Un film indépendant venu de La Réunion, Speritium, fait actuellement parler de lui dans le circuit des festivals internationaux. Ce long-métrage met en avant la culture créole dans un univers qui mêle aux croyances locales des éléments de fantastique et de science-fiction. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)
Le point de départ de Speritium intrigue. Une jeune fille rentre chez elle après son cours de danse et son père semble avoir été kidnappé. Les ravisseurs lui laissent un point et une heure de rendez-vous. Pour le retrouver, l'héroïne va devoir remonter le fil de son histoire familiale mais aussi, métaphoriquement, celui de l'histoire de La Réunion où les secrets et les non-dits sont parfois présents.
Pour le réalisateur Mohamed M'Dahoma, son film n'est pas une "carte postale" sur La Réunion mais évoque profondément les paysages, les racines, l'ambiance et les valeurs de La Réunion. "On parle des valeurs qui existent à La Réunion comme la tradition, la transmission et surtout le pardon. Des valeurs qui sont ancrées à La Réunion mais qui peuvent parler à tous les spectateurs de manière universelle."
Une volonté de toucher un large public qui a porté ses fruits puisque le film a remporté au total 14 prix nationaux et internationaux, dont celui du meilleur long-métrage au Zeal Festival et celui de la meilleure réalisation à l'ARFF Festival de Paris. Une moisson qui pourrait encore augmenter dans les semaines à venir. "On a voulu mettre La Réunion en l'air avec notre projet", note Noël Alain Fouque, acteur principal de Speritium.
- Un film autofinancé -
Cet objectif semble désormais atteint. Mais, pour y parvenir, l'équipe du film a compensé son manque de moyens par un investissement personnel de tous les instants. "Je travaillais en semaine et on devait ensuite tourner le film les week-ends. Il y a eu beaucoup de sacrifices", indique Mohamed M'Dahoma.
Ce dernier précise également qu'il lui aura fallu un an et demi pour concrétiser le scénario, le tournage et le montage du film. Autofinancé et sans aucune subvention, Speritium n'aura au final coûté que 5 000 euros.
Un petit tour de force qui rend fiers ceux qui ont participé à ce projet atypique. "On a travaillé hors système. On a préféré rester indépendants et ne pas rentrer dans les canaux habituels pour garantir notre liberté de création. C'est notre approche", explique Noël Alain Fouque.
- Pas encore de distibution à La Réunion -
Choix qui semble payant au vu du succès d'estime remporté par Speritium hors de La Réunion. Succès qui semble, pour l'heure, peiner à avoir le même écho localement, comme le détaille le réalisateur. "On a été diffusés dans des salles de cinéma dans l'Hexagone et en Europe. Mais, à La Réunion, on n'arrive pas à intégrer les réseaux de distribution pour passer dans les cinémas réunionnais. On voudrait montrer ce film ici, c'est important pour nous, c'est notre prochain défi."

Si le cinéma Moulin à Café, à Saint-Pierre, demeure la structure à avoir diffusé le long-métrage, son équipe ne désespère pas de pouvoir convaincre les responsables de multiplexes de leur accorder quelques séances.
Outre l'enjeu majeur de la diffusion locale, l'équipe du film et l'association Vibration Océan Indien, qui a porté Speritium, voient déjà plus loin. Et envisagent de futures productions locales. "Je suis en train de finaliser le tournage de mon propre film qui doit sortir en octobre. Je vais aussi profiter de notre future sélection au festival ARFF de Berlin pour nouer des contacts qui pourront nous être utiles à l'avenir", pose Noël Alain Fouque. Un voyage vers le festival allemand que ces artistes espèrent financer grâce à une cagnotte Leetchi, déjà ouverte.
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