Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a promis samedi de "renforcer" la législation sur le logement s'il obtient une majorité absolue aux élections législatives prévues le 29 novembre, alors que la crise du logement suscite une forte mobilisation à travers l'Espagne.
Trois jours après la mort de Maricarmen Abascal, cette retraitée de 87 ans dont l'expulsion de son logement madrilène a déclenché fin septembre une vague d'indignation et d'importantes manifestations, jusqu'à provoquer une crise politique, Pedro Sánchez a largement consacré son premier meeting de campagne à la question du logement.
"Le prochain Parlement, avec une large majorité progressiste (...) renforcera et maintiendra ces décrets-lois sur le logement, qui protègent les petits propriétaires et les locataires face à la spéculation" immobilière, a lancé le dirigeant socialiste depuis l'Andalousie (sud).
C'est le rejet par le Parlement, la semaine dernière, de deux textes sur le logement présentés par son gouvernement de gauche en réponse à cette crise qui l'avait conduit à convoquer lundi des élections législatives anticipées, à l'issue très incertaine.
Mais le chef du gouvernement, au pouvoir depuis 2018 et qui ne dispose pas de la majorité dans l'hémicycle, espère pouvoir les voir votés prochainement, avec quelques modifications, par une voie spéciale au Congrès des députés, qui a été dissous.
- "Maricarmen a ouvert la voie" -
"Maricarmen et tous ceux qui se mobilisent avec elle, ainsi que tous ceux qui se mobilisent pour la cause juste du logement, ont ouvert la voie", a-t-il affirmé, sous un grand soleil, évoquant "toute (son) affection" pour la retraitée devenue le visage de la crise du logement et décédée mercredi à l'hôpital.
Dans plusieurs villes du pays, notamment au coeur de Madrid, des campements restent occupés par des militants et manifestants réclamant un renforcement de la protection des locataires.
Samedi, Pedro Sánchez revenait symboliquement à Dos Hermanas, dans la banlieue de Séville, où il avait déjà lancé sa campagne lors des élections de 2023, marquées par une spectaculaire remontée qui lui avait permis de conserver le pouvoir, malgré des pronostics défavorables.
Parmi les 5.000 personnes venues l'écouter, les avis sur son bilan sont partagés, en raison notamment de l'envolée du coût de la vie et de la litanie d'affaires judiciaires touchant son entourage, à commencer par son épouse Begoña Gómez, et le parti socialiste (PSOE), qu'il dirige.
"Cette législature a été très compliquée", reconnaît auprès de l'AFP Alicia Moya, 54 ans, car "même si l'économie de l'Espagne se porte extrêmement bien, il y a encore beaucoup d'inégalités".
De son côté, Isabel Morales, une retraitée de 67 ans, préfère retenir les "choses énormément positives" effectuées par le dirigeant socialiste, qui "a augmenté les salaires, les retraites..."
- Critiqué par son rival conservateur -
Face à Pedro Sánchez, son rival du principal parti d'opposition, le Parti populaire (PP, droite), Alberto Núñez Feijóo, 65 ans, a réuni au même moment quelque 2.000 personnes à Madrid et promis "ordre, sécurité et prospérité" dans un projet de "reconstruction nationale".
"L'Espagne a besoin d'un futur et lui doit appartenir au passé", a-t-il cinglé au sujet de son rival socialiste, jurant d'engager "un changement total" s'il arrivait au pouvoir.
Au cĂ´tĂ© des deux derniers chefs de gouvernement issus du PP, Mariano Rajoy et JosĂ© MarĂa Aznar, le dirigeant conservateur s'est engagĂ© Ă "dĂ©fendre l'Espagne", une rĂ©fĂ©rence Ă la crise migratoire qui a secouĂ© l'enclave de Ceuta en Afrique du Nord et dont il impute la responsabilitĂ© Ă la gestion jugĂ©e laxiste de Pedro Sánchez.
Les 30 et 31 juillet, plus de 70.000 migrants sont entrés dans ce territoire espagnol situé en Afrique du Nord, avant que la grande majorité d'entre eux ne retourne au Maroc, entraînant de vives tensions entre l'exécutif de gauche et l'opposition de droite à Madrid.
Afin de peser sur le débat, les principaux syndicats espagnols (CCOO et UGT) ont, eux, appelé à une grève générale le 11 novembre, la première de ce type depuis 2012.
Pour ce scrutin auquel près de 39 millions d'Espagnols sont appelés à participer, les sondages placent à ce stade le Parti populaire devant les socialistes, mais sans majorité absolue, faisant du parti d'extrême droite Vox un possible arbitre au Parlement.
AFP





