Moyen-Orient

Quatre morts dans des troubles en Iran malgré l'appel de Rohani au calme

  • PubliĂ© le 1 janvier 2018 Ă  14:05
  • ActualisĂ© le 1 janvier 2018 Ă  17:18
Photo fournie par le bureau de la présidence iranienne montrant Hassan Rohani en Conseil des ministres à Téhéran, le 31 décembre 2017

Quatre personnes ont été tuées dans de nouveaux troubles nocturnes en Iran malgré un appel du président Hassan Rohani au calme aprÚs des jours de protestations inédites depuis des années contre la vie chÚre et le pouvoir.


Pour la quatriÚme nuit consécutive, les Iraniens sont de nouveau descendus dimanche soir dans la rue dans plusieurs villes du pays dont la capitale Téhéran pour protester contre le pouvoir et les difficultés économiques- chÎmage, vie chÚre et corruption. Selon des vidéos mises en ligne par les médias iraniens et les réseaux sociaux, les manifestants ont attaqué et parfois incendié des bùtiments publics, des centres religieux et des banques ou des siÚges du Bassidj (milice islamique du régime). Les manifestants ont aussi mis le feu à des voitures de police.

Au total six personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et des centaines arrĂȘtĂ©es depuis le dĂ©but jeudi des manifestations sociales et antigouvernementales qui ont Ă©clatĂ© Ă  Machhad (nord-est) avant de prendre de l'ampleur et de se propager Ă  travers le pays. Dimanche soir, deux manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s par balles durant les protestations Ă  Izeh (sud-ouest), a dĂ©clarĂ© le dĂ©putĂ© local Hedayatollah Khademi citĂ© par l'agence Ilna. Il a nĂ©anmoins dit ignorer "si les tirs provenaient des forces de l'ordre ou des manifestants".

Dans une autre ville touchée par les protestations, Doroud (ouest), deux personnes ont péri dimanche soir dans les violences. Des protestataires se sont emparés d'un camion de pompiers et l'ont lùché du haut d'une pente. Il a percuté leur véhicule et "les deux passagers ont été tués", a déclaré le préfet à la télévision. Samedi, deux manifestants ont été tuées également à Doroud. Là aussi, un responsable a affirmé que les forces de l'ordre n'avaient pas tiré sur les protestataires.

- Droit de manifester -

Les manifestations ont eu lieu dimanche soir malgré le fait que les autorités ont limité l'accÚs aux réseaux sociaux, en bloquant sur les téléphones portables les messageries Telegram et Instagram, utilisées pour appeler à manifester. Sortant de son silence aprÚs trois jours de contestation, M. Rohani a reconnu que l'Iran devait fournir "un espace" pour que la population puisse exprimer ses "inquiétudes quotidiennes", mais il a condamné les violences et la destructions des biens publics.

"Critiquer, c'est totalement diffĂ©rent que d'utiliser la violence", a-t-il soulignĂ© lors du Conseil des ministres. "Il faut mĂȘme crĂ©er les conditions pour la critique, les protestations lĂ©gales, y compris des manifestations et des rassemblements lĂ©gaux. C'est le droit du peuple." M. Rohani, Ă©lu pour un second mandant en mai dernier, a permis Ă  l'Iran de sortir de son isolement avec la levĂ©e de sanctions internationales qui avaient Ă©tĂ© imposĂ©es pour dĂ©noncer les activitĂ©s nuclĂ©aires sensibles du pays.

Cette levée de sanctions avec la signature d'un accord historique avec les grandes puissances sur le programme nucléaire iranien avait fait espérer aux Iraniens une amélioration de la mauvaise situation économique, mais les fruits de cet accord se font toujours attendre. Inédites depuis le mouvement de contestation contre la réélection de l'ex-président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, violemment réprimé, les manifestations ont été émaillées depuis jeudi de violences avec des heurts entre manifestants et forces de l'ordre et des attaques contre les biens publics.

- Plus de 400 arrestations -

Des troubles ont eu lieu dans les villes de Nourabad, Doroud et Khoramabad "et des fauteurs de troubles ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s", a dĂ©clarĂ© Habibollah Khojastehpour, le vice-gouverneur de la province de Lorestan (ouest). De petites manifestations se sont Ă©galement dĂ©roulĂ©es Ă  Kermanshah (ouest), Shahinshahr (prĂšs d'Ispahan), Takestan (nord), Zanjan (nord), Toyeserkan (ouest) et Nahavand oĂč, selon des vidĂ©os mises en ligne, des bĂątiments publics, des banques ou des siĂšges du Bassidj (milice islamique) ont Ă©tĂ© attaquĂ©s par les manifestants.

A TĂ©hĂ©ran, la police a utilisĂ© du gaz lacrymogĂšne et des canons Ă  eau pour disperser un petit groupe de manifestants qui lançaient des slogans hostiles au pouvoir dans le quartier de l'universitĂ© de TĂ©hĂ©ran. Dans la capitale, 200 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es. Quelque 200 autres ont Ă©tĂ© interpellĂ©es dans des villes de province, selon les mĂ©dias. "Ce qui fait descendre les Iraniens dans la rue le plus souvent, ce sont des problĂšmes Ă©conomiques ordinaires -la frustration face au manque d'emplois, l'incertitude par rapport Ă  l'avenir de leurs enfants", explique Ă  l'AFP Esfandyar Batmanghelidj, fondateur du Europe-Iran Business Forum.

Selon lui, les troubles ont Ă©tĂ© provoquĂ©s par les mesures d'austĂ©ritĂ© de M. Rohani, comme les rĂ©ductions des budgets sociaux ou les augmentations des prix des carburants. S'en prenant de nouveau au rĂ©gime en Iran, leur ennemi jurĂ©, les Etats-Unis ont apportĂ© dimanche leur soutien "au droit du peuple iranien Ă  s'exprimer pacifiquement et ĂȘtre entendu". L'Iran a lui dĂ©noncĂ© les ingĂ©rences des Etats-Unis dans ses affaires.

AFP

guest
0 Commentaires