Trente-et-un dĂ©tenus ont Ă©tĂ© brutalement assassinĂ©s vendredi dans l'Ătat de Roraima, un nouveau massacre dans une prison du nord du BrĂ©sil, cinq jours aprĂšs le carnage de Manaus en Amazonie (56 morts). Un prĂ©cĂ©dent bilan Ă©tablissait le nombre des morts Ă 33. Mais aprĂšs l'examen des corps, les autoritĂ©s ont revu le bilan Ă la baisse, l'Ă©tablissant Ă 31 morts.
Comme à Manaus, les victimes ont été décapitées, éviscérées, démembrées, selon des photographies de l'intérieur de la prison obtenues par l'AFP, montrant des dizaines de corps empilés dans un gigantesque bain de sang, un carnage survenu sur fond de guerre de gangs pour contrÎler le marché de la cocaïne.
"La barbarie a eu lieu vers 2h00 du matin (6h00 GMT). Il n'y a pas eu d'Ă©change de tirs, les victimes ont Ă©tĂ© tuĂ©es avec des objets coupants ou des armes artisanales", a dĂ©crit Uziel Castro, secrĂ©taire Ă la justice de l'Ătat de Roraima. Selon M. Castro, le PĂ©nitencier agricole de Monte Cristo (PAMC), situĂ© prĂšs de Boa Vista, capitale de l'Etat de Roraima, accueille plus de 1.400 dĂ©tenus, plus du double de la capacitĂ© normale.
Une vidĂ©o exclusive obtenue par l'AFP montre des prisonniers, la plupart en sous-vĂȘtements, obligĂ©s d'Ă©vacuer eux-mĂȘmes les corps hors de l'Ă©tablissement vers les vĂ©hicules de l'Institut mĂ©dico-lĂ©gal.
- "Brutalité démesurée" -
Le 16 octobre, dix dĂ©tenus avaient Ă©tĂ© tuĂ©s dans cette mĂȘme prison lors d'un affrontement entre factions rivales du crime organisĂ©. Certains avaient aussi Ă©tĂ© dĂ©capitĂ©s et brĂ»lĂ©s vifs. Le lendemain, dans une autre prison du nord du BrĂ©sil, dans l'Etat de Rondonia, huit prisonniers Ă©taient assassinĂ©s.
Cette prison regroupait des membres du Comando Vermelho (CV), originaire de Rio de Janeiro et allié de la FDN (Familia do Norte), considérée par la police comme responsable du massacre de Manaus dans la nuit de dimanche à lundi. La plupart des détenus tués à Manaus étaient des membres présumés du puissant PCC (Premier commando de la capitale) de Sao Paulo, grand rival du CV.
Depuis, M. Castro assure que les membres de factions "ont été séparés" et que "les membres déclarés du CV ont été transférés". Selon lui, ce nouveau carnage est une "action isolée de membres du PCC contre des personnes qui n'étaient liées à aucune faction". "Ce sont des actes d'une brutalité démesurée, sans aucun fondement. Nous n'en avons pas compris les raisons", a-t-il avoué.
"Apparemment, il ne s'agit pas d'une vengeance du PCC contre la Familia do Norte", a dĂ©clarĂ© pour sa part le ministre de la Justice, Alexandre de Moraes. Frontaliers de la Colombie, du PĂ©rou, de la Bolivie ou du Venezuela, les Ătats du nord du BrĂ©sil constituent un enjeu stratĂ©gique pour ces factions qui cherchent Ă contrĂŽler les approvisionnements en cocaĂŻne.
- "Tragédies annoncées"-
Jeudi, le gouvernement brésilien a annoncé les grandes lignes de son nouveau Plan national de sécurité, avec notamment la construction de prisons dans chacun des 27 Etats du pays ainsi que cinq nouveaux établissements fédéraux de haute sécurité. Le taux d'occupation des prisons brésiliennes est de 167% et un rapport du ministÚre de la Justice estime qu'il faudrait augmenter de 50% la capacité pour résorber ce problÚme.
Selon la sociologue Camila Nunes Dias, professeur de l'Université Fédérale ABC de Sao Paulo, ces massacres dans des prisons brésiliennes sont des "tragédies annoncées", en raison des "tensions entre groupes de détenus et de la précarité des installations".
"Toute proposition à effet immédiat, comme la construction de nouvelles prisons, ne résout pas les vrais problÚmes. Cela sert tout juste à satisfaire l'opinion publique en attendant le prochain drame", expliquait jeudi à l'AFP cette spécialiste des factions criminelles.
L'Ordre des Avocats du BrĂ©sil (OAB) a annoncĂ© son intention de saisir la Cour Inter-amĂ©ricaine des Droits de l'Homme pour sanctionner "l'absence de mesures concrĂštes de la part de l'Ătat pour rĂ©soudre le problĂšme, qui se rĂ©pĂšte sans cesse". Le prĂ©sident Michel Temer a essuyĂ© de nombreuses critiques en qualifiant jeudi le massacre de Manaus d'"accident effroyable", aprĂšs un silence de quatre jours.
Vendredi, le chef de l'Ătat s'est contentĂ© de rĂ©agir par un communiquĂ© dans lequel il "dĂ©plore cet Ă©pisode".
AFP
