Face aux effets déjà perceptibles du changement climatique sur notre territoire, la Région Réunion fait de l’anticipation et de l’adaptation une priorité. Le projet européen Risc-ra / Climaax illustre cette ambition. Il met la recherche scientifique au service de la décision publique afin de mieux protéger les Réunionnaises et les Réunionnais. Nous publions le communiqué de la Région Réunion ci-dessous : (Photos : Région Réunion)
Initié en octobre 2024 pour une durée de 22 mois, le projet Risc-ra (Reunion Island’s Climate Risk Atlas) touche à sa fin sur le plan opérationnel. Il est piloté par la Région Réunion et financé par la Commission européenne dans le cadre du programme Horizon Europe / Climaax. Il a permis de livrer une cartographie inédite de la vulnérabilité du territoire face aux aléas hydro-climatiques. Les résultats scientifiques et perspectives de ces travaux sont présentés le jeudi 20 août 2026 au Domaine Moca.
- Climaax : un cadre européen pour des régions "Prêtes pour le climat" -
Le projet Climaax, financé par Horizon Europe dans le cadre de la Mission Adaptation au changement climatique de l’UE (dont la Région Réunion a signé la Charte), accompagne 69 territoires européens. Il fournit des financements et des solutions techniques pour réaliser un diagnostic territorialisé des risques liés au changement climatique. Son ambition est d’offrir une méthodologie commune pour :
- Évaluer les vulnérabilités territoriales face aux aléas climatiques ;
- Guider les politiques d’adaptation publiques grâce à des données robustes et comparables ;
- Renforcer la résilience des régions, qu’elles soient continentales ou insulaires.
-Risc-ra : un projet mené à la Réunion face à l'intensification des risques -
En déclinant localement la méthodologie Climaax, Risc-ra s’inscrit dans un contexte marqué par l’accélération des phénomènes extrêmes à La Réunion. Par exemple, le passage des cyclones Belal et Garance a engendré d’importantes inondations torrentielles, tandis que le début de l’année 2025 a été marqué par la sécheresse et une vague de chaleur historiques.
Une expertise scientifique locale consolidée
Le projet est copiloté par la Direction de la Recherche, de l’Innovation et des Technologies (DRIT) et la Direction de la Transition Écologique (DTE) de la Région Réunion.
Il s’appuie sur un consortium d’experts scientifiques de premier plan :
- L’Osu-Réunion (Observatoire des Sciences de l’Univers de La Réunion via sa tutelle CNRS) ;
- Météo-France (Direction Interrégionale de l’Océan Indien) ;
- Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières - antenne locale).
Les grands axes d’évaluation du projet Risc-ra
Le projet RISC-RA analyse la croisée entre l’évolution des paramètres climatiques (températures, précipitations) et la vulnérabilité des populations et infrastructures locales autour de deux risques hydro-climatiques à La Réunion :
- Précipitations extrêmes, crues torrentielles et inondations ;
- Sécheresse météorologiques et impacts sur l’approvisionnement en eau potable.
Les travaux menés dans le cadre de Risc-ra / Climaax démontrent l’urgence de diffuser largement ces données auprès des décideurs publics. La compréhension du lien entre les vulnérabilités locales (sociales, infrastructurelles, hydrologiques) et l’évolution des risques constitue la pierre angulaire des futures politiques d’adaptation et d’aménagement du territoire.
- Calendrier et déroulé opérationnel du projet -
Inscrit dans le contexte climatique éprouvant de l’année 2025 (sécheresse sévère dans le Nord-Est, vague de chaleur, puis passage destructeur du Cyclone Garance), le projet Risc-ra s’est structuré en deux grandes phases d’étude :
- Phase 1 (Octobre 2024 – Février 2025) : Adaptation de la méthodologie européenne Climaax au contexte insulaire à partir de données climatiques à haute résolution. Cette étape s’est focalisée sur deux aléas majeurs : les précipitations extrêmes et la sécheresse météorologique.
- Phase 2 (Avril 2025 – Janvier 2026) : Extension de la méthodologie au risque de crues torrentielles. Cette phase s’est appuyée sur une concertation de terrain approfondie entre experts et praticiens
Cette démarche a été complétée en phase 3 (février – août 2026) par 2 ateliers de concertation associés au chapitre Adaptation du Schéma d’Aménagement Régional en révision. La consolidation d’un Atlas des Risques Hydriques et la préparation de la prolongation du projet ont marqué cette phase 3.
