L'ùpre combat juridique qui s'est ouvert cette semaine, opposant Apple aux autorités américaines, soulÚve la question de ses vastes conséquences sur le cryptage des communications et la protection de la vie privée.
QUESTION: Pourquoi ce virage sur le terrain judiciaire ?
REPONSE: Cela fait des annĂ©es que le FBI se plaint d'avoir ses enquĂȘtes entravĂ©es par le cryptage des donnĂ©es stockĂ©es dans les smartphones. AprĂšs les rĂ©vĂ©lations d'Edward Snowden sur l'ampleur de ses programmes de surveillance, le gouvernement amĂ©ricain a longtemps marchĂ© sur les oeufs, hĂ©sitant entre la voie lĂ©gislative, le recours aux tribunaux ou l'offensive de charme.
Le mois dernier, les plus hauts responsables de la sécurité du pays ont ainsi mis le cap sur la Silicon Valley, pour une rencontre au sommet avec les géants mondiaux d'internet, parmi lesquels Apple, Facebook, Google et Twitter. Mais, face à l'échec de la stratégie de la persuasion, la justice américaine a opté pour la confrontation, avec l'affaire la plus susceptible de lui apporter le soutien du public: l'attaque jihadiste de San Bernardino (14 morts en décembre), la pire depuis le 11 septembre 2001.
Q: Que demande et qu'a obtenu le FBI ?
R: Les enquĂȘteurs amĂ©ricains veulent accĂ©der au contenu de l'iPhone 5c utilisĂ© par Sayed Farook, l'un des deux auteurs dĂ©cĂ©dĂ©s de l'attentat, pour dĂ©terminer ses liens Ă©ventuels avec le groupe Etat islamique. Ce smartphone est protĂ©gĂ© par un code secret. Dix tentatives infructueuses pour taper ce code dĂ©clenchent l'effacement des donnĂ©es. Le FBI demande la neutralisation de cette fonction afin de tenter un nombre infini de codes jusqu'Ă trouver le bon.
Mardi une juge de Californie a ordonné à Apple de fournir "une assistance technique raisonnable" au FBI pour lui donner accÚs au smartphone de Farook. Vendredi, le ministÚre américain de la Justice a enfoncé le clou en déposant un argumentaire en soutien de l'action engagée.
Q: Apple peut-il techniquement répondre à la demande du juge ?
R: Le groupe de Cupertino affirme que le logiciel demandé par le FBI n'existe pas. Toutefois, les experts indépendants s'accordent à dire que les ingénieurs d'Apple ont la capacité de le créer. Mais attention, prévient alors Apple, une telle "porte dérobée" mettrait en péril la protection des données de centaines de millions d'utilisateurs.
"Le gouvernement suggĂšre que cet outil pourrait ĂȘtre utilisĂ© une fois, sur un seul tĂ©lĂ©phone. Mais c'est tout simplement faux. Une fois créée, cette technique pourra ĂȘtre rĂ©utilisĂ©e encore et encore, sur n'importe quel tĂ©lĂ©phone", prĂ©vient Tim Cook, le patron de la firme Ă la pomme.
Q: Quels sont les enjeux pour les groupes technologiques d'internet ?
R: Apple redoute que le jugement de Californie crĂ©e une jurisprudence qui le forcerait Ă dĂ©bloquer ses smartphones Ă chaque fois que la justice le demanderait. Ces demandes pourraient mĂȘme ĂȘtre prĂ©ventives et, en cas de refus, Apple pourrait se retrouver par exemple dans la situation d'ĂȘtre coupable de ne pas avoir permis la prĂ©vention d'un attentat.
Sundar Pichai, le PDG de Google, a apporté son soutien à Tim Cook, en soulignant qu'"imposer aux firmes la possibilité de pirater les données et les appareils de leurs clients serait un précédent inquiétant".
Q: A quoi faut-il désormais s'attendre ?
R: De toute Ă©vidence Apple semble prĂȘt Ă mener un long combat contre la dĂ©cision du juge californien, en saisissant la cour d'appel et en mettant le dĂ©bat sur la place publique.
Tim Cook, qui a posté une longue lettre sur le site pour défendre ses positions, espÚre compter sur la mobilisation à la fois des clients d'Apple, de la communauté des internautes, et des autres géants de la Silicon Valley.
"Le FBI et Apple se trouvent désormais plongés dans une guerre de communication", a commenté sur CNBC l'expert Michael Fertik.
L'Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) et d'autres organisations de défense des libertés ont choisi le camp d'Apple. A l'opposé, des responsables démocrates et républicains ont donné tort au groupe.
AFP


