Lentilles, pistaches : des vignerons du Sud se tournent vers des cultures "d'avenir"

  • PubliĂ© le 13 octobre 2026 Ă  11:25
  • ActualisĂ© le 13 octobre 2026 Ă  12:21
Des pistaches cultivées par des vignerons à Sérignan-du-Comtat, dans le Vaucluse, le 28 septembre 2026

Amandine Reynard prend soin de ses jeunes pistachiers, plantés à cÎté de ses vignes, prÚs d'Orange (Vaucluse). "Mes enfants, mes petits-enfants en profiteront", espÚre l'agricultrice, pour qui aujourd'hui, "le 100% vigne, c'est plus possible". Sur ses terres au pied du mont Ventoux, "il y avait, sur une grande partie, de la vigne", raconte-t-elle.

La décision d'arracher n'a pas été facile pour son mari Matthias Reynard, qui a subi de plein fouet le désamour des consommateurs pour les vins trÚs alcoolisés. "On n'a pas d'autre choix que de se réinventer", constate-t-il.

Dans une rĂ©gion oĂč beaucoup se lancent dans les amandes ou les grenades, les Reynard choisissent, en 2024, la pistache. A l'aide du syndicat France Pistache, ils s'initient Ă  "une culture qui existait il y a deux cents ans ici, mais qui avait totalement disparu".

Le couple espÚre planter de nouveaux arbres en 2027, grùce à des aides publiques prévues par le gouvernement pour soutenir la diversification, voire la reconversion d'agriculteurs confrontés au changement climatique.

- Pistachiers pour terres arides -

Lors de cet été caniculaire, la vigne, que les Reynard ont aussi repensé en investissant dans des cépages de blancs à plus faible degré, "adaptés au marché", a bien résisté et la récolte n'a pas trop souffert de la chaleur.

Mais "les feuilles sont en mauvais état", déplore Matthias, "comme si la vigne avait tout donné pour protéger son raisin, mais s'était épuisée, ce qui m'inquiÚte pour la prochaine saison".

Les pistachiers, au contraire, "ont donnĂ© une nouvelle pousse juste aprĂšs la grosse canicule de fin aoĂ»t", remarque Amandine, sans ĂȘtre irriguĂ©s. Cet arbre, qui pousse Ă  l'Ă©tat sauvage dans des lieux trĂšs arides, voire dĂ©sertiques, a aussi besoin de vent pour polliniser, un Ă©lĂ©ment omniprĂ©sent dans la vallĂ©e du RhĂŽne.

A Castelnau-Valence, au nord de Nßmes, Jonathan Altier et Nicolas Dussaud, vignerons, ont eux aussi fait un pas de cÎté en se lançant dans une culture moins gourmande en eau que la vigne : les lentilles.

Avec un troisiÚme vigneron, ils se sont rencontrés lors des grandes manifestations d'agriculteurs de janvier 2024, "sous le pont de l'autoroute A9".

Les trentenaires ont constaté que "le Languedoc en particulier produit énormément de vin", et il fallait "trouver des alternatives, pour continuer à vivre de nos productions, malgré les problématiques climatiques, notamment le manque d'eau", explique Jonathan.

La lentille, légumineuse riche en protéines, s'impose pour ces jeunes papas qui en avaient "marre de voir leurs enfants manger des lentilles venues d'Asie à la cantine", renchérit Nicolas, qui cultive aussi des pois chiches.

Une culture "beaucoup plus facile" que celle de la vigne, "parce qu'on a trÚs peu d'intrants, et donc trÚs peu de passages à faire", ajoute-t-il. La légumineuse est d'autant plus intéressante, qu'elle capte l'azote et la retient dans les sols, ce qui est bénéfique à la lavande, trÚs présente dans cette région.

- 40 fruits la premiÚre année -

Face à la crise, plusieurs programmes d'arrachage de vignes ont été financés. Mais pour les vignerons interrogés par l'AFP, la prime, de 4.000 euros par hectare arraché, n'a pas suffi pour se diversifier, et les agriculteurs ont dû investir personnellement dans ces nouvelles cultures.

"Ca reste insuffisant, surtout lorsqu'on doit se battre pour repartir sur d'autres activités et travailler sur les sujets de diversification", confirme JérÎme Despey, président de la chambre d'agriculture de l'Hérault et du conseil spécialisé Vins de France-Agrimer, et vice-président de la FNSEA.

"Ce qui est important pour nous, c'est la rentabilité de cette diversification", insiste M. Despey, "parce qu'on voit que ce n'est pas aussi simple que ça, notamment sur les débouchés, sur les industries agroalimentaires, pour mettre en avant ces productions et les commercialiser".

CÎté débouchés, l'association de Jonathan et Nicolas, "les perles du Gard", vise en priorité les marchés des collectivités, pérennes et importants. Grùce à de "belles récoltes", ils ont déjà conclu des contrats avec trois cuisines centrales de la région.

Dans le Vaucluse, les pistaches des Reynard ne leur rapportent encore rien : 40 fruits la premiÚre année, un kilo cet été. D'ici "4, 5 ans", Amandine compte sur une production suffisante pour commercialiser.

AFP

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