-Les principaux enseignements scientifiques sur les risques hydro-climatiques -
Les travaux menés dans le cadre du projet Risc-ra / Climaax permettent d’établir un diagnostic précis et cartographié des deux grandes catégories de risques hydro-climatiques à La Réunion.
• Précipitations extrêmes et crues torrentielles : des aléas mjeurs aux impacts en cascade
À La Réunion, les précipitations extrêmes et les crues torrentielles représentent un risque majeur en raison du relief très escarpé des bassins versants. Ce phénomène provoque des impacts en cascade : inondations, glissements de terrain, embâcles et destructions d’infrastructures (ex. le pont de la rivière Saint-Étienne lors du cyclone Gamède en 2007, ou les dégâts observés à Saint-Denis et Saint-Leu lors du cyclone Garance en 2025). Les projections indiquent une intensification de ces risques dans les prochaines décennies.
Les apports et limites du projet Risc-ra / Climaax : La méthodologie du projet européen Climaax a été transposée avec succès au contexte réunionnais. Cependant, une contrainte technique est apparue: plus de 60 % des événements pluvieux extrêmes sur l’île sont générés par des cyclones tropicaux. Or, ces phénomènes restent aujourd’hui difficilement modélisables dans les simulations climatiques fournies par Météo- France, ce qui limite la précision des projections sur les précipitations.
Les perspectives et opportunités : Pour surmonter cet obstacle, des échanges scientifiques ont été engagés avec le Laboratoire d’Hydrologie de l’Université Polytechnique de Catalogne (Espagne). Cette collaboration a permis d’initier le développement d’outils d’anticipation et de prédiction des crues torrentielles. Non prévus dans le calendrier initial, ces travaux complémentaires devront être poursuivis pour doter l’île d’un outil d’aide à la décision face au dérèglement climatique.
• Sécheresse et insécurité hydrique : un risque prioritaire et généralisé
Moins spectaculaire que les crues torrentielles mais tout aussi critique, le risque de sécheresse constitue désormais un enjeu prioritaire pour La Réunion. Les analyses conduites dans le cadre du projet Climaax ont permis de cartographier l’évolution de cet aléa en le croisant avec trois types de vulnérabilités territoriales :
- Socio-économiques : le poids de la facture d’eau dans le budget des ménages les plus modestes par exemple ;
- Infrastructurelles : le rendement des réseaux de distribution par exemple ;
- Liées aux ressources : la dépendance à une source unique, la capacité de diversification et la qualité de l’eau.
Des vulnérabilités différenciées selon les micro- régions : Si les faibles rendements de réseau et la précarité socio-économique touchent l’île de manière quasi homogène, les modes d’approvisionnement créent des fragilités spécifiques :
- L’Est présente une forte vulnérabilité en raison de sa dépendance majeure aux eaux de surface.
- L’Ouest est fragilisé par sa dépendance aux ouvrages de transfert d’eau et par la sensibilité des forages à l’intrusion d’eau salée (biseau salé).
Les projections futures : une intensification ciblée sur les centres urbains Actuellement déjà modéré à élevé au Port, à Saint-Denis et dans le Sud (Le Tampon, Saint-Pierre, Saint-Louis), le risque d’insécurité hydrique va s’intensifier dès le milieu du siècle. Cette dégradation résultera de la conjonction de deux facteurs : l’augmentation des épisodes de sécheresse et l’accroissement de la population. Les niveaux de risque les plus critiques sont attendus dans les trois principales agglomérations : Saint-Denis, Saint-Louis et Saint-Pierre.
Les résultats sur la sécheresse constituent la partie la plus aboutie du projet et les données sont directement exploitables pour objectiver la gestion de l’eau. La diffusion de ces résultats auprès des décideurs publics est jugée prioritaire pour adapter la gestion de la ressource.
