Les enseignants inquiets

Pas d'eau, pas ou peu de profs, violences… : à Mayotte, une rentrée sur fond de crise

  • Publié le 28 août 2023 à 02:59
  • Actualisé le 28 août 2023 à 07:33

En ce mois d'août 2023, les élèves de Mayotte viennent de faire leur rentrée des classes, à peine quelques jours après ceux de La Réunion. Une année qui ne démarre pas forcément sous les meilleurs auspices pour les 118.000 élèves mahorais. Pénurie d'eau dans l'île sœur, manque d'enseignants, décasages et violences… ce n'est certainement pas avec tout cela que l'année scolaire peut démarrer sereinement (Photo : rb/www.imazpress.com)

Depuis le 17 juillet 2023, des restrictions d'eau touchent les habitants de Mayotte. Des restrictions qui vont encore se durcir à compter du 4 septembre 2023 avec des coupures d’eau de 48 heures sur une bonne partie de Mayotte. Le centre administratif de Mamoudzou, les ZI de Kaweni et Longoni, et Petite-Terre subiront des coupures nocturnes la semaine et une autre de 36 heures le week-end.

Philippe Vigier a annoncé un investissement de 8 millions d'euros pour envoyer un appareil produisant de l'eau potable à Mayotte. "J'ai pris la décision, il y a quelques jours, de signer pour 8 millions d'euros complémentaires pour avoir un osmoseur qui permet d'avoir une eau en quantité plus importante de manière que, dès le mois de novembre, on puisse éviter le pire", a déclaré le ministre sur Cnews.

Philippe Vigier devrait d'ailleurs se rendre cette semaine à Mayotte. "A Mayotte, il y a un sujet dramatique sur l'eau que je vais prendre à bras-le-corps. Quantitativement, en termes de volume, et qualitativement, en termes de qualité, on ne s'en sort pas", a-t-il déclaré.

Sans eau dans les établissements, avec peu d'eau au domicile… comment faire pour que les élèves puissent étudier dans les meilleures conditions ?

Le rectorat l'assure, des cuves d'eau vont être installées pour permettre la continuité des cours, même en cas de coupure. 17 établissements sur les 38 à Mamoudzou on pu en bénéficier. Pour les autres, les établissements devraient être raccordés sur des réseaux prioritaires leur permettant de disposer de l'eau en continu.

Pour permettre aux enfants de disposer d’eau potable dans la journée à l’école, le département de Mayotte, la Caisse de Sécurité Sociale de Mayotte et l’Académie de Mayotte mettent en œuvre une opération d’acquisition et de distribution de 117.000 gourdes aux élèves du premier degré et du second.

Elles seront distribuées progressivement à partir de ce lundi 28 août 2023 sous la responsabilité des directeurs d’écoles pour le premier degré et des chefs d’établissement pour le second degré.

Mais là où le problème devient plus problématique, c'est qu'en cas de coupure d'eau, l'établissement scolaire devra fermer ses portes. Un véritable mal pour assurer la continuité pédagogique.

Lire aussi - A Mayotte, les habitants contraints de vivre (presque) sans eau

- Des établissements toujours surpeuplés mais... sans professeurs -

Néanmoins, l'eau ou plutôt le manque d'eau n'est pas le seul problème de cette rentrée scolaire à Mayotte. Classes surchargées, manque d'enseignants… l'année s'annonce complexe pour les professionnels de l'éducation.

Selon France Mayotte, on pourrait compter jusqu'à 36 élèves par classe.

Comme à l'image du reste de la France, les cours ont également commencé mais tous les postes ne sont pas pourvus. Plus d'élèves, moins de professeurs et donc moins de cours… Un vrai dérèglement dans le système éducatif.

Dans le second degré, 330 nouveaux enseignants ont été recrutés mais 93 postes restent non pourvus. Dans le premier degré, ce sont 40 postes qui restent vacants.

"Le rectorat poursuit ses efforts pour que les postes soient comblés au plus vite. Mais reste le problème de salles de classe. Car face à une croissance constante du nombre d’élèves chaque année, les constructions ont du mal à suivre. Cette année encore, pour bon nombre d’établissements, le défi sera de trouver des salles. Parmi les solutions déjà mises en œuvre pour certains d’entre eux, programmer des cours les samedis ou les mercredis après-midi, pour pouvoir accueillir le maximum d’enfants", précisent nos confrères.

Face à ces conditions déplorables – et alors que l'année scolaire vient à peine de commencer – la FSU, syndicat majoritaire de l'Éducation nationale a annoncé le début d'une grève ce lundi 28 août 2023.

Ils dénoncent la surcharge des classes, les conditions de travail, le nombre d'enfants allophones (qui ne parlent pas français) à prendre en charge sans formation, le nombre de contractuels au nombre de titulaires mais également des revendications salariales.

- Des établissements entre affrontements et violences -

Au cœur des établissements, la difficulté est bien présente. Mais en dehors également.

L'année passée, de nombreux caillassages ont eu lieu et des transports scolaires ont été pris à partie par des individus cagoulés.

"Pour pallier les dérapages éventuels, le Conseil départemental a augmenté le prix de la carte de transport et a également imposé que chaque élève pour accéder à l'autocar dispose sur lui de sa carte de transport", indique nos confrères de France Mayotte. Mais pas sûr que cette seule mesure suffise pour empêcher les agressions.

La preuve en est, la rentrée à peine commencé, un premier caillassage a eu lieu le matin du mercredi 23 août – jour de rentrée. Un autocar a été caillassé à la sortie de Kahani (sud de Mayotte). Heureusement, il n'y a eu aucun blessé.

Le lendemain, c'est à la sortie du lycée Bamana (à Mamoudzou) qu'une vingtaine d'élèves en sont venus aux mains. S'en sont suivis des affrontements. 19 jeunes ont été placés en garde à vue dont deux majeurs.

Lire aussi - Wuambushu : la grande désillusion de Mayotte

- Attal en visite prochainement -

Si le ministre de l'Éducation nationale n'est pas passé par Mayotte pour la rentrée scolaire, il l'a promis – lors de sa visite au lycée Jean Hinglo du Port – il se rendra très prochainement dans l'île sœur.

Un ministre qui d'ailleurs, n'a pas manqué de se faire remarquer lors de sa visite à La Réunion, évoquant les Mahorais comme des immigrés.

Après avoir évoqué une "immigration importante de personnes qui sont d’origine mahoraise", le ministre de l’Education a rapidement présenté des excuses pour sa maladresse. "Une phrase que j’ai prononcé hier a laissé penser que je voulais lier l’installation de Mahorais à La Réunion à une immigration. Evidemment ce n’était aucunement mon intention. Ma formulation était donc maladroite", a-t-il consenti.

"Les Mahorais sont pleinement français. C’est ce que j’ai dit ce matin aux élus de Mayotte avec qui j’ai échangé pour leur présenter mes excuses, ainsi qu’aux Mahorais. Je me rendrai dans ce département prochainement pour y travailler avec tous les acteurs de la communauté éducative", a-t-il ajouté.

Ses propos erronés plus que maladroits en l’occurrence, ont suscité de vives critiques.

Une visite que l'ensemble des professionnels de l'éducation attendent de pied ferme, tant les chantiers et les problématiques sont nombreux. Ce qui n'est pas bon pour assurer l'enseignement des élèves, déjà impacté par l'opération Wuambushu et les coupures d'eau à répétition.

www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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2 Commentaires
HULK
HULK
7 mois

"L'île soeur"? Mdr! Un scandale d'état plutôt.

Dom
Dom
7 mois

Mais on.envoie des délégations aux jeux des îles.