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Liban: menaces sur l'hippodrome centenaire de Beyrouth

  • PubliĂ© le 20 mars 2016 Ă  10:59
Le directeur de l'hippodrome de Beyrouth Nabil Nasrallah, le 3 février 2016

L'hippodrome de Beyrouth a été témoin de toutes les guerres qui ont embrasé le Liban mais, à l'aube de son centenaire, ce lieu emblématique risque de disparaßtre faute de rentabilité et d'investissements.


Construit en 1916 par les Ottomans, le champ de courses entouré de ses écuries est l'un des derniers espaces verts d'une ville défigurée par le béton.
"La municipalité (propriétaire de l'hippodrome) refuse d'investir, en avançant à chaque fois un prétexte différent et ceci nous inquiÚte énormément", déclare Nabil de Freige, propriétaire d'une écurie et secrétaire général de la Société pour la protection et l'amélioration de la race chevaline arabe (Sparca).
Or selon M. de Freige, qui est ministre des RĂ©formes Administratives, si l'hippodrome cessait d'exister c'est toute la tradition d'Ă©levage qui serait menacĂ©e, alors mĂȘme que le pays possĂšde de trĂšs beaux chevaux.
"Ce lieu fait vivre entraßneurs, jockeys, lads, palefreniers, employés, vétérinaires, éleveurs et agriculteurs, au total 1.500 familles et tout cela va disparaßtre", craint-il.
Selon la Sparca, le champ de courses est aujourd'hui déficitaire.
Avant la guerre civile (1975-1990), il était le seul de la région à organiser des paris, et les courses qui s'y déroulaient deux fois par semaine engendraient des mises totales d'environ 500.000 dollars hebdomadaires.
Mais à cause de la guerre, "le nombre de chevaux est tombé de 1.500 à 350. Les courses ne se déroulent donc plus qu'une fois par semaine et le total des mises n'est plus que de 150.000 dollars" par semaine, regrette le directeur de l'hippodrome, Nabil Nasrallah.
Une somme "qui ne pÚse pas lourd face à ce qu?il pourrait rapporter" aux promoteurs immobiliers, souligne-t-il: l'hippodrome s'étend sur 200.000 m2 au c?ur de la ville, soit une mine d'or potentielle.
- Patrimoine de Beyrouth -
"Si l'hippodrome ferme, quelle garantie y a-t-il que cette parcelle ne sera pas bétonnée ?", s?inquiÚte M. de Freige.
La municipalitĂ© doit absolument investir dans la reconstruction des infrastructures et des box pour sauver l'hippodrome, estime M. Nasrallah. "Nous devons ĂȘtre subventionnĂ©s, comme tous les pays oĂč il y a des courses de chevaux", affirme-t-il.
Le maire sunnite de Beyrouth, Bilal Hamad, se dit lui prĂȘt Ă  investir si l'endroit devient "un lieu ouvert Ă  tous les habitants". "L'hippodrome fait partie du patrimoine de Beyrouth, pourquoi serait-il rĂ©servĂ© seulement aux parieurs?", dit-il.
M. Hamad est rĂ©ticent Ă  financer un lieu oĂč se pratiquent des paris d'argent, contraires Ă  l'islam.
Il affirme avoir élaboré un projet appelé "Beirut Central Park", qui vise à transformer l'intérieur de la piste en terrain de golf avec un lac artificiel, en plus d'une école d?équitation.
Cette idée n'est pas du goût de Mohammad Ayoub, directeur de l?ONG Nahnoo. "Un terrain de golf, c'est un projet pour les riches. En plus, comment faire un lac artificiel alors que nous souffrons du manque d'eau?"
Selon lui, "la mairie veut faire un projet commercial onéreux pour le confier à une entreprise privée".
Avec la fin de l'hippodrome, c'est un pan de l'histoire libanaise qui pourrait disparaĂźtre. En tĂ©moigne un mur criblĂ© de balles, oĂč le temps n'a pas effacĂ© le symbole vert et rouge de la LĂ©gion Ă©trangĂšre et sa devise "Calme dans la tourmente", peints en 1982 par des soldats français de la Force multinationale.
- Les miliciens s'y rencontraient -
Situé sur l'ancienne ligne de démarcation, le champ de course est à la croisée des quartiers chiites, sunnites et chrétiens.
Durant la guerre civile "les miliciens se tiraient dessus la semaine et se retrouvaient (Ă  l'hippodrome) le dimanche pour parier avant de reprendre le combat", se souvient l'entraĂźneur Ali Ahmed Seif Eddine.
Sous les gradins, une salle servait mĂȘme de lieu de rencontre des chefs de milices ennemis. DotĂ©e d'entrĂ©es de chaque cĂŽtĂ© de la ville, elle permettait aux belligĂ©rants de nĂ©gocier sans risque de guet-apens ou d'enlĂšvement.
Lors de l'invasion du Liban en 1982, l?armée israélienne, postée derriÚre l'hippodrome, bombardait les combattants palestiniens se trouvant de l'autre cÎté.
Sous deux feux, l'accÚs aux écuries était impossible et 350 chevaux étaient enfermés dans une chaleur étouffante, dont 17 sont morts.
M. de Freige a obtenu un cessez-le-feu pour les évacuer grùce au président de l'époque, Elias Sarkis, grand amateur de chevaux, et de l'émissaire américain Philip Habib.
Mais l'hippodrome, lui, ne s'en est jamais remis. Une fois les chevaux évacués, "l'aviation et les chars israéliens ont détruit toutes les tribunes, sans raison", et faute d'investissements municipaux, la reconstruction n'a jamais été terminée, regrette M. de Freige.

- © 2016 AFP
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