Les incendies qui continuent de faire rage en Indonésie, avec une situation toujours critique à Kalimantan, plongent toute la région dans une crise atmosphérique majeure, poussant le Timor oriental à fermer les écoles.
Jeudi, la capitale malaisienne Kuala Lumpur était la ville la plus polluée au monde, selon le site de surveillance suisse IQAir, devant Singapour, puis Medan, sur l'île indonésienne de Sumatra et la capitale Jakarta.
Les feux ont dévoré des forêts et tourbières à Bornéo, Sumatra et en Papouasie, propageant une fumée toxique en Malaisie voisine ainsi qu'à Singapour et désormais au Timor oriental.
Cet Etat insulaire d'Asie du Sud-Est, de moins d'1,5 million d'habitants, a fermé ses écoles pour trois jours, à compter de jeudi, pour "protéger la santé des élèves".
Mais l'une des provinces les plus touchées reste Kalimantan Central, sur la grande île de Bornéo, que l'Indonésie partage avec la Malaisie et le sultanat de Brunei.
Dans la ville de Palangkaraya, qui compte environ 300.000 habitants, le ciel est devenu orange foncé, avec une visibilité réduite à quelques dizaines de mètres.
"Ces derniers jours, la fumée est épaisse et, comme je travaille en extérieur, je suis contraint de la respirer, même si je porte un masque", a expliqué Heri, un conducteur de moto-taxi qui, comme beaucoup d'Indonésiens, ne porte qu'un seul nom.
"Cela fait maintenant quatre mois que je peine au milieu de ce brouillard. Si je ne travaille pas, je ne gagnerai pas d'argent", a-t-il ajouté.
- "Très dangereux" -
Dans la capitale timoraise Dili, les habitants vaquaient à leurs occupations sous un ciel aux teintes jaunâtres.
La plupart portaient toutefois un masque, conformément à la recommandatation gouvernementale.
"Récemment, la pollution à Dili a atteint un niveau très grave", a témoigné à l'AFP Sonya da Costa Soares, une sage-femme de 30 ans: "On n'aperçoit pas le soleil".
Bien que son enfant soit encore trop jeune pour être scolarisé, la jeune femme considère que la décision de maintenir les élèves à la maison est "très importante pour éviter que les enfants soient mis en danger".
"Cette pollution est très dangereuse, elle peut nous rendre malades", abondait Felicidade Alves dos Santos Martins, mère d'une collégienne.
L'ONG Save the Children a appelé les gouvernements de la région à "prendre des mesures urgentes et ambitieuses" pour faire face à la crise, conséquence selon elle de "choix politiques" et "d'inaction".
"On ne peut pas attendre des enfants qu'ils portent le fardeau d'une crise qu'ils n’ont pas créée", a déclaré Arshad Malik, directeur régional de l'organisation caritative pour l’Asie.
L'Indonésie lutte régulièrement contre des feux de forêt durant la saison sèche, qui dure en général d'avril à octobre.
Mais les incendies qui ont détruit plus de 900.000 hectares, selon les dernières évaluations, se sont intensifiés cette année en raison du puissant phénomène météorologique El Niño.
Toutefois, des experts soulignent que les facteurs humains jouent également un rôle crucial, notamment le défrichement par brûlis et des décennies de dégradation forestière.
- Neige carbonique -
L'Indonésie a déployé quelque 60.000 agents et pompiers pour lutter contre les brasiers, mais peine à maîtriser les flammes.
Jeudi, une opération consistant à larguer de la neige carbonique au-dessus de certaines zones du sud de Sumatra était prévue, afin de "dissiper la fumée", selon le ministre coordinateur chargé de la sécurité, Dudung Abdurachman.
"Si Dieu le veut, en cas de succès, nous poursuivrons dans d'autres régions clés", a-t-il déclaré mercredi en annonçant le projet.
Selon des études, une grande partie de la fumée toxique provient d'incendies qui se déclarent dans des tourbières.
Ces incendies sont difficiles à éteindre car ils peuvent couver durant des mois et se propager sous terre, lorsque ces écosystèmes normalement gorgés d'eau ont été asséchés par les hommes en vue d'une mise en culture.
Selon les estimations, le volume total cumulé des émissions dues aux incendies "demeure inférieur à celui de 2015", a indiqué à l'AFP Mark Parrington, chercheur au sein du Service de surveillance de l'atmosphère Copernicus.
Il a toutefois fait remarquer qu'avant le début de la saison des pluies, il reste encore plusieurs semaines de saison des incendies et que "les répercussions sur la qualité de l'air ont été très graves et persistantes".
AFP


