Destins croisés devant la justice

Violences et trafic : une aprĂšs-midi comme les autres au tribunal correctionnel de Saint-Denis

  • PubliĂ© le 14 aoĂ»t 2025 Ă  05:47
  • ActualisĂ© le 14 aoĂ»t 2025 Ă  11:14
Le tribunal judiciaire de Saint-Denis

Mercredi 12 aoĂ»t 2025, dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Saint-Denis, la fraicheur de l’hiver austral pĂšse autant que les dossiers qui s’enchaĂźnent. Les bancs grincent, les avocats feuillettent leurs notes, le greffier saisit frĂ©nĂ©tiquement. Trois affaires se succĂšdent, comme trois morceaux d’une mĂȘme fresque judiciaire, oĂč violences et trafic s’invitent tour Ă  tour. (Photo photo RB/www.imazpress.com)

Le premier prĂ©venu du jour, Nakib H., 28 ans, tee-shirt noir froissĂ© et regard bas, ne veut pas entendre que son couple est terminĂ©. La rupture, il ne l’accepte pas. Le 24 juillet, il prĂ©texte vouloir voir son fils de deux ans.

La violence s'installe : il projette la mĂšre dans les escaliers, l’enfant dans les bras. Dix jours plus tard, il l’intercepte en pleine rue, lui arrache son tĂ©lĂ©phone – qui contient des messages de menaces – et la frappe encore. Chez lui, la police retrouve deux portables lui appartenant. Devant les juges, il se tait ou esquive, sans un mot d’excuse.

À quelques mĂštres de lĂ , Nourdine S., 21 ans, attend son tour. VĂȘtu d’un survĂȘtement gris et d’un haut bleu Ă©lectrique, il tente un sourire. Mais son dossier est lourd.

Le 31 juillet, il aurait frappĂ© sa compagne enceinte de huit mois : claques, Ă©tranglement, coups portĂ©s au sol, le tout devant deux enfants de 8 et 6 ans qui confirment les faits. Une habitude, semble-t-il : depuis 2022, la violence rythme leur relation, mĂȘme aprĂšs un passage en prison. Il affirme l'aimer encore. "C’est pour cela que vous lui tapez dessus ?", demande la prĂ©sidente, sĂšche.

 - La mule au milieu des violences -

Entre ces deux dossiers de violences conjugales, l’ambiance change Ă  peine. On appelle Venneta S., 22 ans, silhouette frĂȘle, regard fuyant. Son casier est vierge, mais le 14 juillet dernier, elle dĂ©barque Ă  Gillot avec huit ovules de cocaĂŻne dans l’estomac, soit 127 grammes Ă  70 % de puretĂ©. RĂ©munĂ©rĂ©e 2.000 euros, dit-elle, pour rembourser des dettes de loyer et de tĂ©lĂ©phone. Mais le parquet relĂšve ses multiples voyages entre Paris, Cayenne et d’autres villes françaises. Des vacances chĂšres, pour une endettĂ©e.

Retour aux violences : Nourdine S. Ă©voque son passĂ©. ConfiĂ© Ă  sa grand-mĂšre, scolaritĂ© interrompue en seconde, deux condamnations pour viol en rĂ©union Ă  l’adolescence, placements, bracelet Ă©lectronique. "J’ai besoin d’ĂȘtre soignĂ©", lĂąche-t-il. La procureure rappelle qu’il est dĂ©jĂ  sous sursis probatoire avec obligation de soins
 non respectĂ©e.

 - Entre mensonges et silences -

Venneta S., elle, parle de vacances et d’un premier transport. "Vous nous avez racontĂ© n’importe quoi. C’est votre choix", tranche la prĂ©sidente. Le tribunal ne croit pas Ă  l’histoire de la "mule sacrifiĂ©e", palidĂ©e par la dĂ©fense, pour couvrir des cargaisons plus importantes. Amende douaniĂšre de 19 050 euros, trois ans de prison ferme.

Nakib H. écoute distraitement son avocat plaider. Le parquet requiert dix mois de prison et la fin de son autorité parentale. La décision tombe : maintien en détention, interdiction de contact avec la victime. Nourdine S., lui, écope de deux ans fermes, interdiction de se présenter au domicile ou de contacter sa compagne pendant trois ans.

Quand la salle se vide, il ne reste que le bruit des chaises qu’on range et le parfum amer des histoires mal terminĂ©es. Un aprĂšs-midi banal au tribunal, oĂč les destins se croisent mais ne se ressemblent pas.

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