-Une phase 4 du projet, lancée localement pour un meilleur ancrage des résultats -
La convention européenne de financement Climaax s’est achevée avec la remise du dernier livrable en juillet 2026. Néanmoins, afin de ne pas perdre la dynamique scientifique et collaborative engagée, la Région Réunion a décidé de prolonger le projet pour une durée de 12 mois supplémentaires sur fonds propres. L’objectif de cette année complémentaire est de transformer les acquis scientifiques en leviers opérationnels pour le territoire. Les travaux lèveront certains verrous scientifiques (étude prédictive sur les crues torrentielles) et s’intègreront dans la démarche du Groupe Régional d’Expert sur le Climat (GREC-Réunion).
- Apports du projet -
• Une contribution reconnue à l'échelle européenne
En participant au programme européen Climaax, la Région Réunion s’est inscrite dans une dynamique européenne visant à renforcer l’adaptation des territoires au changement climatique. L’adaptation de la méthodologie Climaax aux spécificités d’un territoire insulaire tropical constitue une contribution originale aux travaux menés à l’échelle européenne. Il témoigne de la capacité de notre territoire à mobiliser la recherche et l’innovation au service des politiques publiques d’adaptation au changement climatique.
• Un levier d'action politique, financier et d'aménagement
Au-delà de l’étude scientifique, le projet Risc-ra génère des retombées structurantes pour la gouvernance du territoire. Sur le plan financier, la maîtrise acquise par les services régionaux dans le montage de projets européens s’est d’ores et déjà concrétisée par l’obtention, en janvier 2026, d’un nouveau financement Horizon Europe à hauteur de 210 000 € via le programme Pathways2Resilience.
Sur le plan stratégique, les connaissances produites ont vocation à s’inscrire dans le quotidien des politiques publiques. Les cartographies et indicateurs de risques hydriques - à l’image de l’indice de risque de sécheresse - viennent nourrir le diagnostic du Schéma d’Aménagement Régional (SAR-2050).
Enfin, le projet aura servi de banc d’essai à la préfiguration du Groupe Régional d’Experts sur le Climat (GREC Réunion), jetant les ponts entre la recherche scientifique et la décision publique. 6 Comités Exécutifs composés de représentants de la Région et des opérateurs de la recherche CNRS/OSU-R, Météo-France, BRGM ont jalonné le projet sur 22 mois.
Au-delà de ces résultats scientifiques, cette démarche illustre la capacité de la Région à mobiliser les financements européens pour répondre à des enjeux concrets du territoire et préparer les politiques publiques de demain.
• L’alliance de la rigueur scientifique et de la concertation territoriale
La force de la démarche repose sur l’articulation entre une modélisation de haute précision et une approche collaborative. Sur le plan technique, l’équipe a mobilisé des modèles climatiques régionaux de pointe afin d’affiner les projections. Ces données physiques ont ensuite été croisées avec la réalité socio-économique et matérielle de l’île, intégrant le niveau de revenu des ménages, la vétusté des réseaux d’eau ou la dépendance à des ressources uniques en matière de sécheresse.
Cette approche scientifique s’est doublée d’une démarche d’écoute de terrain. Outre la tenue des six Comités Exécutifs réunissant la Région et les organismes de recherche, le projet s’est nourri de neuf réunions territoriales. Celles-ci ont permis d’associer vingt-cinq praticiens et experts de l’eau issus des cinq intercommunalités réunionnaises (Cinor, Cirest, Civis, Casud, TCO) et de quatre grands établissements techniques (Office de l’Eau, ARS, DEAL, BRGM). Cette dynamique s’est élargie à la société civile et aux acteurs économiques lors de 2 ateliers thématiques du Chapitre adaptation du SAR-2050.
• Pérenniser les connaissances pour construire la résilience de demain
Alors que la phase opérationnelle du projet touche à sa fin, Risc-ra propose un socle de connaissances durables et adaptables. La publication prochaine de l’Atlas des risques hydriques de La Réunion offrira un support pédagogique et opérationnel indispensable pour guider les futures décisions d’aménagement et renforcer la culture du risque auprès des citoyens. Notre territoire s’empare de son avenir face au défi du changement climatique.
Les enseignements issus de Risc-ra / Climaax ont vocation à nourrir durablement les politiques régionales d’aménagement, de gestion de l’eau et d’adaptation au changement climatique. Ils témoignent également de la volonté de la Région de poursuivre le rapprochement entre la recherche scientifique, les collectivités et les acteurs du territoire afin de construire une Réunion plus résiliente.
Région Réunion, Projet Européen Risc-ra / Climaax, Zoom