Elles et ils sont heureux

A rebours des clichés, la Finlande championne du monde du bonheur

  • PubliĂ© le 22 mars 2018 Ă  18:36
  • ActualisĂ© le 22 mars 2018 Ă  20:00
Des Finlandais vont s'immerger dans un trou creusé dans la glace aprÚs une séance de sauna à Vaasa, le 15 janvier 2017

Jusqu'à la caricature, la Finlande a longtemps fait figure de repoussoir, stigmatisée pour ses suicides, l'introversion de ses habitants, son hiver rude. A rebours des clichés, le pays est pourtant considéré aujourd'hui comme le plus heureux du monde.


Du moins si l'on en croit le World Happiness Report 2018 publié par l'ONU et qui place la Finlande devant les autres nations nor diques, abonnées au podium, la Suisse, les Pays-Bas, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l'Australie."Quand on en a entendu parler, on a cru à une erreur", s'amuse Ulla-Maija Rouhiainen, une retraitée de 64 ans vivant à Helsinki.

Cette médaille d'or de la félicité qui fait piÚce aux préjugés, la Finlande la doit avant tout aux critÚres retenu s par l'ONU: pas plus que les films d'Aki KaurismÀki, l'étude ne dit grand chose des émotions positives, tels que le rire ou la joie.Le bonheur à la finlandaise ne se lit pas sur les visages, il se mesure en termes de besoins élémentaires pourvus.

"La satisfaction, dans la vie, dépend en grande partie de facteurs tels que la qualité des institutions d'un pays, sa richesse, l'égalité dans la distribution des richesses (...), la confiance mutuelle, l'absence de  corruption", analyse le philosophe Frank Martela.Tous domaines dans lesquels la Finlande excelle: les écarts de salaires y sont faibles et le salaire annuel médian s'élevait à 25.694 euros en 2015. En France, il était de 21.970 euros et de 7.352 euros en Lettonie.

La Finlande est, avec la NorvÚge, le seul pays européen à avoir réussi à faire baisser le nombre de sans-abri entre 2014 et 2016, d'aprÚs une étude de la Fondation Abbé-Pierre et la Fédération européenne des associations nationales (FEANTSA) publiée cette semaine.

- Qualité de vie -

Dans l'ensemble, les Finlandais sont donc plus en accord que les autres avec leur quotidien.Leur systÚme de soins est performant, les horaires de travail f lexibles et le généreux congé parental permet de concilier vie professionnelle et familiale. La forte pression fiscale, qui finance des services publics efficaces, fait consensus. Ainsi d'ailleurs que la politique d'austérité du gouvernement de centre-droit qui accompagne le redressement du pays, membre de la zone euro, aprÚs des années de marasme.

Les Finlandais plĂ©biscitent leur État-providence. 81% d'entre eux ont confiance dans leur Ă©cole contre 67% pour l'ensemble de l'OCDE, et 75% dans leur justice contre 55% pour la moyenne de l'organisation internationale. C'est si vrai que la Finlande monte aussi sur la premiĂšre marche pour le bonheur de ses immigrĂ©s.

AprĂšs 18 ans Ă  l'Ă©tranger, c'est notamment pour les avantages du modĂšle social qu'Henrika Tonder, entrepreneure de 39 ans, est retournĂ©e vivre dans son pays natal avec son mari français et leurs enfants. "On a un Ă©quilibre de vie entre le boulot et le perso, oĂč les gens ont fini de bosser entre 4 et 5h, ce qui nous laisse encore du temps de faire des choses pour nous et de passer du temps avec la famille", explique-t-elle.

- Suicide, alcool et antidépresseurs -

Pour aller au sauna, par exemple. Dans un pays oĂč la messe se dit rarement Ă  guichets fermĂ©s, l'Ă©tuve (sauna signifie "bain" en finnois) passe pour une Ă©glise. Les 5,5 millions d'habitants s'y adonnent au moins une fois par semaine. "Ça rend vraiment heureux", garantit Teri Kauranen, une adepte de 68 ans qui passe du sauna Ă  une mer Ă  0°C, Ă  peine moins que la tempĂ©rature extĂ©rieure.

"On est plutĂŽt bons pour tolĂ©rer les mauvaises conditions (atmosphĂ©riques) et se satisfaire mĂȘme dans des situations qui ne sont pas en apparence productrices de bonheur", sourit Frank Martela. Si le concept de rĂ©silience a fait rĂ©cemment florĂšs ailleurs dans le monde, en Finlande on le connaĂźt de toute Ă©ternitĂ© sous le nom de "sisu", une force mystĂ©rieuse mĂȘlant abnĂ©gation, courage, capacitĂ© Ă  se remettre debout.
Et Ă  ne pas se plaindre.

Car si la dĂ©finition onusienne du bonheur faisait fi des indicateurs socioĂ©conomiques pour ne reposer que sur les Ă©motions positives, la Finlande "n'atteindrait pas le top dix", assĂšne Frank Martela. En chute spectaculaire depuis les annĂ©es 1990, le taux de suicide en Finlande n'en demeure pas moins Ă©levĂ© (14,1 pour 100.000 en 2014), de mĂȘme que la consommation d'alcool et d'antidĂ©presseurs.
AFP

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