Khamenei approuve l'accord avec Washington, incertitude sur le début des pourparlers

  • PubliĂ© le 19 juin 2026 Ă  07:08
  • ActualisĂ© le 19 juin 2026 Ă  10:56
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif montre le protocole d'accord signĂ© par les prĂ©sidents amĂ©ricain et iranien, aprĂšs l'avoir lui-mĂȘme signĂ© en tant que mĂ©diateur, le 18 juin 2026 Ă  Islamabad

Le guide suprĂȘme iranien Mojtaba Khamenei a approuvĂ© avec des rĂ©serves le protocole d'accord avec les Etats-Unis, mais l'incertitude rĂšgne quant au dĂ©marrage, initialement prĂ©vu vendredi en Suisse des pourparlers en vue d'une paix dĂ©finitive, le vice-prĂ©sident amĂ©ricain ayant reportĂ© son voyage.

Ces nĂ©gociations, d'une durĂ©e reconductible de 60 jours, doivent ĂȘtre centrĂ©es sur le programme nuclĂ©aire iranien, aprĂšs l'accord-cadre mettant un terme au conflit dĂ©clenchĂ© le 28 fĂ©vrier par les Etats-Unis et IsraĂ«l, qui a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban, et secouĂ© l'Ă©conomie mondiale.

Elles devaient initialement dĂ©marrer Ă  l'occasion d'une cĂ©rĂ©monie vendredi dans un hĂŽtel de luxe du BĂŒrgenstock, une montagne surplombant le lac de Lucerne, en Suisse.

Mais le vice-prĂ©sident amĂ©ricain JD Vance, qui doit y reprĂ©senter son pays, a reportĂ© sa venue, de mĂȘme que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la mĂ©diation a Ă©tĂ© dĂ©cisive.

"Les plans pour les discussions techniques à venir n'ont pas été finalisés, et la délégation américaine s'est préparée à partir à la premiÚre opportunité. Mais la logistique pour ces négociations n'a jamais été simple ni prévisible. Pour le moment, le vice-président ne partira pas ce soir", a annoncé jeudi la Maison Blanche.

M. Vance avait auparavant indiqué qu'il pourrait se rendre "ce week-end" en Suisse, mais sans pouvoir le garantir.

Du cÎté iranien, aucune information n'a été diffusée quant à un éventuel voyage d'une délégation en Suisse.

Le protocole d'accord a Ă©tĂ© signĂ© Ă©lectroniquement et Ă  distance mercredi par les prĂ©sidents iranien Massoud Pezeshkian et amĂ©ricain Donald Trump. Le guide suprĂȘme iranien a dĂ©clarĂ© jeudi dans un message Ă©crit l'avoir approuvĂ© malgrĂ© des rĂ©serves.

- Réserves de Khamenei -

"Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l'avenir ne présagent pas de l'acceptation du point de vue de l'ennemi", a souligné l'ayatollah Khamenei, qui n'a pas été vu en public depuis qu'il a succédé en mars à son pÚre Ali Khamenei, tué dans les bombardements israélo-américains sur l'Iran.

En attendant, le trafic reprend dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, doublement verrouillé depuis le début de la guerre par l'Iran et le blocus américain, lequel a été levé jeudi comme prévu dans l'accord.

Les forces américaines "ont laissé plus d'une douzaine de bateaux passer", a affirmé JD Vance.

La tĂ©lĂ©vision d'Etat iranienne, citant un communiquĂ© du Conseil suprĂȘme de sĂ©curitĂ© nationale du pays, a annoncĂ© que les navires souhaitant traverser le dĂ©troit devront soumettre leur demande Ă  un nouvel organisme gouvernemental.

Conformément aux termes du protocole, "aucun frais" ne sera perçu "pendant une période de 60 jours", a-t-elle rappelé.

- "Echec des Etats-Unis" -

Donald Trump s'est félicité sur son réseau Truth Social des "prix du pétrole en baisse", "un succÚs".

Les cours du brut continuent de baisser vendredi, se rapprochant de leurs niveaux d'avant-guerre.

Mais la presse américaine est trÚs sévÚre, fustigeant un accord-cadre offrant à l'Iran d'énormes avantages financiers, sans exiger le démantÚlement de son infrastructure nucléaire.

Les Etats-Unis s'engagent, en cas d'accord définitif, à faciliter "avec leurs partenaires régionaux" le déblocage d'un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l'Iran, sans que cela implique une quelconque participation financiÚre américaine.

L'accord "acte l'échec des Etats-Unis", a commenté le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a en outre promis une "réponse décisive" en cas de violation des engagements.

"Ils ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© vaincus une fois pendant la guerre, et s'ils veulent connaĂźtre le mĂȘme sort, ils seront battus encore plus sĂ©vĂšrement", a Ă©crit M. Ghalibaf vendredi sur X.

TĂ©hĂ©ran peut de fait se fĂ©liciter d'avoir obtenu la promesse d'un dĂ©blocage de ses avoirs gelĂ©s Ă  l'Ă©tranger et de la suspension des sanctions amĂ©ricaines sur la vente de pĂ©trole iranien dĂšs la mise en Ɠuvre du protocole.

Mais Ă  TĂ©hĂ©ran, Mina, une psychologue de 54 ans, doute que l'accord soit "durable". "Peut-ĂȘtre qu'aprĂšs les 60 jours, les hostilitĂ©s reprendront", dit-elle, interrogĂ©e depuis Paris par l'AFP.

Malgré l'apaisement, "le combat n'est pas terminé", a déclaré de son cÎté jeudi Benjamin Netanyahu.

Le Premier ministre israélien n'a pas commenté directement l'accord, vivement critiqué en Israël y compris au sein du gouvernement.

"Si j'Ă©tais au gouvernement israĂ©lien, peut-ĂȘtre que je n'attaquerais pas le seul alliĂ© puissant qui me reste sur la planĂšte", a tancĂ© JD Vance, appelant les contempteurs israĂ©liens des dĂ©cisions amĂ©ricaines "Ă  prendre conscience de la rĂ©alitĂ©".

Appelant à préserver la "relation vitale" avec les Etats-Unis, M. Netanyahu n'en a pas moins réaffirmé que les forces israéliennes resteraient dans le sud du Liban "tant que les besoins sécuritaires l'exigeront", alors que le protocole d'accord prévoit la fin des hostilités "sur tous les fronts, y compris au Liban".

Depuis l'annonce de sa conclusion, lundi, Israël a poursuivi ses frappes sur le pays voisin contre le Hezbollah pro-iranien, faisant huit morts, dont trois jeudi.

Le groupe chiite a annoncé vendredi avoir détruit trois tanks lors d'affrontements entre ses combattants et une unité de l'armée israélienne dans le sud du Liban.

AFP

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