"Un cap symbolique et particuliÚrement douloureux": la France a dépassé lundi soir les 20.000 morts depuis le début de l'épidémie de coronavirus, mais la pression continue toutefois de s'alléger sur les hÎpitaux.
Au total, 20.265 personnes sont mortes depuis le début de l'épidémie le 1er mars, 547 nouveaux décÚs enregistrés depuis dimanche. "Ce soir, notre pays franchit un cap symbolique et particuliÚrement douloureux", a déclaré le directeur général de la Santé, JérÎme Salomon, au cours de son point presse quotidien.
La pandĂ©mie a tuĂ© "davantage en France que toutes les Ă©pidĂ©mies saisonniĂšres de grippe, mĂȘme les plus sĂ©vĂšres, mĂȘmes les plus longues", et "davantage que la canicule de l'Ă©tĂ© 2003" qui avait fait 19.000 morts, a soulignĂ© le numĂ©ro 2 du ministĂšre de la SantĂ©.
Pour autant, l'épidémie poursuit son lent ralentissement. Pour le douziÚme jour consécutif, le nombre de personnes hospitalisées en réanimation est en légÚre baisse, à 5.863 (-61). C'est aussi le cas, depuis six jours, pour le nombre de patients hospitalisés.
Et la prudence reste plus que jamais de mise en attendant le déconfinement progressif, qui doit débuter le 11 mai. "Plus de 90% de la population n'a pas été en contact avec le virus, ce qui signifie que moins de 10% des Français ont été infectés", a souligné le Pr Salomon: "L'immunité collective en France est basse".
Premier assouplissement accordé par le gouvernement sur la route de ce déconfinement progressif, les aßnés fragiles confinés dans les Ehpad ont retrouvé lundi leur droit aux visites.
- Virus "fulgurant" -
Ce droit, qui s'applique aussi pour les Ă©tablissements accueillant les handicapĂ©s, s'effectuera Ă la demande du rĂ©sident et dans des conditions "extrĂȘmement limitĂ©es", avec un contact visuel autorisĂ©, mais pas physique, avait annoncĂ© dimanche le ministre de la SantĂ© Olivier VĂ©ran, alors que 45% des Ehpad ont signalĂ© au moins un cas positif de Covid-19.
Lundi, un Ehpad toulousain aménageait ainsi son entrée avec la pose d'un "sas de visite" vitré et équipé d'hygiaphones pour renouer le contact entre ses 80 résidents et leurs proches. Les échanges dans ce parloir débuteront mardi, sur rendez-vous et pour une durée d'un quart d'heure environ. Selon la direction de l'établissement, qui ne déplore aucun cas de coronavirus, "il y a déjà une liste d'attente".
Au total, 7.752 morts sont à déplorer dans les Ehpad et 12.513 dans les hÎpitaux, selon le dernier bilan.
Certains Ă©tablissements sont cruellement dĂ©cimĂ©s, comme l'Ehpad de Mars-la-Tour (Meurthe-et-Moselle), oĂč 22 rĂ©sidents sur 51 sont vraisemblablement dĂ©cĂ©dĂ©s du Covid-19 en deux semaines.
En dĂ©pit d'un confinement strict, le virus y a Ă©tĂ© "fulgurant: certains rĂ©sidents n'Ă©taient mĂȘme pas symptomatiques et en deux heures" leur Ă©tat de santĂ© se dĂ©gradait fortement, a regrettĂ© la directrice.
Malgré cette situation inquiétante, plusieurs spécialistes et associations de patients ont insisté sur la nécessité de rétablir des liens familiaux, pour ne pas que ces personnes ùgées meurent de chagrin.
- Nouveau mode de vivre -
Sommé par le président Emmanuel Macron de présenter avant la fin avril un plan pour le déconfinement progressif, son Premier ministre Edouard Philippe en a dessiné dimanche les grands principes, sans entrer dans les détails.
Une chose est claire: il n'y aura pas de retour Ă la normale avant de longs mois, mais il faut relancer un pays Ă l'arrĂȘt depuis le 17 mars.
La ministre du Travail, Muriel PĂ©nicaud, a ainsi appelĂ© lundi les chefs d'entreprise Ă reprendre leur activitĂ© s'ils le pouvaient. Le chĂŽmage partiel, qui concerne actuellement 9,6 millions de personnes, soit prĂšs d'un salariĂ© du privĂ© sur deux, ne sera pas abandonnĂ© le 11 mai, "sinon il y aurait des catastrophes", a-t-elle soulignĂ©, "mais ça va ĂȘtre dĂ©gressif".
Le gouvernement table pour le moment sur une récession historique de 8% cette année, sous l'effet du choc économique.
Les autoritĂ©s sont Ă lâĆuvre pour trouver la formule pour un redĂ©marrage Ă©conomique tout en maintenant les prĂ©cautions sanitaires qui reposeront sur les gestes barriĂšre, des tests massifs et l'isolement des malades.
"Il faut changer culturellement notre mode de vivre. Nous étions plutÎt proches les uns des autres, cela va changer une des composantes fondamentales de notre société", a résumé lundi Karine Lacombe, cheffe du service infectiologie de l'hÎpital Saint-Antoine sur France Inter.
Les masques, et leur pénurie, restent un sujet de crispation majeur.
Les masques "grand public", qui seront produits en France à 17 millions d'exemplaires par semaine d'ici le 11 mai, seront probablement rendus obligatoires dans les transports publics. Et certaines villes ont commencé à en équiper leurs habitants, ou à en commander, comme Nantes qui attend de premiÚres livraisons de 600.000 masques lavables et réutilisables.
AprÚs la publication d'une photo montrant des passagers installés cÎte à cÎte à bord d'un vol Paris-Marseille, Air France a pour sa part annoncé lundi qu'elle distribue désormais des masques aux passagers n'en possédant pas déjà , lorsque ses avions sont trop pleins.
En ce qui concerne le dépistage, l'objectif du gouvernement est de pouvoir réaliser à partir du déconfinement 500.000 tests par semaine pour les personnes présentant des symptÎmes et celles ayant été en contact avec un malade du Covid-19.
"Il n'est pas raisonnable d'imaginer voyager loin Ă l'Ă©tranger trĂšs vite", avait indiquĂ© dimanche M. Philippe, alors que le prĂ©sident du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, a averti que "les mariages, les anniversaires, les grandes rĂ©unions familiales devront ĂȘtre Ă©vitĂ©s dans les mois qui viennent".
La vie des 67 millions de Français s'annonce encore bouleversée pour un long moment.
www.ipreunion.com avec l'AFP

En 1969-1970, la grippe de "Hong-Kong" a fait 1 millions de morts dans le monde dont plus de 30.000 en France en l'espace de 2 mois et cela dans l'indifférence la plus totale.Elle avait été précédée en 1957 par la grippe "Asiatique" qui avait fait 2 millions de morts.Le monde oublie bien trop facilement les catastrophes...