Réparer ensemble

En Ukraine, nettoyer les ruines de la guerre au son de l'électro

  • PubliĂ© le 15 juillet 2023 Ă  05:57
Un DJ joue de la musique électro pour les bénévoles de "Réparer ensemble", dans le village de Iaguidné, dans le nord de l'Ukraine, le 8 juillet 2023 ( AFP / Genya SAVILOV )

Le DJ a installé ses platines et ses enceintes sur un muret. Au son de la musique électronique, des centaines de jeunes Ukrainiens forment une chaßne humaine pour évacuer des briques d'un bùtiment en ruines dans le village de Iaguidné.

"Nous nettoyons les consĂ©quences de l'occupation russe", dit Dmytro Trofymenko, 31 ans. "C'est un exemple de la façon dont les jeunes peuvent ĂȘtre utiles, sans compromettre la façon dont nous aimons passer notre temps Ă  Ă©couter de la musique", poursuit le DJ moustachu de 31 ans.

L'initiative "Réparer ensemble" a lieu ce week-end dans plusieurs villages de la région de Tcherniguiv dans le nord de l'Ukraine, aprÚs plus de 500 jours d'invasion russe.

Elle a été lancée l'année derniÚre dans plusieurs quartiers de Tcherniguiv qui étaient sous occupation russe ou situés sur la ligne de front.

"Nous sommes en contact avec les autoritĂ©s locales. Elles nous donnent une liste de bĂątiments et d'adresses oĂč il faut venir dĂ©manteler" les ruines, explique Bogdan BieliaĂŻev, 29 ans, l'un des organisateurs.

Des professionnels du bùtiment se mettent ensuite au travail une fois les débris déblayés par les raveurs.

- Se libérer de la "négativité" -

Des sorties sont réguliÚrement organisées en été, la plupart des bénévoles venant de Kiev ou de la région environnante.

Selon M. Bieliaïev, environ 350 personnes, d'une moyenne d'ùge de 25 ans, ont participé au rassemblement de ce week-end.

"La plupart d'entre elles veulent aider. Elles ne veulent pas rester chez eux", relĂšve-t-il.

Oleksandra Gorgane, une experte en agriculture de 28 ans, lunettes de soleil et foulard lĂ©opard sur la tĂȘte, se dit "inspirĂ©e par le patriotisme".

"Malheureusement, ma ville natale est actuellement sous occupation (russe). Je ne peux pas les aider physiquement, seulement financiĂšrement. J'ai l'impression que, d'une maniĂšre ou d'une autre, je me rattrape", explique-t-elle.

Iaryna Kvasny, 21 ans, raconte vouloir "aider avec ses mains": "Cela profite à la communauté. Ils n'ont pas besoin d'embaucher quelqu'un, il suffit de faire appel à des jeunes actifs qui le font gratuitement".

Et aprÚs une dure journée de déblayage, l'heure est à la détente: les bénévoles prennent part aux célébrations de la tradition folklorique de la nuit de Koupala, qui a généralement lieu au solstice d'été.

Ils se dĂ©shabillent et se baignent dans un lac avoisinant, certains vĂȘtus de chemises en lin brodĂ©es et la tĂȘte couronnĂ©e de fleurs. Plus tard, ils danseront autour d'un feu.

Pour Anna Pendyoukh, graphiste de 30 ans, ces fĂȘtes sont un moyen de se dĂ©barrasser de "beaucoup de nĂ©gativitĂ©".

"C'est trÚs important en temps de guerre, cela contribue à la santé mentale", souligne-t-elle.

"On a envie de s'arracher les cheveux Ă  cause de ce qui se passe. Cette nĂ©gativitĂ© a besoin d'ĂȘtre libĂ©rĂ©e quelque part, d'ĂȘtre crachĂ©e", ajoute-t-elle. "C'est le moyen le plus constructif et non destructif de le faire".

AFP

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