Cultes monothéistes

Au coeur de l'Iran, les zoroastriens entretiennent le feu sacré

  • PubliĂ© le 24 juillet 2023 Ă  10:02
  • ActualisĂ© le 24 juillet 2023 Ă  14:02
Un prĂȘtre zoroastrien ajoute du bois au feu sacrĂ© dans le sanctuaire du temple du feu de Yazd, dans le centre de l'Iran, le 4 juillet 2023 ( AFP / ATTA KENARE )

Tout de blanc vĂȘtu, le prĂȘtre dĂ©pose dĂ©licatement une bĂ»che sur les braises: brĂ»lant depuis des siĂšcles, le feu ne doit pas s'Ă©teindre pour que perdure la religion zoroastrienne, l'un des plus vieux cultes monothĂ©istes du monde.

Tout de blanc vĂȘtu, le prĂȘtre dĂ©pose dĂ©licatement une bĂ»che sur les braises: brĂ»lant depuis des siĂšcles, le feu ne doit pas s'Ă©teindre pour que perdure la religion zoroastrienne, l'un des plus vieux cultes monothĂ©istes du monde.

"Ce feu est actif depuis plus de 1.500 ans. Pour qu'il ne meure jamais, deux personnes le surveillent jour et nuit par roulement", explique Simin, une jeune femme accueillant les visiteurs dans le "temple du feu" de Yazd, ville du centre de l'Iran.

Doté de pouvoirs purificateurs et symbole de la vérité, le feu est vénéré dans le zoroastrisme, cette religion fondée il y a environ 3.500 ans par le prophÚte Zarathoustra (ou Zoroastre).

Toutes les prĂ©cautions sont donc prises pour que "le feu ne soit jamais contaminĂ©", indique Simin. Seul le prĂȘtre peut s'approcher de la vasque oĂč il se consume, un masque sur la bouche pour que son souffle ne le souille pas. Croyants et visiteurs le regardent derriĂšre une vitre depuis une grande salle vide, dont le seul dĂ©cor est un grand tableau reprĂ©sentant Zarathoustra.

Le zoroastrisme a Ă©tĂ© la religion officielle de la Perse jusqu'Ă  ce que la plupart de ses adeptes ne se convertissent Ă  l'islam lors de la conquĂȘte arabe au VIIe siĂšcle.

Depuis, malgré les répressions et les conversions forcées, les zoroastriens ont réussi à traverser les siÚcles. Mais leur nombre ne dépasserait pas les 200.000 dans le monde, surtout en Iran et en Inde, selon les estimations.

"Notre religion a toujours sa place dans l'histoire du monde et elle continuera à exister", affirme, optimiste, Bahram Demehri, 76 ans, l'un des piliers de la communauté de Yazd.

- "Joie de vivre" -

Ce professeur retraitĂ© cultive le volontarisme en assurant que le zoroastrisme possĂšde des rĂ©ponses aux prĂ©occupations spirituelles et environnementales de l'Ă©poque. Notamment en accordant une dimension sacrĂ©e aux quatre Ă©lĂ©ments indispensables Ă  la vie: l'air, l'eau, la terre et le feu, qui "ne doivent pas ĂȘtre contaminĂ©s par l'action de l'homme".

Le code de bonne conduite du zoroastrisme - "bonnes pensĂ©es, bonnes paroles, bonnes actions" - est symbolisĂ© par les ailes gĂ©antes de l'homme-oiseau (le Faravahar), qui est sculptĂ© aux frontons de tous les temples, celui de Yazd en tĂȘte.

"Cultiver la joie de vivre est essentiel dans la pratique de notre religion", souligne Simin. L'année est rythmée par une succession de célébrations, dont les plus anciennes ont été adoptées par l'ensemble des Iraniens, pourtant en trÚs grande majorité musulmans chiites.

C'est le cas de la fĂȘte trĂšs populaire de Norouz qui marque, le 21 mars, le Nouvel an persan et l'arrivĂ©e du printemps.

Depuis la révolution de 1979, la République islamique reconnaßt les zoroastriens comme une "minorité religieuse" et leur accorde la liberté de culte.

Ils sont représentés au Parlement avec un député élu par leurs soins, qui siÚge aux cÎtés de trois chrétiens (deux Arméniens et un Assyrien) et d'un juif.

"Les lois nous protÚgent. Les zoroastriens sont des membres actifs de la société iranienne. Beaucoup d'entre eux sont secrétaires, professeurs d'université, employés du gouvernement ou ouvriers", assure Bahram Demehri.

En revanche, le rang d'officier de l'armĂ©e leur est interdit, ainsi que la possibilitĂ© d'ĂȘtre candidat Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique.

- Discrets -

Au fil des siÚcles, les zoroastriens ont pris l'habitude de rester discrets, se gardant de tout prosélytisme.

Ils ont Ă©galement dĂ» abandonner certaines de leurs traditions, comme les "funĂ©railles cĂ©lestes" au sommet des "tours de silence", des monticules situĂ©s dans le dĂ©sert, Ă  la pĂ©riphĂ©rie de Yazd. Ils y disposaient leurs morts pour qu'ils y soient dĂ©vorĂ©s par les oiseaux charognards, vautours et corbeaux en tĂȘte.

Depuis l'interdiction de cette pratique pour raisons sanitaires à la fin des années 1960, le site déserté accueille les curieux et les zoroastriens enterrent leurs défunts dans un cimetiÚre implanté à proximité.

Pour l'avenir, l'un des défis est de maintenir les rites alors que la communauté s'éparpille dans le monde, avec le départ de nombreux jeunes vers les Etats-Unis, le Canada ou l'Europe.

"Des efforts ont été faits pour moderniser les rites. Mais il est difficile de demander à des jeunes qui aiment la pizza de manger nos pains traditionnels insipides cuits à l'occasion des célébrations", explique Bahram Demehri.

Alors qu'il ne resterait qu'environ 35.000 zoroastriens en Iran, des centres ouvrent Ă  l'Ă©tranger, comme celui qui occupe depuis peu un bĂątiment historique en Californie, oĂč vit une importante communautĂ© iranienne.

Le plus célÚbre de ces exilés est Freddy Mercury, le chanteur du groupe Queen, dont la famille zoroastrienne avait quitté l'Inde pour s'installer en Angleterre. AprÚs son décÚs en 1991, une partie de ses obsÚques se déroula selon les rites zoroastriens.

AFP

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