Retour en classe ou poursuite des blocages des lycées ? Au lendemain d'une mobilisation massive dans les rues, l'attitude des jeunes mobilisés sera scrutée de près mercredi, journée test pour le gouvernement qui tente de ramener le mouvement dans les établissements et d’apaiser une crise qui s'étire.
L'Union syndicale lycéenne et l'Union étudiante appellent à poursuivre les blocages mercredi, et à de nouveaux cortèges jeudi, pour un "acte 4", à Paris et dans d'autres villes, selon l'Union étudiante.
S'il veut calmer la colère, le gouvernement doit "débloquer" le budget pour l'éducation et l'enseignement supérieur, a souligné mardi soir Suzanne Nijdam, présidente de la Fage, la première organisation étudiante.
"Après le raz-de-marée du 6 octobre, on continue", appuie le syndicat Solidaires dans un communiqué, appelant l'Etat à "allonger les millions". "Nous serons de nouveau mobilisés avec les lycéens et étudiants" jeudi, promet également la CGT.
Une intersyndicale doit tenir une conférence de presse mercredi matin pour détailler les modalités de cette poursuite annoncée d'un mouvement désormais installé, depuis les premiers blocages en septembre en région parisienne.
Les lycéens dénoncent l'insalubrité de certains bâtiments, des classes et des emplois du temps surchargés, des professeurs non remplacés ou encore les inégalités liées à Parcoursup.
- "Cacophonie" -
Entre 266.000 et 450.000 personnes - des lycéens, des étudiants mais aussi des professeurs et des parents d'élèves - ont manifesté mardi en France, selon les autorités et les organisateurs.
Face à l’ampleur de la mobilisation, Emmanuel Macron a fait un point mardi soir avec plusieurs ministres, dont Sébastien Lecornu, Laurent Nuñez et Édouard Geffray, pour tenter de trouver une issue à la crise. Les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation doivent être auditionnés mercredi à l’Assemblée.
Les regards seront particulièrement tournés mercredi vers les lycées, pour voir comment les élèves réagissent à la stratégie du gouvernement, qui mise sur le dialogue, au sein des établissements, pour tenter d'apaiser la contestation.
Le Premier ministre a annoncé la "banalisation" de demi-journées de classe, sans cours, à partir de mercredi, pour permettre un "temps de démocratie interne", qui doit permettre aux élèves et personnels de faire remonter leurs difficultés, établissement par établissement.
Mais l'application s’annonce délicate. "On ne le mettra pas en œuvre ni demain, ni après-demain", a rétorqué Christelle Kauffmann, secrétaire générale adjointe du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d’établissement, dénonçant une "cacophonie complète".
"Il est illusoire" de penser que les cours reprendront dès mercredi, a également estimé Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU, premier syndicat du secondaire.
- "Ca vaut le coup" -
Mardi, les cours ont été partiellement ou totalement suspendus dans près de 900 des 3.700 lycées du pays, selon le ministère de l’Éducation, donnant la mesure du défi pour un retour rapide à la normale.
Croisée dans le cortège à Paris, Oriane, élève du lycée Condorcet, l'assure : "on continue jusqu'à ce que des mesures soient prises". "On préfèrerait avoir nos cours normalement, mais si on peut permettre un changement durablement, ça vaut le coup de continuer".
Pour les organisations mobilisées, la réponse est principalement financière.
Le gouvernement, dont les marges budgétaires sont très limitées, reste parallèlement sous pression sur la gestion du maintien de l’ordre, après plusieurs blessures graves de lycéens depuis le début du mouvement, même si les défilés de mardi se sont déroulés sans heurts majeurs ni blessés graves, selon les derniers bilans.
Un autre front s'est ouvert pour l'exécutif, l'enseignement supérieur, dont 40% des établissements étaient perturbés mardi, selon le ministère. Titulaire du portefeuille, Philippe Baptiste doit recevoir mercredi les organisations professionnelles puis étudiantes.
"On ne va rien arrêter", a affirmé Sabrine Kharbach, porte-parole de l’Union étudiante. Sur les campus, la suite s'organisera en assemblée générale: "certains vont voter la reconduction ou pas des blocages", selon elle.
AFP

