on en sait tellement plus sur ce virus et comment le combattre qu'on en savait il y a une semaine, ou un mois".

Mais, cela se double d'une crainte. "Le laisser aller, la fatigue, la frustration et la division" qui se font jour dans de nombreux pays, pourraient torpiller ces progrĂšs.

"Nous voyons des clivages dans la lutte (contre la maladie), des clivages sur la science et nous voyons des clivages politiques qui rendent cette situation déjà complexe encore plus difficile", déplore t-elle.

- ModĂšle -

Cette chercheuse, qui a publiĂ© dans des journaux rĂ©putĂ©s, prend trĂšs au sĂ©rieux son rĂŽle d'expliquer honnĂȘtement ce que l'OMS sait et ne sait pas de la maladie, encore inconnue avant la fin 2019.

"Nous sommes lĂ  pour aider", dit-elle, mais elle reconnaĂźt "qu'on n'y arrive pas toujours".

Retour en arriÚre en juin: Maria Van Kerkhove explique au cours d'une conférence de presse que les gens atteints de Covid-19 et qui ne montrent jamais aucun symptÎme semblent rarement transmettre la maladie. Mais l'amalgame est vite fait entre ces malades asymptomatiques au sens strict et les malades qui ne montrent pas encore de symptÎmes et qui sont donc pré-symptomatiques.

Cela a été vite interprété "par certains individus pour dire: 'vous voyez bien. C'est pas grave. On peut ouvrir'", se souvient Mme Van Kerkhove.

"C'est le genre de chose qui me dérange vraiment parce que je sais bien que ce que nous disons a du poids", insiste t-elle.

L'épisode l'a blessée et elle ne "mettra plus jamais" le haut mauve qu'elle portait ce jour là.

Les attaques sur les réseaux sociaux font aussi foison.

"J'essaye de ne pas trop lire les commentaires qui sont assez nĂ©gatifs, et qui Ă  un moment Ă©taient mĂȘme violents", dit-elle.

Mais elle est aussi devenue un modÚle pour des filles et des femmes qui expriment leur fierté de voir une scientifique dans une position aussi importante.

- Une longue journée -

Depuis neuf mois Maria Van Kerkhove n'a pas pris une journée entiÚre de repos.

"J'ai l'impression que c'est juste une trÚs longue journée sans interruption", dit-elle.

Son fils aßné, ùgé de presque 10 ans, s'inquiétait que sa mÚre puisse ne pas rentrer d'une mission en Chine en février pour mieux comprendre ce virus.

Et le plus jeune, deux ans à peine, ne comprenait pas que sa maman allait s'isoler dans la chambre à coucher pour protéger la famille d'une éventuelle contamination.

Il "courait aprÚs moi quand je rentrais à la maison. Il pensait que c'était un jeu" et "moi je courais dans la chambre et j'éclatais en sanglots", confie Mme Van Kerkhove.

Les enfants ont de nouveau leurs cùlins, mais "comme tout le monde", les Van Kerkhove essayent de "trouver leur chemin dans cette nouvelle normalité".

AFP

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