La crise du logement constitue aujourd’hui un défi majeur pour la cohésion sociale, le développement économique et l’équilibre territorial de l’île. (Photo d'illustration : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Le diagnostic pour La Réunion est connu et ne peut plus être ignoré : plus de 50.000 ménages sont en attente d’un logement ; 150.000 personnes souffrent du mal logement ; une faiblesse du nombre de logements sociaux livrés chaque année (seulement 1739 logements sociaux livrés en 2024).
L’amélioration de l’habitat est également en panne ainsi que l’accession à la propriété avec l’arrêt du dispositif dispositif des Logements Évolutifs Sociaux (LES) sans qu’aucune solution alternative n’ait été proposée.
- La Région Réunion plaide pour la tenue des Assises du logement -
Les causes sont multiples et se cumulent : déficit des moyens financiers, difficultés de mobilisation du foncier, complexité des opérations d’aménagements, coût du foncier, augmentation du coût de construction...
Face à ce constat, la Région Réunion n’a eu de cesse de plaider pour la tenue des Assises du logement afin de travailler avec l’ensemble des acteurs sur chacune de ces causes.
Jusqu’à maintenant, cette demande n’avait pas été prise en considération.
Depuis, la situation s’est aggravée avec l’annonce, par le gouvernement d’une diminution drastique de la Ligne Budgétaire Unique (LBU) pour 2026 qui suscite une profonde inquiétude chez l’ensemble des acteurs du logement : pour La Réunion, il avait été annoncé qu’elle serait ramenée à 27 millions d’euros alors qu’elle était à 85,65 millions en 2024 et à 78,5 millions d’euros en 2025.
Suite à la mobilisation qui s’est notamment traduite par la manifestation du 20 mai 2026, un courrier adressé au Premier ministre et une motion co-signée par l’ensemble des acteurs à la Chambre de commerce et d’industrie et déposée en préfecture le 24 juin 2026, la ministre des Outre-mer a annoncé travailler à une réévaluation des crédits de la LBU.
Selon les informations récemment connues, un premier complément de 16,4 millions pour La Réunion aurait été obtenu.
Bien que cela représente une avancée par rapport à ce qui avait été annoncé, force est de constater que le compte n’est toujours pas bon.
La LBU serait portée en 2026 à 43,5 millions d’euros, soit près de la moité du montant de 2024 et une baisse de 45% par rapport à 2025.
Les impacts d’une telle baisse sur les opérations programmées et sur l’activité économique ne doivent pas être sous-estimés.
C’est dans ce contexte que l’État organise cette semaine une réunion avec l’ensemble des acteurs concernés. Si la Région ne peut que saluer cette initiative qui s’inscrit dans l’esprit des Assises qu’elle avait proposées, une telle démarche ne saurait masquer en aucun cas le problème grave et urgent auquel nous sommes confrontés : la baisse importante de la LBU.
- Les efforts d’adaptation à cette situation nouvelle ne peuvent se déployer que dans un temps long -
Aucune illusion ne doit être entretenue : le modèle réunionnais du financement du logement social, qui repose sur un financement substantiel de l’État à travers la LBU, est dicté par la situation sociale. 75% de la population est éligible au logement social, et 85% des demandeurs sont éligibles au logement très social.
Sur ces bases, le maintien et le renforcement de la LBU sont des conditions impératives pour soutenir une politique du logement à la hauteur réelle des besoins. C’est la responsabilité de l’État.
Chaque acteur doit bien entendu apporter sa contribution, dans le cadre de ses compétences.
Il convient de rappeler une réalité essentielle : le modèle économique du logement social repose historiquement sur un partenariat financier fort de l’État, notamment à travers la LBU.
Aucun acteur local, aussi engagé soit-il, ne pourra compenser un désengagement significatif de l’État.
Les propositions du rapport parlementaire de Karine Lebon et François Jolivet dessinent la feuille de route qu’il faut suivre.
- Le renforcement de la LBU : un impératif de justice sociale et de responsabilité nationale -
Pour sa part, la Région intervient :
• au titre du Schéma d’Aménagement régional dont les travaux de révision prennent en compte l’objectif de 170 000 logements à construire d’ici 2050 afin de répondre aux besoins ;
• à travers le FRAFU, en complément des financements de l’État afin de financer la viabilisation des terrains qui font l’objet d’une opération de logement social ;
• à travers la mise en place de la Gouvernance régionale de l’aménagement ;
• en soutenant le déploiement du label "Gestion intégrée des eaux pluviales" (GIEP), pour une meilleure prise en compte de l’eau dans les opérations d’aménagement dans un contexte de dérèglement climatique ;
• en finançant les travaux de rénovation énergétique des logements sociaux au travers du FEDER et en soutenant la lutte contre la précarité énergétique ;
• en mobilisant 10 millions d’euros complémentaires sur le POE FEDER en cours pour contribuer au financement d’opérations identifiées avec les bailleurs.
La mobilisation de l’ensemble des acteurs pour faire face à la situation de crise est une nécessité et chacun doit faire preuve d’esprit de responsabilité. Mais la capacité de résilience et d’adaptation ne signifie pas renoncement.
La mobilisation doit se poursuivre pour obtenir de l’État le renforcement de la LBU. C’est un impératif de justice sociale et de responsabilité nationale.
