Les effets indésirables du stérilet Mirena sont-ils sous-estimés? De plus en plus de patientes mécontentes l'assurent et les autorités de santé se sont saisies du dossier, tout en rappelant l'utilité de ce dispositif de contraception trÚs largement utilisé.
Vertiges, états dépressifs, baisse de la libido, perte de cheveux... Des patientes françaises ont créé un groupe Facebook et un forum ("Mirena action") pour dénoncer les effets indésirables dont elles disent avoir été victimes. Fabriqué par le laboratoire Bayer et commercialisé depuis prÚs de 20 ans, Mirena est utilisé pour la contraception ou pour traiter des rÚgles trop abondantes. Contrairement aux stérilets en cuivre classiques, c'est un stérilet hormonal: placé dans l'utérus, il agit en libérant une hormone (le lévonorgestrel) pendant cinq ans.
Les patientes mécontentes dénoncent un manque d'information de la part de leur gynécologue et assurent n'avoir pas été prises au sérieux lorsqu'elles se plaignaient d'effets indésirables. Marie (elle ne souhaite pas donner son nom de famille) est la future présidente d'une association de patientes en voie de création. Il y a quatre ans (elle en a alors 44 ans), on lui pose un stérilet Mirena alors qu'elle utilisait auparavant "sans problÚme" un modÚle en cuivre.
"Tout a commencé au bout d'un an: disparition de la libido, vertiges, crises d'angoisse", raconte-t-elle à l'AFP. "Ca s'est aggravé deux ans et demi aprÚs la pose, avec un état dépressif", affirme-t-elle.
- L'ANSM "attentive" -
AprĂšs s'ĂȘtre documentĂ©e sur internet, elle demande le retrait du Mirena Ă son gynĂ©cologue qui, selon elle, refuse. Elle se fait finalement enlever son stĂ©rilet il y a deux mois par un autre mĂ©decin et assure que son Ă©tat s'est amĂ©liorĂ© depuis. Selon une autre patiente, Ă©galement administratrice du groupe Facebook, ce dernier rassemblait "220 membres Ă peu prĂšs" au dĂ©but de la semaine et est montĂ© "Ă 4.300 avec 500 encore en attente d'approbation" depuis la parution d'un article sur le Mirena mardi sur le site de TV5 Monde.
L'Agence nationale de sĂ©curitĂ© du mĂ©dicament (ANSM) "a pu constater ces derniers jours une augmentation des dĂ©clarations d'effets indĂ©sirables susceptibles d'ĂȘtre liĂ©s" au Mirena, a-t-elle indiquĂ© vendredi dans un communiquĂ©. "Les effets indĂ©sirables dĂ©clarĂ©s font l'objet pour la plupart d'une information dans la notice destinĂ©e aux patientes. L'ANSM est nĂ©anmoins attentive Ă cette augmentation des dĂ©clarations et Ă l'apparition de nouveaux signaux qui font actuellement l'objet d'investigations" au niveau europĂ©en.
Selon l'ANSM, "de nouveaux effets indésirables (anxiété, vertiges, fatigue, irritabilité...)", qui ne sont pas mentionnés dans la notice, "ont été rapportés au niveau européen". "Ces effets indésirables sont en cours d'évaluation par l'Agence européenne du médicament (EMA) et les résultats attendus à partir de juin".
- Plaintes aux Etats-Unis -
"A ce jour, au regard des donnĂ©es disponibles, l'augmentation et la nature des dĂ©clarations ne remettent pas en cause le rapport bĂ©nĂ©fice/risque de Mirena, qui reste positif dans ses indications actuelles", souligne toutefois l'ANSM. En rappelant que "les patientes doivent ĂȘtre informĂ©es des bĂ©nĂ©fices et des potentiels effets indĂ©sirables par leur mĂ©decin".
L'ANSM insiste aussi sur la nĂ©cessitĂ© "de respecter les recommandations d'utilisation" (un examen de contrĂŽle doit ĂȘtre rĂ©alisĂ© 4 Ă 6 semaines aprĂšs la pose du dispositif, puis tous les ans). Et rappelle que les effets indĂ©sirables peuvent ĂȘtre signalĂ©s par les patientes et les mĂ©decins sur internet (www.signalement-sante.gouv.fr).
Dans son dernier rapport annuel, Bayer faisait état au 23 janvier de "procédures judiciaires intentées par environ 2.600 utilisatrices du Mirena aux Etats-Unis". Selon le laboratoire, ces plaignantes disent avoir été victimes de perforations de l'utérus, de grossesses extra-utérines ou d'hypertension intracrùnienne.
"Mirena est trĂšs utilisĂ© et les gynĂ©cologues sont nombreux Ă en avoir une expĂ©rience consĂ©quente", a pour sa part relevĂ© le CollĂšge national des gynĂ©cologues et obstĂ©triciens français (CNOGF), vendredi dans un communiquĂ©. "Les effets secondaires (...), bien que possibles et signalĂ©s dans la notice, ne sont pas frĂ©quents. Ils peuvent cependant affecter ponctuellement certaines patientes. Il faut donc ĂȘtre Ă l'Ă©coute et rester vigilants", a poursuivi l'instance reprĂ©sentative des gynĂ©cologues, en demandant que cette profession ne soit pas "dĂ©nigrĂ©e et accusĂ©e" systĂ©matiquement.
AFP
