Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, des attaquants ont pris le contrôle à distance des régulateurs de froid de plusieurs centaines de supermarchés en France hexagonale, en forçant notamment des cycles de dégivrage, ce qui a entraîné d'importantes pertes de marchandises. À ce stade, aucun incident n'a été rendu public dans la zone océan Indien. Toutefois, l'Observatoire de la Cybersécurité de l'Océan Indien (OCOI) appelle à la vigilance (Photo : www.imazpress.com)
"Ce type d'équipement est présent sur nos territoires, de La Réunion à Mayotte, en passant par Maurice, Madagascar, les Comores et les Seychelles", précise Chafik Mohamed, président de l'Observatoire de la Cybersécurité de l'Océan Indien (OCOI).
"L'absence d'incident ne doit donc pas faire baisser la vigilance", souligne-t-il.
Dans des territoires insulaires dépendants des approvisionnements extérieurs, une rupture de la chaîne du froid pourrait être particulièrement difficile à absorber.
- Un risque bien réel de cyberattaque à La Réunion et dans l'océan Indien -
Pour Bruno Laderval, directeur associé de SOOBIK Solutions et consultant en cybersécurité offensive à La Réunion, le risque est bien réel dans la région. "L'éloignement géographique ne protège pas : nos territoires sont exposés dans les mêmes conditions que partout dans le monde. Notre insularité numérique nous a parfois permis d'échapper de justesse à des attaques visant de larges plages d'adresses IP, mais il ne faut pas compter éternellement sur la chance".
Maxime Morel-Bailly, responsable du pôle cybersécurité et infrastructure chez Esokia, à Maurice, souligne la durée de vie de ces matériels : "Certains continuent de fonctionner alors qu'ils ne bénéficient plus de mises à jour de sécurité. Et des équipements identiques déployés sur de nombreux sites, parfois administrés de manière centralisée, peuvent favoriser une attaque à grande échelle. La priorité pour les exploitants est de vérifier avec leurs prestataires les accès distants et l'état des mises à jour, et de s'assurer qu'aucun équipement n'est inutilement exposé sur Internet".
- Les recommandations du centre gouvernemental de veille, d'alerte et de réponse aux attaques informatiques -
L'OCOI recommande à toutes les organisations de faire auditer leur surface d'exposition sur Internet par un spécialiste, en y incluant leurs équipements techniques. Les exploitants de supermarchés, d'entrepôts frigorifiques et de chambres froides, ainsi que leurs prestataires de maintenance, sont invités à appliquer les mesures du CERT-FR, centre gouvernemental de veille, d'alerte et de réponse aux attaques informatiques rattaché à l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI),
Publiques et gratuites, elles peuvent être mises en œuvre par toute organisation, en France comme dans les autres pays de la zone :
- Supprimer l'exposition sur Internet des équipements concernés, et de tout équipement accessible depuis une adresse IP publique.
- Avant de couper la remontée des données vers le prestataire frigoriste, vérifier les conditions du contrat d'assurance.
- Vérifier l'intégralité de la configuration, notamment les plages de dégivrage. En cas de compromission, restaurer l'équipement (réinitialisation d'usine) puis le reconfigurer.
- Rétablir l'accès distant uniquement via un VPN sécurisé ou un réseau protégé. Le filtrage des adresses IP des frigoristes n'est qu'une solution d'urgence, non pérenne.
- Appliquer les bonnes pratiques du constructeur : mise à jour du firmware, changement des mots de passe par défaut.
Le 13 octobre, le CERT-FR, centre gouvernemental de veille, d'alerte et de réponse aux attaques informatiques rattaché à l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), a étendu son alerte : outre les séries AK-SM et AK-SC de Danfoss, elle vise désormais les contrôleurs xweb de Copeland et de Dixell. Le CERT-FR prévient que des campagnes d'attaques sont probablement toujours en cours contre ces équipements. Le vecteur d'intrusion n'a pas été rendu public.
Le CERT-FR souligne qu'une simple réinitialisation ne suffit pas pour un équipement en fin de vie : s'il reste exposé, il
demeurera vulnérable et sera très probablement de nouveau compromis.
www.imazpress.com/[email protected]
