Incendie dans les hauts du sud-ouest

"Des pompiers ont vu la mort"

  • PubliĂ© le 30 octobre 2011 Ă  12:00
Dimanche 30 Octobre 2011

Incendie chemin Vaudeville.

La catastrophe commencée ce mardi 25 octobre 2011 dans le massif du Maïdo a viré au cauchemar dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 octobre. Exténués par des longues journées de lutte acharnée contre les flammes et les vents contraires, les pompiers ont été débordés à l'ouest par l'incendie. Ce qu'ils voulaient éviter à tout prix s'est produit : le feu a traversé la route forestiÚre des Tamarins à plusieurs reprises. DÚs lors, le combat déjà trÚs dur est devenu titanesque. Pour la premiÚre fois depuis le début de l'incendie, les flammes ont foncé vers une zone habitée. Elles ont directement menacé des fermes de la Chaloupe Saint-Leu. Des familles ont dû évacuer les lieux (voir aussi article par ailleurs). Les pompiers ont une nouvelle fois lutté pied à pied "et certains d'entre eux ont vu la mort" disait ce dimanche matin le préfet Michel Lalande. La surface parcourue par le feu affiche maintenant le chiffre tristement record de 2 677 hectares.

Les fronts sud et est du sinistre sont pour le moment relativement sous contrĂŽle. Le feu a par contre repris dans le rempart de Mafate. L'officier commandant les pompiers arrivĂ©s en renfort de mĂ©tropole dit "ne pas ĂȘtre optimiste" quant Ă  la mise sous contrĂŽle total du sinistre dans les prochains jours.

"La seule bonne nouvelle de la nuit derniÚre (du samedi 29 au dimanche 30 octobre 2011 - ndlr) est qu'il n'y a pas eu de victime" a lancé le préfet dans le point presse tenue ce dimanche matin au PC du Maïdo. Une nuit de cauchemar venait de s'achever. Attisé par le vent, le feu a enfoncé dans la nuit la ligne de défense des pompiers le long de la route forestiÚre des Tamarins. Il a traversé la voie de circulation en sept points différents, projetant des braises et des flammÚches toujours plus loin devant lui. Ce qui avait pour effet de multiplier à l'infinie les départs secondaires de brasier.

"Il y a eu des scÚnes apocalyptiques" raconte le major Técher, pourtant aguerri à la lutte contre les sinistres dans des conditions difficiles. "Le feu enflammait les cryptomerias comme des brindilles. Les flammes montaient à plus de 15 mÚtres. Le bruit était énorme", raconte le sous officier. "Nous ne pouvions plus faire grand chose, c'était vraiment la lutte du pot de terre contre le pot de fer. C'est démoralisant", ne cache pas un sapeur pompier, "au feu" depuis prÚs de 48 heures, entrecoupées de rares moments de repos.

À 3 heures de matin, les soldats du feu ont dĂ» se rendre Ă  l'Ă©vidence. Les flammes se rapprochaient beaucoup trop de leur PC installĂ© Ă  proximitĂ© du gĂźte des Tamarins. En urgence, ils Ă©vacuaient vers la Petite France, plus bas sur la route du MaĂŻdo. Bien leur en a pris. Peu de temps aprĂšs, le feu dĂ©vorait le gĂźte.

La mĂȘme scĂšne a failli se produire plus tĂŽt dans la soirĂ©e chemin Vaudeville dans les hauts de la Chaloupe Saint-Leu. Avalant les tamarins, les cryptomerias et les pĂąturages, le feu menaçait directement plusieurs fermes, dont celle de Morille Maillot, dĂšs la fin de l'aprĂšs-midi. OccupĂ©s sur les autres fronts du sinistres, les pompiers ne pouvaient intervenir immĂ©diatement.

A 21 heures 30, le maire saint-leusien, Thierry Robert, demandait Ă  la population d'Ă©vacuer le secteur. La solidaritĂ© a alors jouĂ© Ă  plein entre les Ă©leveurs et les habitants du secteur. Ils se sont organisĂ©s pour rĂ©unir le bĂ©tail - des vaches et des chevaux principalement -, et le mettre Ă  l'abri plus bas dans le village ou pour ouvrir les enclos afin que les animaux ne soient pas pris au piĂšge du feu. Au total, dans les hauts de la Chaloupe Saint-Leu et de Trois Bassins, 43 personnes ont dĂ» ĂȘtre Ă©vacuĂ©es (le centre Ă©questre, trois fermes et un gĂźte) et selon la prĂ©fecture une habitation aurait en partie brĂ»lĂ© Ă  Trois Bassins.

En larmes sur les ondes de radio Freedom, Morille Maillot, l'éleveur de la Chaloupe Saint-Leu annonçait qu'il allait perdre en une nuit le fruit de 30 ans de travail. Sa famille et ses proches tentaient de lutter contre les flammes avec de bien dérisoires moyens (des seaux et des tuyaux). Ils ont finalement dû évacuer les lieux rapidement, la fumée devenait toxique. Les pompiers arriveront finalement à sauver la ferme. Au grand soulagement des Maillot à qui le maire avait indiqué la destruction de leur ferme selon, dit-il "une déclaration du colonel Jacques Vandebeulque (directeur départemental des services d'incendie et de secours - ndlr)" (voir aussi article par ailleurs).

Ce dimanche matin, les Maillot comme les autres éleveurs sont revenus sur place pour voir si le bétail n'avait pas souffert. Aucun animal n'a été blessé ou tué, mais plusieurs dizaines d'hectares de pùturages sont partis en fumée. Les éleveurs ont continué d'abattre les enclos autour de leurs troupeaux afin de leur permettre de s'enfuir en cas de danger. Partout dans le secteur, des centaines de petits foyers demeurent actifs et souvent attisés par le vent. La zone qu'ils occupent est tellement étendue qu'il semble impossible de pouvoir en venir à bout. "Tous les moyens seront utilisés pour éviter des reprises de feu" disait le préfet. Ainsi les personnels arrivés en renfort de métropole ce dimanche matin ont immédiatement été affectés au secteur ouest du sinistre. Une surveillance constante des fermes a été organisée pour éviter leur embrasement.

Le prĂ©fet, soutenu par l'officier commandant les pompiers arrivĂ©s en renfort, a soulignĂ© une fois de plus que le recours Ă  un Dash 8 (avion bombardier d'eau - ndlr) serait inefficace sur ce type de sinistre. Le mĂȘme officier ne cachait pas par ailleurs que "le feu ne se propage pas vite, mais partout Ă  la fois. Dans ces conditions je ne peux pas ĂȘtre optimiste" quant Ă  la mise sous contrĂŽle total du sinistre dans les prochains jours.

Le prĂ©fet a aussi rappelĂ© que ce gigantesque incendie avait une origine criminelle. "Actuellement il y a quelqu'un chez lui qui regarde un spectacle effrayant pour l'environnement et par les frais qu'il engendre" tempĂȘtait Michel Lalande. En six jours, le feu a parcouru la surface Ă©norme de 2 677 hectares, soit prĂšs de 2 000 hectares de plus qu'en douze jours de sinistre en octobre 2010. Un triste record qui renforce encore le mĂ©contentement de la dĂ©putĂ©e-maire de Saint-Paul, Huguette Bello, qui depuis le dĂ©part du sinistre proteste contre "la non mise Ă  disposition par l'État de moyens de lutte Ă  la mesure de la catastrophe".
 

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