Une belle initiative

Des clowns apportent la thérapie du rire aux enfants rohingyas

  • PubliĂ© le 30 octobre 2017 Ă  18:40
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2017 Ă  19:08
Des acteurs bangladais proposent une "thérapie du drame" en jouant pour les enfants rohingyas dans le camp de Kutupalong, le plus grand camp de réfugiés du monde. Cliché du 28 octobre 2017.

Avec leurs pitreries et leurs mimes, une troupe de clowns au nez rouge déclenche ce que l'on entend rarement dans les immenses camps de réfugiés rohingyas du sud du Bangladesh: des rires d'enfants.


Entourés par une foule enthousiaste, des acrobates rivalisent d'habileté sur fond de musique électronique. Le visage peinturluré de blanc, des clowns font des grimaces aux gamins.
Ce cirque apporte une distraction bienvenue dans les cités de tentes surpeuplées. Des centaines de milliers d'enfants rohingyas y vivent, traumatisés pour certains par les violences auxquelles ils ont assisté en Birmanie voisine.
"C'est hilarant. Je n'ai jamais rien vu de tel. Mes amis et moi ne pouvions pas nous arrĂȘter de rire", raconte Mohammad Noor, 10 ans.
Ce garçon a fui la Birmanie le mois dernier aprĂšs la mort de son pĂšre dans les violences considĂ©rĂ©es par l'ONU comme une Ă©puration ethnique. Avec sa mĂšre et ses trois frĂšres et s?urs, ils vivent dans un abri rudimentaire du camp de Kutupalong oĂč la vie se rĂ©sume Ă  survivre.
"Notre seul but est d'amener le rire chez les Rohingyas", explique Rina Akter Putul, acrobate et seule femme de la troupe de cirque.
Des groupes de théùtre au Bangladesh se sont donnés pour mission de changer les idées aux personnes qui ont vécu une situation éprouvante, offrant à travers leurs performances une "thérapie du drame".
Une troupe s'Ă©tait ainsi produite pour les survivants du Rana Plaza, un atelier textile qui s'Ă©tait effondrĂ© en 2013 en faisant 1.100 morts. D'autres artistes avaient organisĂ© des performances dans un village oĂč 50 enfants Ă©taient morts dans un accident de la route.
"Faire rire les gens est une tĂąche difficile, particuliĂšrement pour ceux qui ont perdu leurs parents dans le conflit" en Birmanie, dit Rina Akter Putul.


- 'N'efface pas les cicatrices' -


Les enfants constituent 60% des plus de 600.000 musulmans rohingyas de Birmanie qui sont passés au Bangladesh depuis fin août, estime l'ONU.
Beaucoup d'entre eux ont franchi la frontiĂšre seuls, ayant perdu leurs familles dans les attaques de leurs villages de l'État birman du Rakhine (ouest) par l'armĂ©e ou des milices bouddhistes.
Les ONG à pied d'oeuvre dans ces camps de réfugiés s'inquiÚtent pour la santé mentale et les besoins émotionnels de ces enfants parfois sous le choc.
"Je suis sûr que notre spectacle vivra dans leur mémoire pour quelque temps. Cela n'effacera pas les cicatrices, mais ça leur redonnera le moral", avance Faker Ali, un acrobate qui pratique la "thérapie du drame" depuis deux décennies.
Mais les enfants ne sont pas les seuls à apprécier ce divertissement. Dans l'assistance, nombre d'adultes sont venus eux aussi chercher un répit du quotidien sinistre et misérable des camps.
"La vie en Arakan (autre nom du Rakhine, ndlr) est morne", explique Khairul Amin, un grand-pÚre de 63 ans rencontré par l'AFP au milieu de la foule se pressant pour apercevoir les forains.
"Il n'y a ni tĂ©lĂ©vision ou cinĂ©ma ou théùtre. Et il y a cette peur constante d'ĂȘtre tuĂ© ou arrĂȘtĂ© par l'armĂ©e", ajoute-t-il.
Assise avec son plus jeune enfant sur ses genoux, Rehana rit et sourit de bon coeur aux bouffonneries des clowns: "Jamais de ma vie je ne me suis autant amusée", s'exclame-t-elle.

Par Shafiqul ALAM - © 2017 AFP

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