L'éditeur Olivier Nora a annoncé lundi la création de sa propre maison d'édition, qui sera "indépendante", quatre mois aprÚs la crise sans précédent provoquée dans l'édition française par son départ forcé de son poste de PDG de Grasset.
"Je suis heureux de crĂ©er, avec enthousiasme et humilitĂ©, une nouvelle maison dâĂ©dition indĂ©pendante", dĂ©clare Olivier Nora dans un communiquĂ©, dont la publication coĂŻncide avec le dĂ©but de la rentrĂ©e littĂ©raire.
Olivier Nora Editions (ONE) publiera ses deux premiers ouvrages en octobre en coédition avec Plon: "Mémoires provisoires" de Bernard-Henri Lévy, et "Sermons sous les décombres" de Delphine Horvilleur, deux auteurs que publiait déjà Olivier Nora chez Grasset.
Basée à Paris à partir de janvier 2027, ONE sera un éditeur "généraliste" qui "a vocation à publier, en vitesse de croisiÚre, entre 30 et 50 titres par an", précise l'éditeur dans le communiqué, révélé par Livres Hebdo, le magazine de référence du secteur de l'édition.
Il indique que le groupe Editis, numĂ©ro deux de l'Ă©dition en France derriĂšre Hachette, "prend une participation minoritaire au capital de la sociĂ©tĂ©" et "fait bĂ©nĂ©ficier la maison dâun accord de diffusion et de distribution avec sa filiale Interforum ainsi que de prestations commerciales, marketing, techniques et administratives".
Filiale du groupe Czech Media Invest (CMI), dont le principal actionnaire est le milliardaire tchÚque Daniel Kretinsky, Editis contrÎle une cinquantaine de maisons d'édition, dont Robert Laffont, Plon, Nathan, Le Robert ou Pocket.
- Fronde -
Issu d'une famille d'intellectuels, Olivier Nora, 66 ans, est l'une des figures les plus respectées de l'édition française.
Il a dirigé Grasset pendant 26 ans jusqu'à l'annonce soudaine, le 14 avril, de son départ, qui a été effectif en juillet.
Cette éviction a provoqué un choc dans le monde de la culture et entraßné une fronde des auteurs qu'il publiait, qui l'ont imputée à l'homme d'affaires conservateur Vincent Bolloré, principal actionnaire de Hachette, numéro un du secteur et maison-mÚre de Grasset.
De nombreux écrivains, parmi lesquels Virginie Despentes ou Sorj Chalandon, ont alors affirmé leur refus de publier de nouveaux livres chez Grasset.
Les appels se sont parallÚlement multipliés pour la mise en place d'une "clause de conscience" permettant aux auteurs de résilier leur contrat dans certains cas, ce qui existe notamment chez les journalistes.
Cette mobilisation d'une partie du monde culturel contre Vincent Bolloré s'est étendue au cinéma avec la publication d'une pétition durant le Festival de Cannes s'alarmant d'une "prise de contrÎle" sur "l'imaginaire collectif".
Olivier Nora lance sa maison d'édition dans un contexte difficile pour le secteur, avec une baisse marquée des ventes de livres au premier semestre, la concurrence des écrans et les difficultés de grandes enseignes de librairies, dont Gibert et Le Furet du Nord.
Mais, pour Olivier Nora, le mĂ©tier d'Ă©diteur "est un acte de foi dans le temps long". Et sa nouvelle maison d'Ă©dition "aura Ă cĆur de publier en toute libertĂ© des textes aimĂ©s, avec la confiance des autrices et des auteurs et celle, je lâespĂšre, des libraires", assure-t-il dans son communiquĂ©.
Plusieurs autres maisons d'édition, de taille modeste, se lancent à l'occasion de la rentrée littéraire, à l'image du Cercle Ouvert ou des Intranquilles.
AFP
