Face à l'épidémie de coronavirus qui a tué plus de 10.000 personnes dans l'Hexagone et mis à genoux l'économie, avec un salarié du privé sur quatre au chÎmage partiel, les Français sont plus que jamais appelés à respecter au maximum le confinement, entré dans sa quatriÚme semaine.
La France a enregistré mardi un nouveau trÚs lourd bilan quotidien dans les hÎpitaux, avec 597 décÚs supplémentaires en 24 heures, soit un total de 7.091 depuis début mars. S'y ajoutent 3.237 morts recensés dans les Ehpad et établissements médico-sociaux, soit un total de 10.328 morts.
Au total, 7.131 patients nécessitent des soins lourds en réanimation (4 à La Réunion).
Ce chiffre continue à augmenter, "un indicateur que l'épidémie continue sa progression", a relevé le directeur général de la Santé, JérÎme Salomon.
Toutefois, avec les sorties, l'augmentation nette du nombre de patients en réanimation -indicateur trÚs suivi par les professionnels car mesurant la pression sur le systÚme de santé- est de moins en moins forte, avec un solde de +59 (contre +94 lundi et +140 dimanche).
"Nous ne sommes pas encore au pic", a rĂ©pĂ©tĂ© le N°2 du ministĂšre de la SantĂ©. "Nous ne sommes qu'Ă la phase ascendante mĂȘme si elle ralentit un peu, donc aborder le dĂ©confinement aujourd'hui n'a aucun sens", a-t-il insistĂ©.
"Le pire n'est pas derriĂšre nous, pas du tout, on est au contraire dans une phase extrĂȘmement pĂ©rilleuse oĂč il ne faudrait pas qu'on se trompe et qu'on commence Ă dĂ©confiner et Ă faire n'importe quoi", a mis en garde de son cĂŽtĂ© sur CNews le Pr Philippe Juvin, chef des urgences de l'hĂŽpital parisien Georges-Pompidou.
- "Indispensable" -
Alors que la mesure de confinement gĂ©nĂ©ral de la population, instaurĂ©e jusqu'au 15 avril, devrait ĂȘtre prolongĂ©e, et que son respect montre de nouveaux signes de relĂąchement, le gouvernement a affichĂ© sa dĂ©termination et entrepris une nouvelle fois de resserrer les boulons.
"L'heure du confinement va durer", a martelé Edouard Philippe lors de la séance des questions au gouvernement.
"C'est tout à fait difficile à supporter pour beaucoup de Français, j'en ai parfaitement conscience, mais c'est indispensable si nous ne voulons pas nous retrouver dans une situation qui serait pire encore que celle que nous connaissons aujourd'hui", a poursuivi le chef du gouvernement, dont l'annonce la semaine derniÚre que le gouvernement étudiait des "scénarios" de sortie avait semé le doute.
"Se prĂ©parer ne veut pas dire que c'est prĂȘt", a insistĂ© le Premier ministre, assurant que les questions sur le dĂ©confinement "sont trĂšs largement prĂ©maturĂ©es".
Emmanuel Macron en déplacement en Seine-Saint-Denis, a lui tenu à "remercier" les habitants de ce département, comptant parmi les plus pauvres de France et l'un des plus touchés par l'épidémie, de "respecter le confinement de maniÚre remarquable". Il a également salué le travail "formidable" des soignants. Mais, une heure plus tard, à la sortie de la Maison de santé pluridisciplinaire de Pantin, il doit exhorter, en joignant les mains, les habitants qui s'étaient attroupés pour le voir et l'interpeller, à "respecter les rÚgles" et donc à "rentrer chez eux".
Avec le retour des beaux jours et le dĂ©but des vacances de PĂąques (dans la zone C, Ăle-de-France et Occitanie), autoritĂ©s et soignants craignent un relĂąchement, comme l'ont montrĂ© de nombreuses images de promeneurs pendant le weekend en diffĂ©rents points du pays.
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a ainsi autorisé les préfets, en lien avec les maires, à durcir les mesures en cas de relùchement.
Les choses n'ont pas traĂźnĂ© dans la capitale et dans deux autres dĂ©partements franciliens, oĂč toute activitĂ© sportive individuelle est interdite Ă compter de mercredi entre 10H00 et 19H00, face au nombre inhabituel de "joggeurs" multipliant les sorties.
- Réservistes -
La pression sur les hÎpitaux et les Ehpad reste pour l'heure trÚs forte. Le ministre de la Santé a annoncé le lancement d'une vaste opération de dépistage dans ces maisons de retraites médicalisées, dont certaines ont été décimées par la maladie. Et "une mobilisation de grande ampleur de réservistes" sera effective dÚs mercredi au profit de 50 Ehpad de la région parisienne, selon le DGS.
En attendant un vaccin éventuel, un essai clinique consistant à transfuser du plasma sanguin de personnes guéries vers des "patients en phase aiguë de la maladie" devait démarrer ce mardi. Le procédé s'est déjà avéré efficace, dans des études à petite échelle, contre d'autres maladies infectieuses comme Ebola ou le Sras.
Pendant ce temps la France poursuit ses efforts pour s'approvisionner en masques, désormais convoités par l'ensemble de la planÚte, et ses "commandes sûres" atteignent désormais 1,6 milliard d'exemplaires, a assuré le ministre de la Santé Olivier Véran. Un port généralisé du masque reste une "question ouverte" mais le gouvernement maintient pour l'heure sa recommandation d'en réserver l'usage aux soignants et personnes infectées, a-t-il également dit.
Concernant le gel hydroalcoolique en revanche, "il y a une trÚs forte production" et "nous ne sommes plus en difficulté" dans ce domaine, a indiqué le Pr Salomon.
L'épidémie, qui a fait plus de 75.000 morts dans le monde, n'en finit plus de noircir les perspectives économiques.
Le recours au chĂŽmage partiel a Ă©tĂ© demandĂ© pour 5,8 millions de salariĂ©s (dont 46.750 Ă La RĂ©union), soit un sur quatre dans le secteur privĂ©, un nouveau record qui pourrait coĂ»ter 19,6 milliards d'euros en trois mois. "A peu prĂšs la moitiĂ© de l'Ă©conomie est Ă l'arrĂȘt", a fait remarquer la ministre du Travail, Muriel PĂ©nicaud.
La France accroit par ailleurs la surveillance de ses frontiĂšres dans le cadre de l'Etat d'urgence sanitaire : les visiteurs Ă©trangers, y compris les EuropĂ©ens, devront dĂ©sormais remplir une attestation bardĂ©e de critĂšres restrictifs pour ĂȘtre autorisĂ©s Ă entrer dans le pays.
En attendant, les Français confinés consomment des durées historiques de programmes télé et, selon un sondage, plus de produits culturels en ligne, séries, jeux vidéo et films notamment.
Et cela risque de durer, à en croire le secrétaire d'Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari qui leur a conseillé "d'attendre" avant de réserver des voyages pour les vacances d'été, la situation liée à l'épidémie étant "encore trop incertaine".
www.ipreunion.com avec l'AFP
