Trafic

Rennes bascule dans le dur de la drogue

  • PubliĂ© le 20 dĂ©cembre 2024 Ă  19:31
  • ActualisĂ© le 20 dĂ©cembre 2024 Ă  20:01
Un policier participe à une opération de sécurité dans le quartier du Blosne, au sud de Rennes, le 19 mars 2024 en Ille-et-Vilaine

Des fusillades au milieu des tours d'habitation, des meurtres et un enfant de cinq ans touchĂ© par balles Ă  la tĂȘte: 2024 a Ă©tĂ© un "point de bascule" pour Rennes avec des rĂšglements de compte "ultra-violents" commis par des "mercenaires" venus d'ailleurs, s'inquiĂštent autoritĂ©s et acteurs locaux.

Malgré ses 37 points de deal répartis principalement entre quatre quartiers (Maurepas, Cleunay, Le Blosne et Villejean), Rennes et ses 222.000 habitants étaient jusque-là relativement épargnés par le narcobanditisme.

En mars, une fusillade à l'arme automatique de plus d'une heure en pleine nuit au Blosne, "fait prendre conscience" que le mode opératoire des trafiquants a changé, explique à l'AFP le procureur de la République de Rennes, Frédéric Teillet.

"On est désormais face à un phénomÚne d'ultra-violence décomplexée, trÚs visible", souligne-t-il. Et "nos moyens n'augmentent pas à la mesure de ceux des trafiquants qui se multiplient."

Depuis mars, "pas une semaine sans un homicide, une fusillade ou une tentative de meurtre liés au trafic de stup", résume un policier.

"Ça couvait depuis le Covid mais maintenant, ça explose."

"Il y a une intensification du trafic (...) avec des trafiquants trÚs structurés qui se disputent les lieux lucratifs", confirme à l'AFP le directeur interdépartemental de la police nationale d'Ille-et-Vilaine, Yannick Blouin, évoquant une "violence désinhibée".

L'Ă©moi devient national lorsque, le 26 octobre, un enfant de cinq ans est touchĂ© par deux balles Ă  la tĂȘte. DĂšs le 1er novembre, Bruno Retailleau, ministre de l'IntĂ©rieur, se rend Ă  Rennes pour annoncer notamment l'arrivĂ©e de la CRS 82, spĂ©cialisĂ©e dans les violences urbaines, Ă  Maurepas.

L'auteur présumé des tirs ayant touché l'enfant (désormais hémiplégique) est un adolescent de 16 ans, révÚle jeudi le procureur, qui annonce la condamnation de 22 personnes pour des violences liées au trafic de stupéfiants depuis juillet.

- "Mercenaires" -

A Maurepas, la CRS 82 est partie. "Rien n'a changé, les points de deal sont toujours là", note Pascal Lesage, 60 ans, habitant du quartier. "On apprend à vivre avec eux."

Par grappe de trois, des jeunes hommes habillés de noir et encagoulés cÎtoient les parents venus chercher leurs enfants à l'école primaire toute proche. Quelques mÚtres plus loin, des adolescents surveillent les allées-venues prÚs d'un supermarché Aldi.

"Ce sont des gamins de 16-20 ans, biberonnĂ©s aux rĂ©seaux sociaux, Ă  la violence. Ils ne se voient pas vivants dans dix ans", regrette une source proche d'enquĂȘtes portant sur ces points de deal.

Les adolescents "sont armés sur les points de deal, ça n'existait pas avant. Mais ils ne savent pas tirer et quand il y a une fusillade, ils tirent partout, au risque de toucher un appart" ou un enfant.

A Rennes, les lieux de vente "sont encore tenus par des (gens) locaux mais les gamins, eux, passent de ville en ville", explique-t-elle.

Ce sont souvent des Mahorais et des Guyanais, de plus en plus jeunes, "avec une coexistence de gens implantés localement et des mercenaires qui louent leurs services", note une source judiciaire.

ÂgĂ© d'une trentaine d'annĂ©es, un homme qui cogĂšre "depuis 15 ans" un des "fours" de Maurepas raconte Ă  l'AFP gagner "2.000 euros par semaine".

Les affaires vont "de mieux en mieux", notamment "grĂące Ă  la coke", assure-t-il.

- Arrivée du crack -

Les points de deal rennais proposent une cocaïne parfois fragmentée pour que le demi-gramme coûte 30 euros, un prix d'appel pour les consommateurs, remarque Guillaume Pavic, chercheur pour l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives OFDT).

Si pour les autorités, le "point de bascule" à Rennes est récent, l'expert le situe dÚs 2016 quand les toxicomanes américains ont délaissé la cocaïne sud-américaine au profit des opioïdes comme le Fentanyl.

Les cartels sud-américains inondent alors le marché européen, notamment via les cÎtes bretonnes et normandes.

Résultat, la poudre blanche afflue en Bretagne. "L'effet est mécanique: les prix baissent, les consommateurs augmentent", remarque l'expert.

La région présente un "bon vivier de clients" grùce à la présence de 350 festivals et freeparties par an, note-t-il. La consommation de haschich, cocaïne, ecstasy et de kétamine "s'y banalise".

Comme partout en France, la cocaĂŻne vendue "est de plus en plus pure, au risque d'augmenter les accidents de consommation", dont les overdoses, signale M. Pavic.

Fait plutît rare hors Île-de-France, Rennes compte depuis 2023 au Blosne un point de vente de crack.

"Vendre du crack, c'est accepter que les personnes le consomment sur place. Cela fait fuir les autres clients et c'est un enfer pour les habitants", soupire M. Pavic.

- Trois enquĂȘteurs -

Selon la maire de Rennes, Nathalie Appéré (PS), les récentes violences sont la conséquence de "rivalités liées au contrÎle de point de deal".

Lundi, une nouvelle fusillade prÚs du Blosne a visé une camionnette, sans faire de blessé mais touchant un appartement.

Face aux trafiquants, "il n'y a que trois enquĂȘteurs pour la cellule dĂ©diĂ©e au trafic de stup. Ils ne peuvent pas suivre", dĂ©nonce FrĂ©dĂ©ric Gallet, du syndicat Alliance.

"Il faut renforcer les équipes, passer Rennes en +secteur difficile+ pour que la prime qui va avec attire des recrues."

Le procureur FrĂ©dĂ©ric Teillet insiste Ă©galement sur l'importance d'enquĂȘter sur les rĂ©seaux de blanchiment d'argent. "DĂ©manteler un point de deal, c'est une action de surface, qui doit ĂȘtre faite, mais ce n'est pas frapper au coeur."

Dans les quartiers, "l'enjeu est de garder contact avec les adolescents pour qu'ils puissent quitter le trafic s'ils le décident", plaide un acteur de terrain.

"Mais ce n'est possible qu'avec les jeunes qui habitent dans le quartier. Ceux qui ne font que passer, on les a déjà perdus."

AFP

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1 Commentaires
pouet
pouet
1 an

Je me demande si les politiques, architectes,urbanistes, Bétonneux français avaient imaginé pareil futur à leur "grands ensembles" (LOL). Je pense qu'ils s'en foutaient royalement mais qu'ils ont fait un fric monstrueux par contre, que leurs enfants et petits enfants passent dans la coke pour flamber dans leur free party au son d'une belle musique bien abrutissante. nos futurs.