Face aux chocs climatiques, ces "bras armés" des réserves communales encore peu utilisés

  • Publié le 13 octobre 2026 à 13:19
  • Actualisé le 13 octobre 2026 à 13:43
Des membres de la protection civile préparent des lits pour accueillir les personnes déplacées par le mégafeu en Gironde, le 28 juillet 2026 à Aussonne, près de Toulouse

Cet été à l'arrière du front du mégafeu de Gironde, parmi l'armée de bénévoles auprès des pompiers et déplacés, figuraient des membres de réserves communales de sécurité civile (RCSC), ce chaînon de la gestion de crise vieux de vingt ans mais encore peu utilisé.

Quand certains bénévoles spontanés proposaient un civet de chevreuil, un massage ou un camion citerne, à Rion-des-Landes, des réservistes formés et organisés étaient sur le pont, prêts à monter des lits picots dans le gymnase de cette commune landaise pour accueillir d’éventuels évacués du département voisin.

"On nous a dit: +vous avez quoi comme salle ? Vous avez ça? Très bien, on vous envoie 200 personnes+", raconte Thierry Larrivière, maire-adjoint. "Oui mais", dit-il, "tout ça s'organise, ça se gère, ça se prépare et ce n'est pas le jour J qu'il faut penser qu'il faut avoir des renforts et des ressources".

Sa commune forestière compte 3.400 habitants, sa RCSC 24 membres, des collaborateurs occasionnels du service public sous l'autorité du maire qui, entre autres, patrouillent dans la pinède pour traquer toute reprise de feu, quand ailleurs, d'autres réservistes, jeunes majeurs ou retraités, distribuent masques, moyens logistiques aux pompiers ou contactent des personnes vulnérables lors des canicules.

Ce dispositif, outil complémentaire au Plan Communal de Sauvegarde, existe depuis 2004.

Mais "plus de 20 ans après on est très loin du compte: il n'y a même pas un millier de communes sur 35.000 qui en sont dotées", constate Julien Marion, directeur général de la Sécurité civile.

En France, "on a clairement des progrès à faire en matière de diffusion de la culture du risque". Si les 250.000 évacuations cet été n'ont pas donné lieu à des "scènes de chaos, d'émeutes ou de panique", ce qui "est déjà un petit défi en soi, il n'en reste pas moins qu'"on est beaucoup moins avancé que certains pays", scandinaves notamment, note-t-il.

- "Autonomie" -

La résilience, dont c'est la journée nationale mardi, "est désormais une notion incontournable", relevait jeudi dernier Virginie Troit, directrice générale de la Fondation Croix-Rouge lors d'un colloque à Paris organisé par l'association. Mais elle "peut devenir un mot valise si on n'entre pas assez dans la singularité des contextes (...), si on laisse de côté les personnes fragiles" et "conduire à une illégale répartition des responsabilités, voire à une déresponsabilisation des acteurs publics au détriment des populations".

Les RCSC tentent localement de former et d'informer sur les risques et comment y répondre dans l'urgence.

"Les réservistes doivent connaître parfaitement leur commune, les reliefs, savoir où sont placés les EHPAD, les écoles, les haras", énumère Johnny Monnier, président de la fédération des RCSC. Il dit avoir reçu une centaine d'appels de communes depuis trois mois, signe d'une prise de conscience.

L'avantage des RCSC est aussi réglementaire, car les bénévoles, disponibles 15 jours par an selon la loi, sont couverts par une assurance.

A l'heure où les pompiers dénoncent des manques de moyens criants et où "le bénévolat est de plus en plus difficile à motiver et à trouver", ce vivier est "un bon apport de bras à moindre coût", estime Hervé Pilet, chef du service prévention des risques à Alfortville (Val-de-Marne).

Autre argument selon lui, l'"autonomie".

"Selon les estimations de l'Institut de Paris-Région, 30% de la population refusera d'évacuer" en cas de crue majeure, et "il va nous falloir aller les chercher ou les ravitailler car au bout de cinq jours, ils n'auront plus de chauffage, plus d'eau, plus de toilettes, des frigos vides".

Pour une petite commune de montagne, "avoir du matériel, des gens formés, tout ça quand les routes sont coupées et sans caserne ou association agréée à proximité, c'est très important, surtout les premières heures", abonde Marika Roman, adjointe au maire d’Antibes et membre de la commission prévention des risques de l’Association des Maires de France.

Mais ces réserves se font sur les budgets propres des communes. Alors, certaines optent pour une mutualisation: "nous sommes plus sur l'élagage" à la Bouilladisse (Bouches-du-Rhône), témoigne Gérard Perez, "la commune voisine qui a une rivière sur du matériel de pompage", et ainsi "chacun a un peu de matériel" et des "bras armés".

AFP

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